Le 21 septembre 2026, trois députés européens, Adam Bielan, Mariusz Kamiński et Carlo Fidanza, ont adressé un courrier à la commissaire de l’Union européenne chargée des affaires étrangères et de la politique de sécurité, Mme Kaja Kallas, pour lui faire part de leurs inquiétudes concernant l’utilisation apparente du système judiciaire brésilien à l’encontre des opposants politiques du régime et d’éventuels cas de corruption au sein de la Cour suprême fédérale du Brésil. Les trois députés européens ont mis en avant les agissements d’Alexandre de Moraes, un juge de la Cour suprême fédérale largement considéré comme un allié indéfectible de l’actuel président brésilien, Lula da Silva.
Moraes a annulé la condamnation de Lula
Lula, dirigeant d’extrême gauche du Parti des travailleurs et président du Brésil de 2003 à 2011, a été condamné pour corruption et blanchiment d’argent en 2017. Il s’est donc vu interdire de se présenter à l’élection présidentielle de 2018, remportée par Jair Bolsonaro, un politicien de droite non-conformiste. Ce dernier est un ancien officier de l’armée connu pour son franc-parler, bien que parfois dépourvu de tact. Lula a de nouveau été condamné en 2018 et 2019, et a passé plus d’un an en prison. Le chef d’accusation le plus flagrant à son encontre était d’avoir accepté des pots-de-vin sous la forme de travaux de rénovation coûteux dans sa maison de plage, en échange de contrats publics lucratifs. En 2021, Moraes a fait partie des juges de la Cour suprême fédérale qui ont annulé la condamnation de Lula pour un vice de procédure (le fait qu’il n’ait pas été jugé dans la juridiction compétente). De manière opportune, les juges ont attendu que la prescription empêche tout nouveau procès.
Moraes a cherché à faire taire les détracteurs de Lula
Lula était donc éligible pour se présenter contre Bolsonaro en 2022. Au cours de la campagne, Moraes, en tant que président du Tribunal électoral, a cherché à faire taire les détracteurs de Lula sous prétexte de lutter contre les « fausses informations ». Lorsque les Brésiliens présents sur les réseaux sociaux ont refusé de se plier à ses exigences, Moraes s’en est pris aux plateformes de réseaux sociaux. Cela l’a mis en conflit avec Elon Musk, propriétaire de X, qui a révélé que Moraes avait ordonné la suspension de comptes appartenant à d’éminents parlementaires et journalistes. Le journaliste américain Glenn Greenwald, qui réside au Brésil, a soigneusement documenté les abus de pouvoir de Moraes .
Lula a battu Bolsonaro de justesse (50,9 % contre 49,1 %). Après l’élection, des documents provenant de proches de Bolsonaro ont été divulgués à la presse, montrant que certains d’entre eux avaient évoqué un coup d’État militaire et que l’un d’eux avait même mentionné l’assassinat de Moraes (ce qui, dans d’autres pays, aurait entraîné la récusation de Moraes dans cette affaire). Toutefois, aucun lien n’a été établi entre ces rumeurs et les émeutes déplorables qui ont eu lieu dans la capitale brésilienne, Brasília, le 8 janvier 2023, lorsque des vandales ont attaqué le siège de la Cour suprême fédérale. Bolsonaro se trouvait aux États-Unis à ce moment-là.
Moraes a condamné Bolsonaro sur la base de preuves peu solides
M. Moraes a dirigé l’enquête sur les émeutes. Bien que rien ne reliait directement M. Bolsonaro à ces événements, lui-même et trois de ses collègues juges, tous partisans de Lula, ont reconnu M. Bolsonaro coupable en septembre 2025 d’avoir comploté en vue d’un coup d’État militaire. Ils ont condamné l’ancien président, âgé de 70 ans, à 27 ans de prison. L’un des juges, Luiz Fux, a rédigé une opinion dissidente de 452 pages, faisant valoir que la Cour n’était pas compétente, qu’il n’existait aucune preuve tangible de la participation active de Bolsonaro à des projets mal ficelés élaborés par d’autres, et que le ministère public avait noyé l’affaire sous un déluge de 70 téraoctets de données en grande partie non pertinentes et désorganisées, dont 225 millions de messages.
M. Moraes entretient des liens étroits avec un fraudeur
Bolsonaro n’étant pas autorisé à se présenter aux élections de 2026, c’est son fils Flávio qui se présente à sa place contre Lula. Sa candidature a été temporairement compromise par la révélation selon laquelle il avait demandé à un financier aujourd’hui discrédité, Daniel Vorcaro, de la Master Bank en faillite, de faire un don pour financer un documentaire sur son père. Mais un autre révélation s’est avérée bien plus importante. L’épouse de Moraes, Viviene Barci de Moraes (sur la photo ci-dessus avec son mari et Lula), avait signé un contrat de trois ans avec la Master Bank de Vorcaro pour fournir des services de conseil juridique pour un montant de 25 millions de dollars américains. De plus, des messages divulgués montrent que Vorcaro a demandé à Moraes, peu avant son arrestation, s’il devait fuir le Brésil. Ces messages indiquer un lien bien plus étroit entre Moraes et Vorcaro que ce que l’on savait jusqu’à présent. Les préoccupations exprimées dans la lettre adressée par les trois députés européens au commissaire européen chargé des affaires étrangères et de la sécurité semblent justifiées.