La nouvelle loi roumaine sur les infractions environnementales suscite une vive opposition dans les zones rurales, où l’on craint des répercussions sur l’eau et l’agriculture

Environnement - 22 juillet 2026

Le ministère roumain de l’Environnement a présenté un nouveau projet de loi de grande envergure visant à transposer la directive européenne 2024/1203 relative à la protection de l’environnement par le droit pénal, mais cette proposition a déclenché une vive polémique politique quant à son impact potentiel sur les agriculteurs et les ménages ruraux.
Le 11 avril 2024, le Parlement européen et le Conseil ont adopté la directive (UE) 2024/1203, qui abroge deux directives antérieures et établit des règles minimales concernant la définition des infractions environnementales et des sanctions applicables dans l’ensemble de l’Union européenne. Elle oblige les États membres à ériger en infraction pénale les atteintes graves à l’environnement, allant du trafic illégal de déchets au prélèvement d’eau non autorisé, et à veiller à ce que les sanctions soient suffisamment sévères pour dissuader réellement les grands pollueurs, plutôt que de considérer les dommages environnementaux comme un coût mineur lié à l’activité économique. La directive est entrée en vigueur le 20 mai 2024, accordant à la Roumanie et aux autres États membres un délai de transposition pour intégrer ses dispositions dans leur législation nationale.

Le projet de loi omnibus roumain va bien au-delà d’un simple copier-coller du texte de Bruxelles. Il remanie l’article 98 de l’ordonnance d’urgence n° 195/2005 relative à la protection de l’environnement, en y ajoutant huit articles entièrement nouveaux regorgeant de définitions détaillées, tout en modifiant également l’ordonnance sur les déchets, la loi sur l’eau de 1996, ainsi que la législation relative au forage en mer, aux activités nucléaires, aux zones naturelles protégées, à la sylviculture et aux gaz fluorés. L’objectif déclaré est clair : alourdir les sanctions applicables aux infractions environnementales graves grâce à un système progressif lié à l’ampleur réelle des dommages causés.

Au cœur de la polémique se trouve une toute nouvelle infraction : le captage illégal d’eau. Le projet de loi ajoute une définition à l’annexe de la loi sur l’eau, décrivant le « captage d’eau » comme toute extraction, prélèvement ou dérivation contrôlée d’eau par le biais de forages, de drains ou d’autres moyens techniques, à des fins de consommation humaine, d’irrigation, d’utilisation industrielle, de production d’énergie, d’agriculture ou à d’autres fins économiques ou sociales. L’article 95¹ érige ensuite en infraction pénale le captage d’eaux de surface ou souterraines en violation des exigences légales lorsque cet acte est « susceptible » de causer un préjudice significatif à l’état écologique ou quantitatif d’un milieu aquatique, les peines allant d’un à cinq ans d’emprisonnement. Si des dommages importants se produisent effectivement, la peine passe à deux à sept ans ; si les dommages s’avèrent étendus, irréversibles ou durables, les peines s’élèvent à trois à dix ans.

Le problème juridique ne réside pas dans l’intention, mais dans la formulation. Des termes tels que « préjudice significatif », « susceptible de causer un préjudice », « à grande échelle » et « quantité non négligeable » sont intrinsèquement subjectifs ; ils reposent sur des rapports d’experts et sur le pouvoir d’appréciation du ministère public ou du juge, plutôt que sur des seuils fixes et objectifs. Comme l’infraction est qualifiée de « délit de danger », ce qui signifie qu’il n’est pas nécessaire qu’un préjudice réel se produise, mais qu’il suffit qu’il y ait un risque potentiel, le seuil de déclenchement d’une enquête pénale est fixé à un niveau exceptionnellement bas. Ajoutez à cela que les tentatives d’infraction sont punissables dans la plupart des cas, que les autorisations obtenues par fraude ou corruption ne protègent personne de toute responsabilité, et que les ressortissants roumains peuvent être poursuivis pour des actes commis à l’étranger même lorsque ces actes ne constituent pas des infractions sur place, et le projet de loi commence à ressembler davantage à un champ de mines juridique qu’à un instrument de précision. Pour les Roumains ordinaires, en particulier dans les zones rurales déjà confrontées à la pénurie d’eau, la crainte est bien réelle : les agriculteurs utilisant des forages non autorisés pour l’irrigation, ou les ménages disposant de puits agrandis, pourraient théoriquement tomber sous le coup de la définition de « captage contrôlé » même sans causer de réel préjudice écologique.

