Il existe également une dimension économique concrète que l’enthousiasme irlandais a tendance à éluder. L’Ukraine est une superpuissance agricole, avec une superficie cultivée supérieure à celle de n’importe quel État membre actuel et une capacité d’exportation de céréales qui a déjà bouleversé les marchés européens lorsque les perturbations liées à la guerre ont fait affluer des produits ukrainiens bon marché vers les économies voisines. Son adhésion aurait un impact direct sur la Politique agricole commune (PAC), le poste le plus important du budget de l’UE et dont les agriculteurs irlandais restent fortement dépendants. L’intégration d’un pays de l’envergure de l’Ukraine dans la PAC entraînerait, selon les règles actuelles, une réorientation vers l’Est d’une part substantielle des aides et exercerait une réelle pression à la baisse sur les soutiens dont dépendent les producteurs irlandais. La Pologne et d’autres pays, pourtant loin d’être hostiles à Kiev, ont déjà fait part de leur inquiétude. Pour un gouvernement qui s’apprête à défendre une adhésion rapide, un bilan honnête devrait reconnaître qu’une partie de la facture pourrait bien être payée par les agriculteurs irlandais.