Le gouvernement Meloni soutient une proposition visant à mobiliser des capitaux publics et privés en faveur des infrastructures, de l’innovation et des secteurs stratégiques, dans le but de consolider l’avenir économique de l’Italie malgré des contraintes budgétaires de plus en plus strictes.
L’Italie entre dans une phase décisive de son évolution économique. Alors que les règles budgétaires européennes se durcissent et que de nouveaux engagements internationaux exigent une augmentation des dépenses publiques, le pays est confronté à un défi de plus en plus difficile : comment financer les investissements nécessaires pour soutenir la croissance, moderniser les infrastructures et renforcer la compétitivité industrielle sans exercer de pression supplémentaire sur les finances publiques ?
Dans ce contexte, les parlementaires soutenant la majorité au pouvoir de la Première ministre Giorgia Meloni ont déposé au Sénat italien un projet de loi proposant la création d’un Fonds souverain national, un instrument financier ambitieux destiné à mobiliser au moins 100 milliards d’euros pour des investissements stratégiques. Cette proposition s’inscrit dans une vision économique plus large qui vise à transformer l’importante richesse nationale de l’Italie en capital productif tout en limitant le recours à la dette publique supplémentaire.
Les partisans de cette initiative font valoir qu’elle constitue une réponse pragmatique à un environnement économique en mutation. Contrairement aux périodes précédentes, durant lesquelles des ressources européennes exceptionnelles — notamment les 200 milliards d’euros mis à disposition dans le cadre du Plan national de relance et de résilience (PNRR) — ont constitué une source exceptionnelle de financement des investissements, les futurs gouvernements devraient devoir agir dans un contexte budgétaire nettement plus contraignant.
Le Pacte de stabilité et de croissance révisé réduira considérablement la marge de manœuvre budgétaire, tandis que l’engagement pris par l’Italie au sein de l’OTAN d’augmenter ses dépenses de défense exercera une pression supplémentaire sur les finances publiques. Ces contraintes réduisent inévitablement les ressources disponibles pour les infrastructures, l’innovation technologique, la politique industrielle et le développement économique à long terme.
Plutôt que de considérer le ralentissement de la croissance comme inévitable, cette proposition vise à tirer parti de ce que ses partisans décrivent comme le plus grand atout stratégique inexploité de l’Italie : l’énorme masse d’épargne privée du pays, associée à son important portefeuille d’actifs publics.
L’Italie dispose de plusieurs milliers de milliards d’euros détenus par les ménages, les entreprises, les fonds de pension, les organismes de sécurité sociale et les fondations bancaires. Une grande partie de ce capital reste soit immobilisée dans des dépôts bancaires à faible rendement, soit investie à l’étranger. Selon cette proposition, le problème ne réside pas dans le manque de richesse, mais dans l’absence de mécanismes capables de canaliser une partie de ces ressources vers des investissements productifs sur le territoire national.
Le fonds souverain proposé serait initialement doté de capitaux grâce au transfert et à la valorisation d’actifs appartenant à l’État, notamment des participations publiques, des biens immobiliers, des droits et d’autres actifs publics. Des ressources supplémentaires seraient levées exclusivement sur une base volontaire, en offrant des rendements compétitifs aux familles, aux entreprises et aux investisseurs institutionnels désireux d’y participer.
Il est essentiel de noter que la proposition souligne que l’objectif n’est pas de financer les dépenses publiques courantes. Ce fonds fonctionnerait plutôt comme une plateforme d’investissement à long terme dédiée exclusivement à des projets susceptibles de renforcer la capacité de production de l’Italie.
Parmi les secteurs prioritaires figureraient les infrastructures de transport, les réseaux énergétiques, la connectivité numérique, l’intelligence artificielle, la cybersécurité, la recherche scientifique, l’innovation technologique et les chaînes d’approvisionnement industrielles stratégiques — autant de domaines jugés essentiels au maintien de la compétitivité dans une économie mondiale de plus en plus axée sur la technologie.
Afin de faciliter la participation, la législation met en place deux instruments financiers spécifiques.
La première consiste en des comptes d’investissement nationaux (CIN), destinés principalement aux ménages et aux petites entreprises à la recherche d’opportunités d’investissement sûres et à long terme, directement liées au développement économique de l’Italie.
Le deuxième serait constitué par les obligations nationales de développement (OSN), destinées aux investisseurs institutionnels et aux bailleurs de fonds à long terme, tels que les fonds de retraite et les compagnies d’assurance.
L’une des caractéristiques distinctives de cette proposition réside dans l’importance accordée à la transparence et à la responsabilité. Les fonds levés grâce à ces instruments seraient affectés à des projets stratégiques clairement identifiés, tandis qu’une plateforme numérique permettrait aux investisseurs de suivre la manière dont leurs capitaux sont alloués, d’examiner les caractéristiques des projets et de suivre l’avancement de leur mise en œuvre en temps réel.
Au-dessus de ce cadre opérationnel se situerait un Plan stratégique national d’investissement, élaboré par le gouvernement et soumis au Parlement pour approbation. Les partisans de ce modèle de gouvernance le jugent essentiel pour garantir que les priorités de l’Italie en matière d’industrie et d’infrastructures soient définies dans le cadre d’une planification transparente et pluriannuelle, plutôt que par des décisions politiques à court terme.
Les partisans au sein de la coalition au pouvoir font valoir que cette approche s’inscrit dans la ligne générale du gouvernement Meloni, qui met l’accent sur le renforcement de la souveraineté économique de l’Italie tout en encourageant la participation du secteur privé plutôt que de s’appuyer exclusivement sur les dépenses publiques.
Cette proposition reflète également une philosophie qui considère l’épargne nationale comme une ressource stratégique susceptible de soutenir le développement national lorsqu’elle s’accompagne d’une gouvernance solide et d’incitations fondées sur les mécanismes du marché. En créant des opportunités d’investissement volontaires liées à des projets nationaux concrets, les promoteurs de cette initiative estiment que l’Italie pourrait attirer des capitaux à long terme sans imposer de nouvelles charges aux contribuables.
L’objectif général va au-delà du simple financement de projets individuels. Après des années de croissance atone de la productivité et de difficultés dans le secteur industriel, les partisans de cette approche affirment que l’Italie a besoin d’un mécanisme structurel capable de soutenir l’investissement bien au-delà de l’expiration du PNRR.
Alors que la dette publique reste élevée et que la marge de manœuvre budgétaire se réduit de plus en plus, les décideurs politiques sont confrontés à la tâche difficile de maintenir la dynamique économique tout en respectant les règles budgétaires européennes. Le Fonds souverain national proposé est présenté comme une réponse possible à ce dilemme : il s’agit de réunir les actifs publics, l’épargne privée, les capitaux institutionnels et une gouvernance transparente afin de financer l’avenir du pays.
Reste à voir si le Parlement approuvera finalement ce projet de loi. Néanmoins, cette proposition met en lumière un thème de plus en plus central du débat économique italien sous le gouvernement de Giorgia Meloni : réorienter les priorités, en délaissant l’augmentation des dépenses publiques au profit de la mobilisation des capitaux nationaux en vue d’investissements stratégiques, avec pour objectif déclaré de rétablir une croissance durable, de renforcer la compétitivité industrielle et de donner à l’Italie un plus grand contrôle sur son avenir économique à long terme.