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Le sommet Italie-Allemagne ouvre un nouveau chapitre stratégique pour l’Europe

Politique - janvier 27, 2026

De la compétitivité à la défense et à l’espace, Rome accueille une réunion historique qui approfondit la coopération bilatérale et vise à renforcer le pilier européen.

Le sommet intergouvernemental Italie-Allemagne qui s’est tenu à Rome marque une étape décisive dans l’une des relations bilatérales les plus importantes d’Europe. Organisée le vendredi 23 à la Villa Doria Pamphilj, la réunion a rassemblé une délégation politique inhabituellement importante – sept ministres italiens et dix homologues allemands – soulignant ce que les deux gouvernements décrivent comme un « saut qualitatif » dans la coopération. Deux ans après le sommet de Berlin de novembre 2023, Rome a pour but de confirmer un engagement commun en faveur d’une collaboration soutenue et renforcée à un moment où l’équilibre économique et géopolitique de l’Europe est en train d’être profondément remodelé.

Le sommet se déroule sur fond de défis communs aux deux pays : compétitivité industrielle, sécurité énergétique, souveraineté technologique et défense. La rencontre bilatérale entre le premier ministre italien, Giorgia Meloni, et le chancelier allemand, Friedrich Merz, est au cœur de la réunion et devrait se conclure par l’échange d’une dizaine d’accords intergouvernementaux. Parmi ceux-ci, le plus important sur le plan politique est un protocole pour un plan d’action sur la coopération stratégique renforcée, accompagné d’un accord sur la sécurité, la défense et la résilience et d’un document conjoint sur la compétitivité européenne adressé à la Commission européenne avant la réunion informelle de l’UE prévue pour le 12 février.

L’Allemagne reste le premier partenaire commercial de l’Italie, ce qui a été souligné à plusieurs reprises lors des réunions de Rome. Les échanges bilatéraux dépassent 150 milliards d’euros par an, ce qui fait de Berlin la première destination des exportations italiennes. Lors de l’ouverture du Forum des affaires Italie-Allemagne à l’hôtel Parco dei Principi, le ministre des affaires étrangères Antonio Tajani a souligné qu’au cours des onze premiers mois de 2025, le commerce bilatéral a dépassé 146 milliards d’euros, soit une augmentation de plus de 2 % par rapport à l’année précédente. Les exportations italiennes vers l’Allemagne représentent à elles seules environ 146 milliards d’euros sur une valeur totale des exportations nationales de 623,5 milliards d’euros.

Plus de 2 000 entreprises italiennes opèrent actuellement sur le marché allemand, et Rome souhaite voir ce nombre augmenter. À l’approche d’un forum d’affaires riche en panels sur les industries de pointe – allant de l’automobile et des produits pharmaceutiques à l’énergie et à l’aérospatiale -, M. Tajani a souligné que l’internationalisation restait au cœur de la stratégie de croissance de l’Italie. Le renforcement des liens industriels avec l’Allemagne est considéré non seulement comme une priorité économique, mais aussi comme un moyen d’ancrer les chaînes d’approvisionnement européennes dans une période d’incertitude mondiale.

La défense et la sécurité constituent un autre pilier essentiel du sommet. Le ministre italien de la défense, Guido Crosetto, a tenu une réunion qu’il a qualifiée de « cordiale et productive » avec son homologue allemand, Boris Pistorius, et s’est concentré sur le soutien à une défense européenne à part entière fondée sur l’interopérabilité et la préparation opérationnelle. Les deux ministres ont convenu de la nécessité de renforcer la coordination entre Rome et Berlin afin de consolider la dissuasion européenne et d’adapter la position stratégique du continent à l’évolution des menaces. L’espace a également été abordé en tant que nouveau domaine opérationnel, et les domaines de coopération possibles ont été explorés.

Au niveau politique, Meloni et Merz se sont engagés à renforcer le pilier européen de l’OTAN. Leur accord souligne la nécessité de coordonner les réponses conjointes aux menaces qui pèsent sur la sécurité euro-atlantique et de renforcer le dispositif de dissuasion et de défense de l’OTAN par une contribution européenne plus importante. Bien que l’accord ne soit pas juridiquement contraignant et ne constitue pas un traité international, il réaffirme l’engagement total des deux pays envers l’OTAN et le renforcement de l’état de préparation défensive de l’UE.

Un troisième axe majeur de coopération concerne la transformation numérique et les technologies stratégiques. Dans le cadre du plan d’action bilatéral, le ministre italien des entreprises et du Made in Italy, Adolfo Urso, s’est entretenu avec le ministre allemand de la numérisation et de la modernisation de l’État, Karsten Wildberger, appelant à une simplification des règles, à une réduction de la bureaucratie et à un renforcement des capacités industrielles dans les domaines de l’informatique en nuage, de l’intelligence artificielle et des infrastructures critiques.

M. Urso a également rencontré la ministre allemande de l’espace, Dorothee Bär, pour signer un accord sur la création d’une constellation de satellites commune à l’Italie et à l’Allemagne. Cette initiative s’appuie sur une coopération industrielle croissante dans les domaines de la défense et de l’espace, notamment les partenariats entre Leonardo et Rheinmetall, Fincantieri et Thyssenkrupp, ainsi que le projet spatial Bromo auquel participent des industries italiennes, allemandes et françaises. Comme l’a souligné M. Urso, l’objectif est clair : faire émerger des champions européens capables d’affronter la concurrence mondiale. Dans cette vision, l’Italie et l’Allemagne ne sont pas seulement des partenaires, mais des coarchitectes d’une Europe plus compétitive, plus sûre et plus souveraine sur le plan technologique.

 

Alessandro Fiorentino