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La révolution de la location en Italie est le signe d’un changement de génération sur les marchés automobiles mondiaux

Énergie - janvier 10, 2026

Alors que la propriété cède la place à l’accès, les jeunes conducteurs, l’incertitude électrique et les réglementations plus strictes redessinent l’avenir de la mobilité.

En 2025, le marché automobile italien présentait un paradoxe frappant. Alors que le nombre total d’immatriculations de véhicules neufs a diminué de 2,4 %, le secteur de la location de véhicules a fait un bond en avant, atteignant plus de 524 000 immatriculations et représentant 30,6 % de l’ensemble des véhicules neufs vendus. Cette étape importante n’est pas simplement une curiosité statistique ; c’est un indicateur puissant de changements structurels et générationnels plus profonds qui se produisent dans l’industrie automobile mondiale.

Selon l’analyse annuelle d’Aniasa et de Dataforce, les immatriculations de véhicules de location – couvrant à la fois les voitures particulières et les véhicules utilitaires légers – ont augmenté de 10,7 % d’une année sur l’autre. Les voitures particulières ont été le principal moteur de cette expansion, avec près de 454 000 unités enregistrées, soit une hausse de 13,3 % par rapport à 2024. La location à long terme a augmenté de 11,6 %, tandis que la location à court terme a fait un bond impressionnant de 19,3 %, soutenue par la reprise du tourisme et de la mobilité saisonnière. Les véhicules utilitaires légers, en revanche, ont connu une évolution plus complexe, terminant l’année en baisse de 3,3 %, la location à court terme étant particulièrement touchée.

À première vue, ces chiffres reflètent une réponse pragmatique à la pression économique. L’augmentation des prix d’achat, des taux d’intérêt, des coûts d’assurance et des frais d’entretien a rendu la possession d’une voiture traditionnelle de plus en plus onéreuse. Comme l’a fait remarquer Italo Folonari, président d’Aniasa, les consommateurs passent d’une logique de propriété à une logique d’utilisation. Cependant, sous cette logique économique se cache une transformation générationnelle plus large qui s’étend bien au-delà des frontières de l’Italie.

Les jeunes générations, en particulier les Millennials et la Génération Z, ont une vision de la voiture très différente de celle de leurs parents. Pour beaucoup, la flexibilité, la prévisibilité des coûts et la commodité du numérique comptent plus que la possession d’un bien qui se déprécie rapidement. Les solutions de mobilité basées sur la location et l’abonnement s’alignent naturellement sur les modes de vie façonnés par les services de streaming, l’économie du partage et le travail à distance ou hybride. En ce sens, la croissance de la location de véhicules n’est pas seulement une réponse aux conditions du marché, mais un changement culturel qui redéfinit ce que signifie la mobilité au 21e siècle.

Ce changement de génération croise une autre ligne de fracture majeure dans le monde de l’automobile : la transition vers l’électrification. Le marché italien de la location montre une adoption plus rapide des véhicules électrifiés que le marché dans son ensemble. Dans les flottes de location à long terme, les véhicules hybrides et électriques connaissent une forte croissance, les hybrides rechargeables ayant presque doublé et les véhicules électriques à batterie (BEV) ayant augmenté de 39,4 % d’une année sur l’autre. Les BEV représentent désormais près de 7 % des immatriculations de véhicules de location à long terme, une part plus élevée que sur l’ensemble du marché italien.

La location joue ici un rôle crucial en tant que « terrain d’essai » pour les nouvelles technologies. De nombreux conducteurs hésitent encore à passer au tout électrique, car ils sont préoccupés par l’infrastructure de recharge, l’anxiété liée à l’autonomie, les valeurs résiduelles et l’évolution rapide de la technologie. La location atténue ces risques : les utilisateurs peuvent découvrir les véhicules électrifiés sans s’engager à les posséder à long terme, tandis que les opérateurs gèrent la dépréciation et la conformité à la réglementation. Cette dynamique explique en partie pourquoi l’électrification progresse souvent plus rapidement dans les flottes que parmi les acheteurs privés.

Dans le même temps, l’incertitude reste grande. En Europe et sur d’autres marchés mondiaux, des réglementations de plus en plus strictes en matière d’émissions poussent les fabricants et les consommateurs vers l’électrification, mais les signaux politiques ne sont pas toujours clairs ou cohérents. L’évolution des incitations, les changements de calendrier pour l’interdiction des moteurs à combustion interne et les tensions géopolitiques qui affectent les prix de l’énergie sont autant de facteurs qui contribuent à l’hésitation. Pour les jeunes consommateurs en particulier, la durabilité est importante, mais l’accessibilité financière et l’aspect pratique le sont tout autant. Les solutions locatives offrent un compromis, permettant une adaptation graduelle plutôt qu’un bouleversement brutal.

Le cas de l’Italie reflète donc une tendance mondiale. Les marchés automobiles du monde entier sont en train de subir un changement de génération, sous l’effet des réalités économiques, de la réglementation environnementale et de l’évolution des valeurs. Les modèles de location et de mobilité en tant que service apparaissent comme les piliers centraux de ce nouvel écosystème, amortissant la transition vers l’électrification et redéfinissant la relation entre les personnes et les voitures.

Dans ce paysage en évolution, l’avenir de l’industrie automobile pourrait dépendre moins de la vente de véhicules aux particuliers que de la fourniture de solutions de mobilité adaptables, conformes et durables. La part de location de 30 % de l’Italie n’est pas une fin en soi, c’est un signe avant-coureur de la direction que prend la mobilité mondiale.

 

Alessandro Fiorentino