L’UE accuse Instagram et Facebook de créer des expériences utilisateur créant une dépendance

Science et technologie - 15 juillet 2026

La Commission européenne estime que les plateformes de Meta pourraient enfreindre la loi sur les services numériques en raison de fonctionnalités conçues pour maximiser l’engagement des utilisateurs, tandis que l’entreprise défend ses efforts visant à protéger les plus jeunes.

L’Union européenne a renforcé sa surveillance des grandes entreprises technologiques, en annonçant des conclusions préliminaires selon lesquelles les plateformes de réseaux sociaux de Meta, Instagram et Facebook, pourraient enfreindre la loi sur les services numériques (DSA) en exposant les utilisateurs à des fonctionnalités conçues pour créer une dépendance. La Commission européenne fait valoir que des éléments tels que le défilement infini, la lecture automatique des vidéos, les notifications persistantes et les systèmes de recommandation hautement personnalisés pourraient avoir un impact négatif sur le bien-être des utilisateurs, en particulier celui des enfants et des adolescents.

Cette annonce marque une nouvelle étape importante dans le cadre des efforts plus larges déployés par l’Europe pour réglementer les plateformes numériques et veiller à ce que les services en ligne accordent autant d’importance à la santé publique et à la protection des consommateurs qu’aux intérêts commerciaux. Si les conclusions préliminaires de la Commission sont finalement confirmées, Meta pourrait se voir infliger des sanctions financières substantielles et être contrainte de repenser des aspects importants de ses deux plateformes.

Selon la Commission, l’enquête qu’elle mène actuellement montre que les mesures d’atténuation mises en place par Meta n’ont pas été suffisantes pour remédier aux risques liés à la conception actuelle d’Instagram et de Facebook. Les régulateurs européens estiment que plusieurs fonctionnalités axées sur l’engagement encouragent une utilisation prolongée et peuvent contribuer à un comportement compulsif en ligne.

Parmi les éléments identifiés figurent le défilement infini des flux de contenu, la lecture automatique des vidéos, les notifications en continu et les algorithmes de recommandation sophistiqués qui personnalisent le contenu en fonction du comportement individuel de chaque utilisateur. Bien que ces outils soient désormais des fonctionnalités courantes dans une grande partie du secteur des réseaux sociaux, les autorités européennes estiment qu’ils peuvent également accroître le risque d’une utilisation excessive des plateformes et favoriser l’apparition d’habitudes numériques néfastes.

La vice-présidente exécutive de la Commission européenne, Henna Virkkunen, a souligné que la protection de la santé physique et mentale des citoyens devait rester une responsabilité fondamentale des plateformes en ligne.

« La protection de la santé physique et mentale des citoyens européens doit être une priorité pour les plateformes numériques », a déclaré Mme Virkkunen dans un communiqué. Elle a ajouté que la loi sur les services numériques établissait un cadre juridique clair obligeant les plateformes à assumer la responsabilité des choix de conception de leurs produits susceptibles d’encourager la dépendance ou d’entraîner des conséquences sociétales négatives plus larges.

La Commission a souligné que ses conclusions restaient préliminaires et ne préjugent en rien de l’issue finale de l’enquête. Bruxelles a toutefois indiqué que Meta pourrait être amenée à apporter des modifications importantes à la conception d’Instagram et de Facebook afin de se conformer à la législation européenne.

Si l’enquête devait finalement conclure que Meta a enfreint la loi sur les services numériques, la Commission serait habilitée à rendre une décision officielle de non-conformité. En vertu de cette législation, les entreprises reconnues coupables d’une infraction s’exposent à des amendes pouvant atteindre 6 % de leur chiffre d’affaires mondial annuel, en fonction de la nature, de la gravité, de la durée et de la récidive de l’infraction.

Au-delà des sanctions financières, cette affaire pourrait constituer un précédent important quant à la manière dont les plateformes numériques conçoivent l’expérience utilisateur en Europe. Plutôt que de se concentrer uniquement sur les contenus illicites ou les préoccupations liées à la vie privée, les autorités de régulation s’attachent de plus en plus à déterminer si l’architecture même des plateformes contribue à des comportements préjudiciables.

Cette enquête s’inscrit également dans le contexte d’un débat politique de plus en plus vif à travers l’Europe concernant l’accès des enfants et des adolescents aux réseaux sociaux. Les décideurs politiques ont fait part de leurs inquiétudes croissantes quant à l’impact potentiel d’une utilisation excessive des écrans sur la santé mentale, la capacité d’attention, la qualité du sommeil et le bien-être général.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a récemment confirmé qu’un groupe d’experts élaborait actuellement un ensemble complet de recommandations visant à renforcer la protection des jeunes utilisateurs. S’exprimant à Cork au début du mois, elle a expliqué que la Commission espérait que les travaux de ces experts serviraient de base à une future législation instaurant des restrictions liées à l’âge ou des délais d’accès à certains services de réseaux sociaux.

Ces propositions s’inscrivent dans le cadre d’un débat international plus large sur la manière dont les gouvernements devraient trouver un équilibre entre l’innovation, la liberté d’expression, les intérêts commerciaux et la protection des mineurs dans une société de plus en plus numérique.

Meta a fermement rejeté l’évaluation préliminaire de la Commission. En réaction à cette annonce, un porte-parole de l’entreprise a déclaré que ces conclusions ne tenaient pas suffisamment compte des mesures importantes déjà mises en œuvre pour améliorer la sécurité en ligne, en particulier pour les adolescents.

L’entreprise a réaffirmé qu’elle partageait l’objectif de la Commission européenne visant à offrir aux jeunes des expériences en ligne sûres et positives, et a déclaré qu’elle continuerait à coopérer de manière constructive tout au long du processus réglementaire.

Ces dernières années, Meta a mis en place plusieurs initiatives en matière de sécurité, notamment des outils de contrôle parental améliorés, des mesures de protection de la vie privée pour les jeunes utilisateurs, des contrôles des contenus et des mécanismes de signalement élargis. L’entreprise affirme que ces investissements témoignent de son engagement en faveur d’une gestion responsable de sa plateforme, tout en continuant à innover au service de milliards d’utilisateurs à travers le monde.

Cette affaire constitue l’une des applications les plus suivies de la loi sur les services numériques depuis l’entrée en vigueur de cette législation historique. Alors que l’Europe continue de définir de nouvelles normes en matière de responsabilité numérique, l’issue de cette affaire pourrait influencer non seulement les futurs produits de Meta, mais aussi l’orientation générale de la conception des réseaux sociaux dans l’ensemble du secteur technologique mondial.

Que la Commission confirme finalement ses conclusions préliminaires ou parvienne à une conclusion différente à l’issue d’une enquête plus approfondie, cette procédure souligne la détermination croissante de l’Europe à veiller à ce que l’innovation numérique s’accompagne de garanties renforcées en matière de santé des utilisateurs, de transparence et d’intérêt public à long terme.

 

Alessandro Fiorentino