L’Italie et le Japon : le partenariat stratégique Meloni-Takaichi entre sécurité, innovation et perspectives européennes

Commerce et économie - 19 juin 2026

La rencontre qui s’est tenue le 15 juin 2026 à Rome entre la Première ministre italienne Giorgia Meloni et la Première ministre japonaise Sanae Takaichi constitue l’un des moments les plus marquants de l’évolution récente des relations entre l’Italie et le Japon. Ce sommet s’est tenu à une époque marquée par de profondes transformations géopolitiques, économiques et technologiques, qui redéfinissent l’équilibre international des pouvoirs et exigent des puissances démocratiques qu’elles s’engagent de plus en plus dans une coordination stratégique. Cette rencontre s’est tenue à la veille du sommet du G7 à Évian et à la suite d’une série de rencontres diplomatiques importantes auxquelles ont participé des dirigeants japonais en Europe. Dans ce contexte, Rome a été le théâtre d’une réflexion commune sur les grandes crises internationales et les opportunités de coopération entre deux pays qui, malgré leurs contextes géographiques différents, partagent une vision de plus en plus convergente des défis mondiaux. Cette rencontre a également confirmé le renforcement des relations personnelles et politiques entre Mme Meloni et Mme Takaichi, qui sont toutes deux les premières femmes de l’histoire de leurs pays respectifs à diriger le gouvernement national. Cette particularité institutionnelle s’accompagne d’une affinité idéologique significative, car toutes deux incarnent des styles de direction conservateurs visant à allier pragmatisme politique, promotion des intérêts nationaux et renforcement des alliances stratégiques.

DEUX DIRIGEANTS UNIS PAR LE PRAGMATISME ET UNE VISION STRATÉGIQUE

L’un des éléments les plus marquants qui se sont dégagés de ce sommet a été la complicité entre les deux dirigeantes. Outre leur expérience commune en tant que premières femmes à la tête de leurs gouvernements respectifs, Mme Meloni et Mme Takaichi partagent une approche politique caractérisée par une prise de décision concrète, une attention particulière portée à la sécurité nationale et la volonté de renforcer le rôle international de leurs pays. Cette convergence a favorisé l’accélération de nombreux projets bilatéraux lancés au cours des derniers mois, en particulier après la visite de la Première ministre italienne à Tokyo en janvier 2026. À cette occasion, les relations entre l’Italie et le Japon ont été élevées au rang de « partenariat stratégique spécial », marquant un tournant qualitatif dans la coopération entre les deux États. Cette vision commune se reflète dans le choix d’investir conjointement dans des secteurs appelés à façonner l’équilibre des pouvoirs au cours des prochaines décennies, de la défense aux technologies émergentes, en passant par l’intelligence artificielle et l’espace.

SÉCURITÉ INTERNATIONALE, MOYEN-ORIENT ET LIBERTÉ DE NAVIGATION

Ce dialogue a eu lieu quelques heures seulement après l’annonce du protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran, une avancée jugée cruciale pour favoriser une plus grande stabilité régionale. Dans ce contexte, l’Italie et le Japon se sont déclarés satisfaits de ces développements diplomatiques et ont réaffirmé l’importance de la réouverture du détroit d’Ormuz, une infrastructure maritime essentielle au commerce mondial et à la sécurité énergétique internationale. Mme Takaichi a confirmé l’adhésion du Japon à la déclaration commune promue par l’Italie, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, soulignant l’engagement de Tokyo en faveur de la paix régionale, de la liberté de navigation et de la sécurité des voies maritimes.

LE CONFLIT EN UKRAINE ET LA DÉFENSE DE L’ORDRE INTERNATIONAL

Le conflit russo-ukrainien a constitué un autre thème central du sommet. L’Italie et le Japon ont réaffirmé leur condamnation commune de l’agression russe et leur attachement au droit international en tant que principe fondamental de la coexistence entre les États. Les deux dirigeants ont souligné la nécessité de rechercher une paix juste et durable, sans négliger les conséquences humanitaires du conflit ni les attaques contre les infrastructures civiles et les sites d’importance historique et culturelle. La solidarité avec Kiev a été présentée comme un élément essentiel de la politique étrangère des deux nations et comme l’un des enjeux appelés à occuper une place centrale dans l’ordre du jour du G7.

LA DÉFENSE DU JAPON ET SON RÉÉQUILIBRAGE GÉOPOLITIQUE

Le secteur de la défense constitue l’un des piliers du nouveau partenariat stratégique. Dans un contexte marqué par des tensions croissantes dans la région indo-pacifique et une remise en question progressive de l’équilibre sécuritaire mondial, le Japon mène une politique visant à renforcer son autonomie stratégique. Tout en préservant son alliance traditionnelle avec les États-Unis, Tokyo semble conscient de la nécessité de renforcer ses capacités et de diversifier ses partenariats internationaux. Cette évolution s’inscrit dans un processus plus large de redéfinition du rôle du Japon sur la scène internationale. Dans ce contexte, le Global Combat Air Programme (GCAP), une initiative réunissant l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni pour le développement d’un avion de combat de sixième génération, revêt une importance particulière. Ce projet représente non seulement une collaboration technologique et industrielle de haut niveau, mais aussi un outil d’intégration stratégique entre l’Europe et la région indo-pacifique. L’entrée du programme dans sa phase opérationnelle confirme l’engagement des trois partenaires à renforcer la sécurité euro-atlantique et indo-pacifique grâce à une coopération avancée en matière de défense.

