La Roumanie, championne de la hausse des prix

Commerce et économie - 26 juillet 2026

Soyons honnêtes : personne ne souhaite occuper la troisième place au sein de l’UE en matière de hausse des prix des carburants. Et pourtant, c’est bien le cas. La Roumanie se retrouve, fièrement (ou pas vraiment), coincée entre la Bulgarie et la Lituanie dans le classement d’Eurostat.

En juin 2026, les prix des carburants et des lubrifiants en Roumanie ont bondi de 23,1 % en glissement annuel, juste derrière la Bulgarie (26 %) et la Lituanie (23,5 %), tandis que la moyenne de l’UE s’établissait à un niveau relativement modeste de 13,7 %. Certes, les prix ont reculé de près de 4 % d’un mois sur l’autre en juin, ce qui constitue un maigre réconfort après la flambée liée à la situation au Moyen-Orient qui avait porté la hausse annuelle du mois de mars à 19,6 %. Mais si l’on prend du recul, la tendance se confirme : la Roumanie se classe régulièrement parmi les premiers de tous les classements des prix des carburants publiés par Eurostat, et en mai 2026, la hausse annuelle avait en réalité dépassé les 30 %, plaçant le pays dans un club très fermé aux côtés de la Bulgarie, du Luxembourg et de la Lituanie, seuls États membres à avoir franchi ce seuil.

Le moment a été particulièrement difficile pour les automobilistes. Le plafonnement temporaire des marges des distributeurs de carburant en Roumanie a expiré le 30 juin 2026, et les législateurs ont choisi de ne pas le renouveler ; ainsi, à compter du 1er juillet, les prix ont de nouveau été fixés librement par chaque réseau et chaque ville. Fin juillet, les prix moyens avaient grimpé à environ 8,65 lei le litre pour l’essence et 9,44 lei pour le diesel, ce dernier ayant à lui seul augmenté de plus de 20 bani au cours des semaines qui ont suivi la suppression du plafond. Faire le plein coûte désormais nettement plus cher qu’il y a un mois, et il n’y a plus aucun moyen de remédier à cette situation.

Si les prix des carburants constituent le coup dur visible, les coûts d’emprunt du pays représentent quant à eux l’hémorragie silencieuse que personne ne remarque sur un ticket de caisse. La Roumanie paie des intérêts plus élevés sur sa dette que ses voisins de la région, tels que la Serbie et l’Albanie, un détail humiliant pour un État membre de l’UE censé être plus « développé ». Tel est le verdict du marché face à un déficit budgétaire qui a atteint 8,7 % du PIB en 2024, l’un des plus élevés de toute l’Union européenne, et à un endettement dépassant les 55 % du PIB sans plafond en vue. Reuters a rapporté que la coalition roumaine elle-même s’est effondrée en tentant de ramener ce déficit de 7,7 % à 6,2 %, annulant au passage six émissions obligataires car l’appétit des marchés ne cessait de se détériorer. Cela signifie que, chaque heure, l’État verse des millions de lei d’intérêts supplémentaires, une somme qui n’est pas consacrée aux hôpitaux, aux routes ou aux écoles, mais uniquement pour convaincre les prêteurs que la Roumanie reste un placement sûr.

Vient ensuite la « couronne » des taxes environnementales : Eurostat confirme que la Roumanie occupe également la première place de l’UE dans ce domaine. Sur le papier, cela ressemble à un leadership en matière de climat. Dans la pratique, il s’agit surtout d’une conséquence des taxes élevées sur les carburants, les véhicules et l’énergie, et non d’une stratégie cohérente. L’ironie est cruelle : bien qu’elle perçoive davantage de recettes fiscales liées à l’environnement que presque tous les autres pays de l’Union, la Roumanie a déjà perdu près de 6 % de son PIB depuis 1980 en raison de catastrophes climatiques telles que les inondations et les vagues de chaleur, et l’OCDE a ouvertement signalé des lacunes « substantielles » dans la manière dont le pays met en œuvre sa propre stratégie d’adaptation au changement climatique. Ainsi, l’argent est collecté sous un label « vert », mais les dispositifs de protection contre les inondations, la couverture d’assurance, la communication des risques, c’est-à-dire tout ce qui permettrait réellement de protéger la population, restent à la traîne.

Le FMI a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour la Roumanie en 2026, les ramenant à seulement 0,7 %, contre un taux déjà modeste de 1,4 %, après une contraction de l’économie de 1,9 % en glissement trimestriel à la fin de l’année 2025. Dans le même temps, l’inflation a été révisée à la hausse à 7,8 % pour 2026, principalement sous l’effet des mêmes facteurs qui pèsent sur les automobilistes : la suppression des plafonds sur les prix de l’énergie et une série de hausses de la TVA qui ont frappé les ménages juste après deux années de mesures de protection partielles mises en place par le gouvernement.

La coalition au pouvoir sait que cela fait mauvaise impression. Elle a été contrainte de procéder à des hausses d’impôts et à des réductions de dépenses impopulaires, précisément pour éviter une dégradation de sa note de crédit au statut de « junk », une mesure qui rendrait les emprunts encore plus coûteux et transformerait les problèmes d’aujourd’hui en crise de demain. Dans le même temps, la frustration de la population alimente un soutien record en faveur de l’AUR, qui recueille actuellement plus de suffrages que n’importe quel parti au pouvoir pris isolément. L’enquête de l’OCDE de 2026 l’a clairement établi : la Roumanie a réalisé de réels progrès pour rattraper son retard par rapport aux économies plus riches, mais une inflation élevée sape sa compétitivité, tout comme les déficits budgétaires érodent la confiance des investisseurs dans la viabilité de la dette du pays.

Prix des carburants, coûts d’emprunt, taxes écologiques… La Roumanie continue de remporter des courses auxquelles elle ne s’est jamais engagée, et la récompense, c’est une population qui paie plus pour en avoir moins.