Le 17 juin 2026, les Islandais ont célébré leur fête nationale. À cette occasion, ils rendent hommage à leurs ancêtres venus de Norvège entre 874 et 930 pour s’installer sur leur île isolée. Ils ont fondé une république régie par la loi, et non par un roi. La République a duré de 930 à 1262, après quoi les Islandais ont été contraints de prêter allégeance au roi de Norvège, dont la couronne a été transmise au roi du Danemark en 1380. Au cours de la période de la République, les Islandais ont découvert l’Amérique et s’y sont brièvement installés avant d’en être chassés par les autochtones. Ils ont rédigé deux sagas relatant leurs voyages en Amérique et ont laissé derrière eux des ruines qui ont récemment fait l’objet de fouilles. (Oscar Wilde a ironisé en disant que les Islandais avaient découvert l’Amérique, mais qu’ils avaient eu le bon sens de la perdre à nouveau.) Au crépuscule du Commonwealth, les Islandais ont également créé, ou du moins consigné par écrit, une littérature magnifique, composée non seulement de sagas, mais aussi de chroniques et de poèmes. La période qui suivit, sous l’autorité du roi danois, ne fut pas heureuse, et le 17 juin 1944, les Islandais fondèrent une république le jour de l’anniversaire de Jón Sigurdsson, le chef de file de la lutte pour l’indépendance au XIXe siècle. Aujourd’hui, selon l’indice de développement humain des Nations unies (qui ne se limite pas aux seules performances économiques), cette minuscule nation située à la périphérie de l’Europe bénéficie du meilleur niveau de vie au monde.
Une fête nationale nous élève l’esprit
Une fête nationale nous permet de faire une pause et de réfléchir sereinement à notre patrimoine. Qui sommes-nous, et où allons-nous ? Une fête nationale détourne nos pensées de nos tâches quotidiennes pour les orienter vers les idéaux que nous partageons. Elle élève nos esprits en mettant en avant nos réalisations collectives. Le Danemark est la seule nation nordique à ne pas avoir de fête nationale officielle, car les Danois n’ont jamais eu à se libérer du joug d’une autre nation. Ils célèbrent en revanche le 5 juin comme une fête nationale informelle, car c’est le jour où, en 1849, l’absolutisme royal a été remplacé par une constitution libérale. Depuis lors, le Danemark est une monarchie constitutionnelle stable et l’un des pays les plus civilisés et les plus prospères au monde.
Une solide tradition juridique
Il est significatif que les deux autres pays scandinaves célèbrent également leur fête nationale aux dates auxquelles ils ont adopté leurs constitutions libérales. En Suède, c’est le 6 juin : en 1523, les Suédois se sont séparés de l’Union nordique de Kalmar, dominée par les Danois, et ont élu leur propre roi ; puis, en 1809, après avoir destitué un roi incompétent, ils ont adopté une constitution qui limitait le pouvoir du gouvernement. En Norvège, c’est le 17 mai : en 1814, les Norvégiens ont rétabli l’ancienne monarchie norvégienne après plus de cinq cents ans de domination danoise. Ils ont adopté une constitution qui, sous l’influence directe d’Adam Smith, garantissait la liberté économique et limitait à bien d’autres égards le pouvoir du gouvernement. Bien que les Suédois et les Norvégiens aient tous deux été influencés par les révolutions en France et en Amérique du Nord, leurs dirigeants ont explicitement déclaré qu’ils revenaient à leurs racines germaniques, ce qui impliquait un gouvernement fondé sur le consentement et le droit de destituer les dirigeants qui enfreignaient la loi. Cet héritage germanique a été clairement exposé par le chroniqueur islandais Snorri Sturluson (1179–1241). La solide tradition juridique des pays scandinaves explique en grande partie leur réussite à l’époque moderne.
Défendre le Nord
La fête nationale finlandaise a lieu le 6 décembre. C’est en effet à cette date, en 1917, que les Finlandais ont proclamé leur indépendance après avoir été sous la domination du tsar de Russie depuis 1809 et, auparavant, sous celle du roi de Suède. Si les trois pays scandinaves constituent le cœur de la région nordique, la Finlande et l’Islande en sont les deux avant-postes : la Finlande la défendant contre les régimes totalitaires de l’Est, et l’Islande préservant son riche patrimoine culturel. Si la Finlande, sous le commandement du maréchal Carl Gustaf Mannerheim, n’avait pas réprimé un soulèvement bolchevique en 1918 et combattu héroïquement l’Armée rouge lors de la Guerre d’hiver de 1939 à 1940, alors le pays des mille lacs (comme on appelle souvent la Finlande) aurait été annexé par l’Union soviétique, rendant la menace totalitaire bien plus proche et bien plus grave dans le nord de l’Europe qu’elle ne l’est aujourd’hui.