Les entrepreneurs étrangers redessinent le paysage économique italien

Politique - 12 octobre 2026

Le nombre d’entreprises dirigées par des étrangers atteint 677 000, la croissance dans le nord contrastant avec le recul observé dans le sud

Les entrepreneurs étrangers renforcent leur présence en Italie, portant à environ 677 000 le nombre d’entreprises qu’ils dirigent, après une augmentation de plus de 16 000 au cours des six premiers mois de 2026. Cependant, derrière cette progression nationale se cache une situation contrastée : le Nord-Ouest continue d’attirer et de retenir les entreprises étrangères, tandis que certaines régions du sud de l’Italie perdent du terrain.

Ces chiffres proviennent du registre du commerce italien et ont été analysés par InfoCamere pour le compte de Futurae, un projet porté par le ministère du Travail et des Politiques sociales et par Unioncamere. Ils révèlent un tissu entrepreneurial caractérisé par la diversité des origines, des spécialisations sectorielles bien définies et de fortes concentrations locales. Environ 79 % des entreprises dirigées par des étrangers sont à la tête de personnes originaires de pays hors d’Europe.

La Lombardie et l’ensemble du Nord-Ouest regroupent 32,7 % des entreprises à direction étrangère en Italie, ce qui fait de cette région la plus grande concentration géographique mise en évidence par les données. Elle enregistre également la plus forte croissance annuelle, à 1,5 %. Le Sud, en revanche, affiche un recul de 3,6 %, la Campanie et la Calabre étant particulièrement touchées.

Il convient de distinguer ces évolutions régionales annuelles de la hausse nationale enregistrée au cours du premier semestre 2026. Ensemble, elles montrent toutefois que l’expansion globale ne se traduit pas par une croissance partout. La répartition géographique de l’entrepreneuriat étranger reste très contrastée, ce qui soulève des questions quant aux conditions propices à l’implantation et au maintien en activité des entreprises.

Au niveau provincial, Prato conserve sa place de première région d’Italie en termes de diversité internationale du tissu entrepreneurial selon l’indicateur utilisé dans le rapport : les entreprises dirigées par des étrangers représentent 33,7 % de l’ensemble des entreprises. Trieste suit avec 20,8 %, tandis qu’Imperia se hisse à la troisième place avec 18,8 %, détrônant ainsi Florence du podium.

Ces classements reflètent la composition du tissu entrepreneurial local, plutôt que le simple nombre d’entrepreneurs étrangers. Un pourcentage élevé indique une présence particulièrement importante au sein de l’économie provinciale, même si une ville ou une région plus grande peut accueillir davantage d’entreprises dirigées par des étrangers en chiffres absolus.

Les entreprises individuelles permettent de mieux cerner les personnes à l’origine de cette activité. Elles représentent environ 70 % de l’ensemble des entreprises dirigées par des étrangers. Parmi leurs propriétaires, les communautés les plus représentées sont les Marocains, avec 53 364 propriétaires ; les Roumains, avec 52 541 ; et les Chinois, avec 50 166. À eux trois, ces groupes représentent 32,4 % des entrepreneurs individuels étrangers.

Les entrepreneurs originaires d’Albanie, du Bangladesh et du Pakistan représentent ensemble 20 % supplémentaires, tandis que ceux d’Égypte, du Nigeria et du Sénégal totalisent 10,5 %. Cette répartition illustre l’étendue de l’entrepreneuriat étranger, tout en montrant comment plusieurs communautés ont acquis un rôle particulièrement important.

Le choix du secteur d’activité apporte une dimension supplémentaire à ce tableau. Les entrepreneurs marocains sont particulièrement actifs dans le commerce, leurs concentrations les plus élevées étant enregistrées à Catanzaro, Reggio de Calabre et Messine. Les chefs d’entreprise roumains sont fortement présents dans le secteur de la construction et occupent une place notable à Viterbe, Turin et Crémone.

Les entrepreneurs chinois se distinguent dans les secteurs de l’industrie manufacturière et des services de loisirs. Leur concentration est particulièrement marquée à Prato, où ils représentent 67,2 % des entrepreneurs individuels étrangers. À Fermo, dans la région des Marches, leur part atteint 27,3 %. Ces chiffres concernent spécifiquement les entrepreneurs individuels étrangers, et non l’ensemble des entreprises locales.

Ces tendances suggèrent que l’entrepreneuriat étranger s’appréhende mieux à travers les économies locales ainsi que les chiffres nationaux globaux. Les différentes communautés interviennent sur des marchés variés, et leur présence varie considérablement d’une province à l’autre. Les chiffres à eux seuls ne permettent pas d’expliquer pourquoi ces spécialisations se sont développées ni ce qui justifie ces tendances régionales contrastées.

Elles constituent néanmoins un point de départ clair pour les décideurs politiques et les organisations professionnelles : une croissance globale au niveau national peut coexister avec un recul au niveau local. Pour bien comprendre ces deux évolutions, il convient de s’intéresser aux secteurs, aux territoires et aux structures d’entreprise concernés.

Pour les lecteurs qui analysent cette croissance globale, la distinction essentielle réside donc entre la dynamique nationale et la réalité locale : ces deux aspects sont indispensables pour comprendre l’évolution du rôle des entrepreneurs étrangers à travers le pays.

Le tissu entrepreneurial italien dirigé par des étrangers compte près de 700 000 entreprises, mais son importance dépasse largement ce chiffre. L’évolution de sa répartition géographique révèle les régions où l’activité entrepreneuriale internationale s’enracine de plus en plus profondément, et celles où sa présence s’affaiblit.

 

Alessandro Fiorentino