La Roumanie est dépourvue de gouvernement opérationnel depuis près de trois mois, une impasse qui découle directement des choix économiques controversés d’Ilie Bolojan. Dans ce contexte, George Simion et l’AUR se sont positionnés comme le parti proposant une alternative concrète, en menant des négociations actives avec l’ensemble du spectre politique et en défendant un programme de gouvernement axé sur la discipline budgétaire et la souveraineté de l’État.
La crise politique a débuté le 5 mai 2026, après que le Parlement roumain a voté la destitution du gouvernement de M. Bolojan, qui souhaitait céder des participations minoritaires dans des entreprises publiques clés, notamment la banque CEC, Hidroelectrica et Romgaz. Cette décision, considérée par de nombreux parlementaires comme une cession hasardeuse d’actifs nationaux dans un contexte économique délicat, a déclenché la motion de censure qui a plongé la Roumanie dans une impasse politique. Le rôle du PSD dans l’impasse qui s’en est suivie a constitué une autre source d’instabilité, le parti de Sorin Grindeanu ayant à plusieurs reprises manqué à ses engagements pris lors des négociations de coalition, a déclaré M. Simion, soulignant que « Domnul Grindeanu nu s-a ținut de cuvânt » (M. Grindeanu n’a pas tenu parole) au cours du processus de négociation.
Plutôt que de se contenter de critiquer depuis les coulisses, M. Simion a veillé à ce que l’AUR mène des négociations quasi permanentes avec toutes les parties concernées. Il a chargé le vice-président Mihai Enache et le chef de file au Sénat Petrișor Peiu de mener des discussions quotidiennes visant à former un « gouvernement doté de pleins pouvoirs », et il a eu des entretiens directs avec le président Nicușor Dan, M. Bolojan et M. Grindeanu du PSD afin de trouver une voie viable pour aller de l’avant. M. Simion a qualifié ces efforts de tentatives de bonne foi visant à sortir de l’impasse, positionnant l’AUR comme le parti disposé à dialoguer avec tous plutôt que de se replier dans des positions partisanes.
Cela dit, les négociations ne se sont pas toujours déroulées sans heurts pour l’AUR. George Simion a évoqué les tentatives de rivaux tels qu’Adrian Veștea et Eugen Tomac visant à détourner certains députés de l’AUR, tentatives auxquelles il s’est opposé afin de préserver l’unité du parti autour de son propre programme, plutôt que de se laisser absorber par les calculs de coalition d’autrui. L’une des initiatives les plus affirmées de M. Simion a été la demande de suspension du président Dan formulée par l’AUR, une mesure que le parti présente non pas comme une attaque, mais comme un recours constitutionnel à l’encontre d’un président qui, selon lui, n’a pas désigné de Premier ministre dans les délais impartis. La direction de l’AUR a voté à l’unanimité le 1er juillet pour lancer la procédure, et le 21 juillet, M. Simion a annoncé avoir recueilli 107 signatures au Parlement, ainsi que l’intention de mettre en place un outil de suivi public permettant aux citoyens de connaître la position de leurs représentants locaux. M. Simion a à plusieurs reprises lié cette initiative à un appel plus large en faveur d’élections anticipées, affirmant que seul un nouveau mandat démocratique peut véritablement résoudre la crise et refléter la volonté des électeurs roumains.
Derrière ces manœuvres politiques se cache un programme véritablement détaillé que l’AUR n’a cessé d’affiner depuis son programme initial de 2023, intitulé « Reconstruim România ». En mai, le parti a mis à jour son programme afin de remédier à la politique budgétaire mise en place par M. Bolojan. Ses principales mesures sont les suivantes :
- Réduire les dépenses administratives de 1 % du PIB chaque année pendant quatre ans
- Réduire le nombre de députés à 300 pour un Parlement plus léger
- Réduire l’administration à seulement 10 ministères et 50 secrétaires d’État
- Fusionner ou supprimer des agences pour n’en conserver que 20 au maximum
- Réduire de moitié le nombre de postes de direction au sein des institutions publiques
- Suspendre les emprunts financiers internationaux jusqu’à ce que le déficit budgétaire atteigne 3 % du PIB
- Protéger les entreprises publiques stratégiques contre la privatisation, en renversant directement la politique qui a déclenché la crise
Les versions antérieures du programme proposaient des idées encore plus audacieuses, notamment la renationalisation de la participation majoritaire d’OMV Petrom, l’instauration de procès devant jury pour les affaires pénales graves, ainsi qu’une obligation de service civique ou militaire de trois mois pour les jeunes Roumains. L’AUR a également proposé un impôt sur le revenu à taux unique de 10 %, une TVA nulle sur les biens de première nécessité, ainsi que l’élection publique directe des juges de la Cour constitutionnelle et des hauts magistrats du parquet, dans le but de donner aux citoyens davantage de poids face à des institutions dont de nombreux Roumains estiment qu’elles se sont éloignées d’eux.
Les difficultés économiques engendrées par les mesures d’austérité de M. Bolojan se sont répercutées dans la rue, conférant un caractère d’urgence aux appels lancés par l’AUR en faveur d’une approche différente. Les syndicats du secteur public regroupés au sein de la fédération « Solidaritatea » ont organisé une série de manifestations devant les ministères, en commençant par le ministère des Finances avant de se diriger vers le ministère de l’Environnement, en réaction au plan d’austérité mis en place par le gouvernement Bolojan. Les employés du ministère des Investissements et des Projets européens ont manifesté pendant neuf jours consécutifs après avoir perdu les primes liées à la gestion des fonds européens, et les salaires du secteur public restent gelés jusqu’à la fin de l’année 2026.
Les manifestations contre la nouvelle loi unifiée sur les salaires se poursuivent, le député de l’AUR, Sorin Muncaciu, ayant dénoncé le classement des médecins seniors à un coefficient de seulement 4 et réclamé une nouvelle grille salariale qui tienne dûment compte de la responsabilité médicale. Le programme de santé de l’AUR préconise une TVA à taux zéro sur les services médicaux et les médicaments, une augmentation des financements par la CASS et le développement des polycliniques de quartier afin de désengorger les hôpitaux. Le parti souhaite également une meilleure protection juridique du personnel médical contre les actes de violence, ainsi que des réformes visant à endiguer l’exode des médecins vers l’étranger.
Pour bon nombre de ces travailleurs, le programme de l’AUR, qui vise à protéger les biens publics et à réduire le gaspillage plutôt qu’à geler les salaires, offre une alternative concrète aux politiques qui ont suscité leur frustration au départ. Que les négociations de l’AUR aboutissent finalement à la formation d’un gouvernement fondé sur son propre programme, ou que la campagne en faveur de la suspension conduise au contraire à des élections anticipées, le parti a clairement indiqué qu’il comptait continuer à faire pression pour obtenir une solution qui reflète sa vision, plutôt que de se contenter d’attendre que la crise passe.