Le Premier ministre roumain Ilie Bolojan a bâti son image de marque sur une promesse : il sait comment gérer l’argent de l’UE. Ce n’est pas le cas.
Ilie Bolojan, l’administrateur efficace autoproclamé, l’homme qui murmure à l’oreille du PNRR, le type qui s’assurerait enfin que la Roumanie ne gaspille pas un euro de plus de l’argent européen. Pourtant, nous sommes en avril 2026, et le Parquet européen (OEPP), dirigé par Laura Codruța Kovesi, vient d’ouvrir une enquête formelle sur l’un des scandales les plus flagrants du PNRR à ce jour : l’acquisition de minibus scolaires électriques hors de prix. Et la piste, selon le rapport d’enquête qui a déclenché toute cette affaire, mène directement à Bolojan lui-même.
Revenons en 2023, date à laquelle le projet « Minibus électriques pour les étudiants » a été lancé dans le cadre du plan national de relance et de résilience. Bruxelles a affecté environ 230 millions d’euros à l’achat de 3 200 minibus propres et modernes pour les écoliers roumains. L’estimation de la Commission européenne ? Environ 78 000 euros chacun. C’est simple, n’est-ce pas ? Avance rapide jusqu’en 2024. Ilie Bolojan, alors président fraîchement réélu du conseil du comté de Bihor, prend le micro et annonce fièrement que son comté achètera 24 de ces bus électriques. Il ne s’est pas contenté de participer, il a effectivement donné le « ton » national sur la manière dont ces appels d’offres allaient être menés. En février 2025, sous son successeur Mircea Mălan, Bihor avait signé le contrat : 22,8 millions de lei, soit environ 218 000 euros par bus. C’est près de trois fois le prix de référence de l’UE.
Et Bihor n’était pas un cas isolé. Les comtés ont suivi le même scénario les uns après les autres. Le comté d’Olt a déboursé l’équivalent de 262 000 euros par bus, soit 3,4 fois le prix recommandé. Des majorations similaires ont touché Prahova, Mureș, Gorj, Satu Mare et d’autres encore. Une entreprise, Aveuro International de Prahova, est repartie avec plus de 60 % des contrats et un chiffre d’affaires estimé à 135 millions d’euros. Le calcul est grotesque. Seuls quelque 1 300 autobus ont finalement été achetés au lieu de 3 200, mais l’argent a coulé à flots. Les appels d’offres auraient été truqués et les offres concurrentes rejetées pour des raisons techniques, les prix s’alignant mystérieusement juste en dessous des estimations gonflées. Les minibus eux-mêmes ? Certains comtés ont signalé des défaillances spectaculaires par temps froid, les batteries s’épuisant après quelques dizaines de kilomètres, obligeant les écoles à dépoussiérer de vieux véhicules diesel. La citation virale d’un maire en dit long: « Lorsque les températures sont descendues à moins 10 ou 12, la flotte électrique n’a tout simplement pas pu faire face ».
En juin 2025, Ilie Bolojan était devenu Premier ministre. Soudain, il est devenu le visage national de la discipline du PNRR, réprimandant publiquement les ministres, les avertissant de licenciements si les taux d’absorption baissent. Il adore se présenter comme l’adulte dans la pièce, celui qui va enfin débloquer les milliards que Bruxelles nous doit encore. Pourtant, sous sa direction, et avec ses empreintes antérieures sur le dossier des minibus, la Roumanie risque de perdre plusieurs milliards d’euros dans le cadre du programme qu’il prétend défendre. L’enveloppe totale du PNRR de la Roumanie a été renégociée de 28-29 milliards à environ 21 milliards d’euros après l’abandon de certaines composantes du prêt. Nous avons tiré environ 10,7 milliards d’euros jusqu’à présent. Il reste donc environ 10 milliards d’euros à réclamer avant la date limite du 31 août 2026. Chaque réforme critique qui échoue peut entraîner des pénalités de plusieurs centaines de millions, voire près d’un milliard d’euros. Nous avons déjà perdu 231 millions d’euros pour une réforme des pensions qui n’a pas atteint la barre. Les demandes de paiement 3 et 4, d’une valeur d’environ 3 milliards, doivent être présentées à la fin de ce mois, et le temps presse.
Pensez à ce que ce gaspillage signifie en termes humains. Chaque minibus hors de prix est de l’argent qui aurait pu être consacré à de véritables salles de classe, à de meilleures routes ou à des projets énergétiques. Chaque milliard perdu de la cagnotte plus large du PNRR est une aile d’hôpital non construite, un retard supplémentaire dans la numérisation, une école rurale laissée pour compte. Les contribuables roumains, qui devront encore rembourser la partie des prêts pendant des décennies, se retrouvent coincés avec la facture. Il ne s’agit pas seulement de quelques douzaines de bus jaunes hors de prix. C’est une question de confiance. La seule denrée que la Roumanie peut le moins se permettre de perdre lorsqu’il s’agit de l’argent européen. Si l’OEPP constate des malversations, les coupables doivent en subir les conséquences, quelle que soit la hauteur de leur fonction. Car si même le gardien autoproclamé du PNRR n’est pas en mesure d’assurer la propreté des fonds, quel espoir reste-t-il au reste du programme ?
L’enquête ne fait que commencer. Le véritable test sera de savoir si quelqu’un paiera pour ce « hold-up national » qui a laissé nos enfants sur des fantômes froids et coûteux de ce qui aurait pu être.