La stratégie européenne de Chery : Tirer parti des alliances pour étendre l’empreinte manufacturière

Commerce et économie - 15 avril 2026

Le constructeur automobile chinois mise sur les partenariats locaux et les capacités inutilisées pour accélérer sa croissance et contourner les barrières commerciales de l’UE.

Le groupe automobile chinois Chery Automobile réorganise sa stratégie d’expansion en Europe en donnant la priorité aux alliances industrielles plutôt qu’aux investissements à grande échelle dans de nouvelles usines. Alors que la concurrence s’intensifie et que les pressions réglementaires s’accentuent, l’entreprise cherche à s’intégrer plus profondément dans l’écosystème manufacturier du continent, de manière plus rapide, plus efficace et avec un risque financier moindre.

Plutôt que de suivre la voie traditionnelle de la construction d’usines à partir de zéro, Chery étudie activement des accords avec des constructeurs automobiles européens établis afin d’utiliser des installations de production existantes. Cette approche permet à l’entreprise de réduire considérablement les dépenses d’investissement tout en réduisant le temps nécessaire à la mise sur le marché des véhicules. Elle constitue également un moyen pratique de répondre à la position de plus en plus protectrice de l’Union européenne à l’égard des importations, en particulier des véhicules électriques produits en Chine.

Des cadres supérieurs ont confirmé que l’expansion de la capacité de production en Europe est désormais une priorité absolue. S’exprimant en marge d’un événement industriel, les dirigeants de Chery ont souligné l’importance d’identifier des partenaires locaux appropriés capables de soutenir ses plans de croissance ambitieux. Selon Yin Tongyue, président de la société, il est essentiel d’établir les « bonnes collaborations » pour garantir un succès à long terme dans la région. Ses remarques suggèrent que les négociations sont déjà en cours et que des développements concrets pourraient voir le jour dans un avenir proche.

Parmi les pays considérés, la France semble être une option particulièrement attrayante. Le paysage automobile français est dominé par des acteurs majeurs tels que Stellantis et Renault, qui exploitent tous deux de vastes réseaux de fabrication. Certaines de ces installations ne tournent actuellement pas à plein régime, ce qui crée une opportunité de coopération mutuellement bénéfique. Pour Chery, de tels partenariats offriraient un accès immédiat à des infrastructures établies ; pour les constructeurs européens, ils pourraient contribuer à améliorer l’utilisation des usines et à générer des flux de revenus supplémentaires.

Cette stratégie s’appuie sur les premiers pas de Chery dans la fabrication européenne. L’entreprise a déjà lancé une coentreprise avec Ebro sur un ancien site de Nissan à Barcelone. Cette usine devrait atteindre une production annuelle de 200 000 véhicules d’ici la fin de la décennie. Toutefois, les responsables de l’entreprise reconnaissent que ce niveau de production ne sera pas suffisant pour répondre à la demande croissante de véhicules de la marque Chery en Europe.

En effet, les récents chiffres de performance soulignent l’ampleur de cette demande. En 2025, Chery a vendu plus de 120 000 unités sur les marchés européens, ce qui représente une augmentation spectaculaire par rapport à l’année précédente. Globalement, l’entreprise a livré 2,8 millions de véhicules, les marchés étrangers représentant désormais près de la moitié des ventes totales. Ces résultats soulignent la transformation de Chery en un acteur international majeur et l’importance croissante de l’Europe dans sa stratégie d’expansion.

Parallèlement à ses ambitions industrielles, Chery investit également beaucoup dans le développement de la marque et la pénétration du marché. Le déploiement de ses marques Omoda et Jaecoo en France représente une étape clé dans l’établissement d’une présence commerciale plus forte. Ces marques sont conçues pour séduire les consommateurs européens avec un mélange de design moderne, de technologie avancée et de prix compétitifs. D’autres modèles, notamment des véhicules électriques compacts adaptés aux préférences locales, devraient être introduits dans les mois à venir.

L’approche de Chery reflète une tendance plus large parmi les constructeurs automobiles chinois, dont beaucoup cherchent à établir une base industrielle plus permanente en Europe. Des entreprises telles que Geely, BYD et Leapmotor poursuivent toutes des stratégies similaires, combinant des investissements directs avec des partenariats et des coentreprises. Ensemble, ces entreprises visent à dépasser le million de véhicules produits annuellement en Europe d’ici 2028, en s’appuyant sur un réseau croissant d’usines dans l’Union européenne et dans les régions voisines telles que la Turquie.

Dans ce contexte concurrentiel, l’accent mis par Chery sur la collaboration offre un avantage certain. En s’intégrant dans les structures industrielles existantes, l’entreprise peut étendre ses activités plus rapidement tout en minimisant son exposition financière. Dans le même temps, la production locale de véhicules permet d’atténuer l’impact des droits de douane européens sur les importations chinoises, qui sont devenus un obstacle important à l’entrée sur le marché ces dernières années.

En fin de compte, l’évolution de la stratégie de Chery illustre la manière dont les constructeurs automobiles mondiaux s’adaptent à un environnement de marché plus complexe et plus fragmenté. Le succès en Europe dépend désormais non seulement de la qualité des produits et des prix, mais aussi de la capacité à naviguer dans les cadres réglementaires, à établir des relations locales et à réagir avec souplesse à l’évolution des conditions économiques.

Alessandro Fiorentino