C’est précisément là que les esprits se sont échauffés. La ministre de l’Environnement par intérim, Diana Buzoianu, s’est fermement opposée à ce qu’elle a qualifié de campagne de désinformation, insistant sur le fait que le projet de loi ne changeait rien concernant les puits domestiques. Elle a souligné que l’utilisation de l’eau de puits à des fins de consommation, d’abreuvement des animaux, d’irrigation et pour les besoins domestiques généraux, dans la limite de 17 mètres cubes par jour, sans compteur ni redevance, reste pleinement protégée par la loi sur l’eau en vigueur, et que l’utilisation de pompes est également autorisée dans ces cas-là. Selon Mme Buzoianu, la nouvelle infraction relative au captage d’eau vise spécifiquement les opérations illégales à l’échelle industrielle qui ont asséché des villages entiers, et non les potagers familiaux ou les abreuvoirs pour le bétail. Elle a également promis d’ajouter une référence explicite à la loi sur l’eau au sein même du nouveau projet de loi afin d’éliminer toute ambiguïté.

Mais les détracteurs, notamment des commentateurs virulents qui suivent les déclarations publiques de M. Buzoianu depuis 2024, font valoir que les promesses de clarification n’ont pas la même valeur qu’un texte législatif. Le projet actuel, tel qu’il a été publié pour consultation publique, ne contient pas de disposition explicite concernant l’utilisation de l’eau à petite échelle ou à des fins de subsistance ; il se fonde simplement sur le principe général énoncé à l’article 9 de la loi sur l’eau, selon lequel l’utilisation domestique gratuite est autorisée. La véritable question est de savoir si cela suffit à protéger un agriculteur contre un procureur trop zélé qui interpréterait de manière extensive la notion de « captage contrôlé » ; or, les assurances données par le ministre n’ont pas pleinement rassuré les sceptiques.

L’eau n’est pas le seul point sensible. Le projet de loi érige également en infraction pénale la production, la fourniture ou l’utilisation d’engrais chimiques et de produits phytosanitaires non autorisés sur des cultures destinées à la vente, infraction passible d’une peine d’un à cinq ans lorsqu’elle entraîne la mort, des blessures graves ou des dommages environnementaux importants. Le stockage inapproprié de pesticides et les infractions aux interdictions d’utilisation sur les terres agricoles sont passibles des mêmes sanctions. Étant donné que de nombreuses exploitations agricoles roumaines de petite et moyenne taille ont parfois recours à des produits non homologués ou ne disposent pas d’infrastructures de stockage adéquates en raison de contraintes financières, les défenseurs du secteur agricole craignent que cela ne transforme des difficultés économiques courantes en casier judiciaire.

Ce projet de loi vise indéniablement un problème réel : la Roumanie est confrontée à des prélèvements illégaux d’eau à l’échelle industrielle et à un manque de rigueur dans la répression des principaux pollueurs, et la directive européenne exige des mesures dissuasives plus fortes. Cependant, l’absence de seuils quantitatifs clairs, d’exceptions « de minimis » et d’une formulation législative sans ambiguïté concernant l’agriculture de subsistance laisse une large place à la crainte, à la confusion et à une application incohérente de la loi dès lors que les procureurs commenceront à utiliser des termes tels que « susceptible » et « significatif » sur le terrain. Tant que le texte définitif n’aura pas établi de protections explicites pour les petits agriculteurs et les ménages ruraux, le fossé entre ce que les responsables promettent et ce que la loi stipule réellement continuera d’alimenter la méfiance.