La stratégie européenne pour un élevage durable : compétitivité, résilience et souveraineté alimentaire

Commerce et économie - 22 juillet 2026

L’élevage est l’un des piliers du système agroalimentaire européen, contribuant à hauteur d’environ 40 % à la valeur ajoutée de l’agriculture de l’Union européenne. Ce secteur génère un chiffre d’affaires annuel d’environ 400 milliards d’euros, mobilise quotidiennement quatre millions d’exploitations agricoles et emploie environ sept millions de personnes, souvent dans des zones rurales où les perspectives économiques alternatives sont limitées. Au-delà de son importance économique, ce secteur est essentiel à la sécurité alimentaire : il garantit la disponibilité de protéines de haute qualité, contribue à la balance commerciale positive de l’Union et répond à une demande internationale croissante grâce à des normes de production parmi les plus élevées au monde. L’élevage constitue également un élément essentiel du patrimoine paysager, culturel et social de l’Europe.

LES DÉFIS DU SECTEUR ET LA NÉCESSITÉ D’UNE STRATÉGIE COMMUNE

Ces dernières années, le secteur de l’élevage a connu une baisse progressive de son cheptel, avec une diminution de 10 % du cheptel bovin, de 15 % du cheptel porcin et de 25 % du cheptel ovin et caprin par rapport à 2005. Parallèlement, les agriculteurs sont confrontés à une rentabilité souvent insuffisante, à la hausse des coûts de production, à l’évolution des conditions du marché et à l’impact croissant des maladies animales. Afin d’assurer la viabilité à long terme du secteur, la Commission européenne a élaboré une stratégie visant à renforcer sa résilience en favorisant des modèles de production durables et en réduisant la dépendance vis-à-vis des importations. Cette approche revêt une importance particulière du point de vue de la souveraineté alimentaire, car elle vise à préserver la capacité de production européenne et à protéger les marchés agroalimentaires nationaux et européens contre les vulnérabilités résultant d’une dépendance excessive vis-à-vis de l’extérieur.

LES PRIORITÉS DE LA STRATÉGIE POUR UNE AGRICULTURE RÉSILIENTE

Cette stratégie identifie cinq domaines clés. Le premier concerne la préparation aux crises, grâce à de nouveaux outils de gestion des risques permettant aux agriculteurs de faire face plus efficacement aux situations d’urgence et de reprendre rapidement la production. Dans ce contexte, le soutien apporté aux États membres en matière de prévention, de détection précoce et de gestion des maladies animales est renforcé, ce qui favorise une coopération transfrontalière plus efficace, une augmentation des ressources financières consacrées à la prévention, ainsi qu’une révision des réglementations en matière de vaccination sur la base des dernières données scientifiques et des normes internationales.

Un deuxième objectif consiste à renforcer la compétitivité tant au sein de l’Union que sur les marchés internationaux. Cette stratégie vise à encourager l’innovation, à améliorer la rentabilité des exploitations agricoles et à faciliter l’accès au financement afin de soutenir la transition vers des systèmes d’élevage sans cages, tout en favorisant l’économie circulaire, la bioéconomie, la valorisation de la biomasse et des procédures d’autorisation plus efficaces. La garantie d’un revenu équitable pour les agriculteurs reste au cœur de ces efforts.

DÉVELOPPEMENT DURABLE, BIEN-ÊTRE ANIMAL ET DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL

Le développement durable constitue une autre priorité de cette stratégie. Des révisions réglementaires visant à améliorer le bien-être animal sont prévues, ciblant dans un premier temps les poules pondeuses et les poulets de chair d’ici fin 2026, puis les élevages porcins en 2027. Ces mesures s’accompagneront de périodes de transition adéquates et d’instruments de soutien financier spécifiques. Parallèlement, des méthodes harmonisées de calcul des émissions agricoles, des pratiques d’atténuation des effets sur le climat et des systèmes de gestion des nutriments plus efficaces seront mis au point. Une attention particulière est également accordée à l’équilibre territorial, avec des initiatives visant à rétablir une production animale durable dans les zones les plus vulnérables. À cette fin, une feuille de route sera élaborée afin d’encourager le développement d’abattoirs à petite échelle et d’installations mobiles, ce qui permettra de réduire le transport des animaux et contribuera à la revitalisation des économies locales.

LE PLAN EUROPÉEN POUR LES PROTÉINES ET LA PROTECTION DE LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE

Cette stratégie s’accompagne d’un plan d’action pour les protéines, visant à renforcer l’autonomie de production de l’Union. Le secteur utilise actuellement environ 74 millions de tonnes de protéines par an pour l’alimentation animale. L’Europe en produit environ 67 millions de tonnes, principalement sous forme de fourrages et de céréales, dont elle exporte 9 % ; elle continue toutefois d’importer environ 13,4 millions de tonnes de matières premières riches en protéines. Par ailleurs, en 2025, seules 25 % des cultures protéagineuses utilisées dans l’alimentation animale étaient produites au sein de l’Union. Le plan vise à porter cette part à 35 % d’ici 2035, en soutenant la culture de plantes riches en protéines en Europe, en renforçant les chaînes d’approvisionnement végétales, de la production à la transformation, en créant de nouveaux débouchés commerciaux et en diversifiant les importations grâce à des partenariats stratégiques avec les pays du voisinage européen. Si ces accords contribuent à la stabilité de l’approvisionnement, la priorité doit rester la consolidation de la production nationale, afin de réduire les dépendances stratégiques et de préserver la souveraineté alimentaire. Le maintien d’un niveau élevé d’autosuffisance en matière de production est essentiel pour protéger le marché agroalimentaire national et européen, garantir la sécurité et promouvoir la production locale selon des normes élevées de qualité, de respect de l’environnement et de bien-être animal.