ÉCONOMIE, COMMERCE ET SÉCURITÉ DE LA CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT

Parallèlement à sa dimension géopolitique, le partenariat italo-japonais repose sur des bases économiques solides. Le Japon reste le troisième partenaire commercial de l’Italie en Asie et la deuxième destination des exportations italiennes vers ce continent. En 2025, les échanges bilatéraux ont atteint 12,3 milliards d’euros, avec une balance commerciale positive de 4,4 milliards d’euros pour l’Italie. Au premier trimestre 2026, les échanges s’élevaient déjà à environ 3 milliards d’euros, générant un excédent commercial italien de près d’un milliard d’euros. La présence des entreprises italiennes au Japon est également particulièrement importante, avec 166 entreprises en activité dont le chiffre d’affaires total est estimé à environ 3 milliards d’euros. La coopération économique a été encore renforcée grâce à de nouveaux instruments institutionnels. Le Groupe d’affaires Italie-Japon s’est réuni à Nagoya, tandis que la première réunion de la Table bilatérale sur la sécurité économique s’est tenue à Tokyo. Cette dernière instance est appelée à jouer un rôle clé dans le renforcement des chaînes de valeur, la protection des secteurs stratégiques et la gestion des vulnérabilités liées aux matières premières critiques et à l’approvisionnement énergétique.

L’ESPACE, NOUVELLE FRONTIÈRE DE LA COOPÉRATION

L’un des aspects les plus innovants de ce partenariat concerne le secteur spatial. En mai 2026, Tokyo a accueilli la première session du nouveau Dialogue intergouvernemental sur l’espace, qui a abouti à l’adoption d’une déclaration commune entre les deux gouvernements. Cet accord identifie l’espace comme un domaine stratégique susceptible d’avoir un impact sur la recherche scientifique, la sécurité nationale, la croissance économique et l’innovation industrielle. Cette collaboration implique directement l’Agence spatiale italienne et l’Agence japonaise d’exploration aérospatiale, renforçant ainsi la coopération existante et l’étendant à de nouveaux domaines. Une attention particulière est accordée à l’exploration lunaire dans le cadre des Accords Artemis, aux futures stations spatiales, aux activités en orbite terrestre basse et à la collaboration avec la NASA. L’Italie et le Japon travailleront également ensemble sur le module d’habitation lunaire multifonctionnel et le rover pressurisé destinés aux missions sur la surface lunaire.

RECHERCHE SCIENTIFIQUE, DÉVELOPPEMENT DURABLE ET INNOVATION TECHNOLOGIQUE

La déclaration sur l’espace élargit encore le champ de la collaboration scientifique. Les deux pays ont l’intention de renforcer leur coopération dans les domaines de l’observation de la Terre, de la gestion des risques naturels et du partage des données satellitaires, contribuant ainsi à l’amélioration des systèmes de prévention et d’intervention en cas d’urgence. Une grande importance est également accordée à la physique solaire, à la mission SOLAR-C, aux études cosmologiques menées dans le cadre de la mission LiteBIRD, ainsi qu’à la surveillance des astéroïdes potentiellement dangereux. La durabilité spatiale constitue un autre pilier de l’accord. L’Italie et le Japon collaboreront pour faire face au problème croissant des débris orbitaux, développer des technologies actives d’élimination des débris spatiaux, améliorer les systèmes de prévention des collisions entre satellites et renforcer la connaissance de la situation dans l’espace. Les investissements dans la formation professionnelle et la recherche de pointe viennent compléter un cadre visant à créer des écosystèmes innovants capables de soutenir la compétitivité industrielle des deux pays.

LES PERSPECTIVES POUR L’EUROPE ET L’IMPORTANCE STRATÉGIQUE DU PARTENARIAT

L’évolution des relations entre l’Italie et le Japon a des implications qui dépassent la dimension bilatérale. En effet, elle offre des perspectives importantes pour l’avenir de la politique européenne. Dans un contexte international marqué par la concurrence entre les grandes puissances, la fragmentation géoéconomique et l’accélération technologique, l’Europe est appelée à développer de nouvelles formes de coopération avec des partenaires démocratiques hors d’Europe. La relation privilégiée avec le Japon est un modèle de cette stratégie. La collaboration dans les domaines de la défense, de l’espace, de la sécurité économique, de l’énergie, de l’intelligence artificielle, des biotechnologies et des infrastructures démontre qu’il est possible de construire un axe euro-indo-pacifique fondé sur des intérêts convergents et des valeurs communes. Par ailleurs, les initiatives conjointes prévues en Afrique, grâce au dialogue entre le « Plan Mattei » italien et le programme japonais TICAD, ouvrent de nouvelles perspectives de coopération avec les pays du Sud. L’année 2026, qui marquera le 160e anniversaire des relations diplomatiques entre l’Italie et le Japon, apparaît donc comme une étape symbolique d’un parcours voué à se renforcer encore davantage. La convergence entre Mme Meloni et Mme Takaichi, associée à l’intégration croissante de leurs stratégies nationales respectives, laisse entrevoir la possibilité d’une coopération toujours plus étroite, susceptible d’influencer non seulement les relations entre Rome et Tokyo, mais aussi l’évolution de la politique européenne dans un système international en mutation rapide.