Le premier pas de l’Italie en ligne : 40 ans après la connexion de Pise

Science et technologie - 7 mai 2026

De la vision d’Enrico Fermi au premier « ping », comment l’Italie est entrée dans l’ère numérique et a façonné son avenir technologique.

Il y a quarante ans, l’Italie a fait un pas décisif dans le monde moderne. Le 30 avril 1986, un signal envoyé depuis Pise a connecté le pays au réseau mondial qui allait devenir l’internet. Ce fut un moment discret mais historique, qui a marqué le début de la transformation numérique de l’Italie et son intégration dans un monde de plus en plus interconnecté.

La connexion a été établie par le CNUCE (Centro Nazionale Universitario di Calcolo Elettronico), un centre de recherche pionnier créé au milieu des années 1960. Situé à quelques pas de la Piazza dei Miracoli, le site est aujourd’hui commémoré par une plaque sur la Via Santa Maria, symbolisant la naissance de l’ère en ligne en Italie. À l’époque, le concept de réseau mondial n’en était encore qu’à ses balbutiements, mais ce jalon a placé l’Italie parmi les premiers à adopter ce qui allait devenir une infrastructure déterminante de la vie contemporaine.

Selon Andrea Lenzi, président du Consiglio Nazionale delle Ricerche (CNR), cet anniversaire n’est pas seulement une célébration des réalisations technologiques, mais aussi un rappel du rôle crucial joué par les institutions publiques de recherche. Il a souligné que le CNR a jeté les bases scientifiques et technologiques de l’évolution numérique de l’Italie, en encourageant l’innovation, les compétences et la vision à long terme bien avant la généralisation de l’internet.

Toutefois, les origines de cette réalisation remontent à bien plus loin que 1986. En 1954, le physicien Enrico Fermi, lauréat du prix Nobel, a écrit une lettre à Luigi Avanzi, alors recteur de l’université de Pise, dans laquelle il recommandait d’investir un fonds public de 150 millions de lires dans le développement d’une machine à calculer électronique. Cette clairvoyance a conduit à la création de la Calcolatrice Elettronica Pisana (CEP), inaugurée en 1961 par le président Giovanni Gronchi. Le CEP a été l’un des premiers ordinateurs à grande échelle d’Europe et est toujours conservé au musée des instruments informatiques de l’université.

Le projet CEP a fait plus qu’introduire des capacités informatiques avancées, il a cultivé une communauté de recherche dynamique. Cet environnement a finalement donné lieu, en 1965, à la création du CNUCE, inauguré en présence du président Giuseppe Saragat. Au cours des décennies suivantes, le centre est devenu une plaque tournante pour l’expérimentation des technologies de réseau, plaçant l’Italie à la pointe de la recherche numérique.

Le moment historique de 1986 a été marqué par une opération simple mais révolutionnaire : un signal « ping » a été envoyé de Pise à un ordinateur situé en Pennsylvanie, aux États-Unis. Comme le rappelle Luciano Lenzini, l’un des principaux acteurs de l’opération, la réponse est arrivée en quelques millisecondes. Avec cet échange, la connexion était établie et l’Italie faisait officiellement partie du réseau mondial.

Malgré l’importance de cette première connexion, les experts s’accordent à dire que le véritable tournant s’est produit au début des années 1990 avec l’invention du World Wide Web. Cette innovation a transformé l’internet d’un outil pour spécialistes en une plateforme de communication de masse, ouvrant la voie à la société numérique que nous connaissons aujourd’hui. Néanmoins, l’étape de 1986 reste un moment fondateur, démontrant la volonté de l’Italie de s’engager dans les technologies émergentes à un stade critique de leur développement.

Il est intéressant de noter que la machine utilisée pour envoyer ce premier signal – un Apple Macintosh de 1984 – est également conservée à Pise, ce qui souligne encore le rôle de la ville en tant que berceau du voyage numérique de l’Italie. Ces artefacts sont des rappels tangibles d’une époque où l’informatique était encore expérimentale, mais où elle était porteuse d’un potentiel de transformation.

Aujourd’hui, alors que l’Italie célèbre le 40e anniversaire de son entrée dans l’internet, l’accent est mis non seulement sur le passé, mais aussi sur l’avenir. Les célébrations se déroulent à l’auditorium du CNR à Pise et rassemblent des représentants de la recherche, de l’industrie et des institutions publiques. Parmi les participants figure Alberto Barachini, sous-secrétaire au cabinet du Premier ministre chargé de l’édition. L’événement vise à explorer l’évolution du réseau dans les décennies à venir, en abordant des défis tels que la souveraineté numérique, les écosystèmes d’innovation et le rôle de l’investissement public.

Cet anniversaire met en lumière une leçon plus large : les révolutions technologiques sont rarement spontanées. Elles sont le résultat d’investissements à long terme, d’un leadership visionnaire et de la capacité à traduire les connaissances en applications pratiques. L’engagement précoce de l’Italie en faveur de l’informatique et des réseaux – ancré dans la recherche universitaire et le financement public – lui a permis de saisir une occasion cruciale en 1986.

Quarante ans plus tard, l’héritage de ce premier « ping » continue de résonner. Il constitue à la fois un jalon dans l’histoire nationale et un rappel que l’avenir de l’innovation numérique dépend, comme à l’époque, d’un engagement soutenu en faveur de la recherche, de l’éducation et de l’ambition technologique.

 

Alessandro Fiorentino