Rome invoque les risques persistants d’infiltration terroriste et de mouvements migratoires secondaires, alors que des contrôles temporaires aux frontières aériennes et maritimes restent en vigueur en vertu des règles de Schengen.
L’Italie a prolongé de 15 jours les contrôles temporaires à sa frontière avec l’Espagne, maintenant les contrôles des liaisons aériennes et maritimes entre les deux pays en raison des préoccupations persistantes concernant la sécurité intérieure et l’infiltration possible de terroristes par des voies de migration irrégulières.
Le ministre de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, a annoncé cette prolongation le 15 septembre, à l’issue d’une évaluation menée par le Comité italien d’analyse de l’immigration et de la sécurité aux frontières. Rome a officiellement communiqué cette décision à la Commission européenne et aux ministres de l’Intérieur des autres États membres de l’Union européenne.
Selon le ministère de l’Intérieur, les conditions de sécurité qui ont conduit à la mise en place de ces contrôles n’ont pas encore disparu. Les autorités continuent d’identifier les « profils à haut risque » pour la sécurité intérieure, tout en craignant que les flux migratoires irréguliers ne soient potentiellement exploités par des individus liés à des organisations terroristes.
Cette mesure constitue une réintroduction temporaire des contrôles aux frontières intérieures plutôt qu’une suspension, au sens strict, de l’adhésion de l’Italie à l’espace Schengen. En vertu du code frontières Schengen, les États participants autorisent normalement les personnes à franchir leurs frontières intérieures sans contrôles systématiques. Toutefois, la législation de l’Union européenne autorise les gouvernements à rétablir temporairement les contrôles lorsqu’une menace grave pour l’ordre public ou la sécurité intérieure a été identifiée.
Une telle mesure doit rester exceptionnelle. La réglementation européenne précise que les contrôles aux frontières intérieures ne doivent être recourus qu’en dernier ressort et doivent satisfaire aux critères de nécessité et de proportionnalité. Leur portée géographique et leur durée doivent également être limitées à ce qui est strictement nécessaire pour faire face à la menace identifiée.
Les mesures italo-espagnoles trouvent leur origine dans la crise migratoire qui s’est développée autour de Ceuta, la ville autonome espagnole située sur la côte nord-africaine, à la frontière avec le Maroc. L’Italie a initialement mis en place des contrôles à compter du 1er août, à la suite d’une forte augmentation des entrées irrégulières dans l’enclave espagnole et des craintes que certains migrants ne traversent ensuite l’espace Schengen pour se rendre dans d’autres pays européens.
Rome a ensuite prolongé ces contrôles fin août. À ce stade, le ministère de l’Intérieur a pris acte des mesures prises par l’Espagne et l’Union européenne pour stabiliser la situation, tout en estimant que les circonstances justifiant des précautions supplémentaires ne s’étaient pas encore suffisamment atténuées.
Cette nouvelle prolongation montre que les autorités italiennes chargées de la sécurité restent prudentes. Leur inquiétude ne porte pas seulement sur le nombre d’arrivées irrégulières, mais aussi sur ce que les autorités européennes qualifient de « mouvements secondaires » : les migrants qui entrent dans l’espace Schengen par un pays avant de se rendre sans autorisation dans un autre État membre.
Le terrorisme ajoute une dimension sécuritaire distincte et plus sensible. Le Code des frontières Schengen révisé identifie explicitement les incidents ou menaces terroristes parmi les circonstances susceptibles de constituer une menace grave pour la sécurité intérieure. Toutefois, l’existence d’une telle base juridique ne signifie pas que la migration irrégulière soit en soi assimilée au terrorisme. Les autorités évaluent plutôt la possibilité que des mouvements incontrôlés puissent créer des vulnérabilités susceptibles d’être exploitées par des individus dangereux.
Ce différend met également en lumière un défi plus large auquel est confronté l’espace Schengen. L’espace européen sans frontières est l’une des réalisations les plus tangibles de l’Union européenne, permettant à des centaines de millions de résidents de circuler entre les pays participants sans contrôles systématiques aux frontières intérieures. Pourtant, les gouvernements ont de plus en plus souvent recours à des contrôles temporaires pour faire face au terrorisme, à l’immigration clandestine, à la criminalité organisée et à l’instabilité géopolitique.
L’Italie elle-même maintient actuellement des contrôles distincts à sa frontière terrestre avec la Slovénie, invoquant des risques tels que l’infiltration de terroristes le long de la route des Balkans occidentaux, la migration irrégulière et les réseaux criminels de trafic d’êtres humains. D’autres pays de l’espace Schengen ont mis en place des contrôles à diverses frontières intérieures pour des raisons liées à leur propre sécurité et à la migration.
L’Espagne, quant à elle, a également notifié la mise en place de contrôles temporaires affectant ses frontières aériennes et maritimes intérieures avec l’Italie, soulignant ainsi les implications bilatérales de la situation actuelle en matière de sécurité.
La question essentielle est donc de savoir pendant combien de temps ces dispositions exceptionnelles resteront nécessaires. En vertu du droit de l’Union européenne, toute prolongation répétée exige que les gouvernements continuent de démontrer que la menace persiste et que les contrôles aux frontières restent proportionnés à celle-ci. D’autres mesures, notamment une coopération policière renforcée et des contrôles ciblés par les forces de l’ordre, doivent également être envisagées.
Pour l’instant, la décision de M. Piantedosi indique que Rome estime que les conditions nécessaires à un retour complet aux procédures Schengen habituelles avec l’Espagne ne sont pas encore réunies. Ce délai supplémentaire de 15 jours offrira aux autorités italiennes une nouvelle occasion de suivre l’évolution de la situation en Espagne, les flux migratoires à travers l’Europe et les évaluations des services de renseignement concernant d’éventuelles menaces pour la sécurité.