Drobeta-Turnu Severin n’est pas le premier endroit où l’on s’attendrait à ce qu’un séisme politique se produise, mais samedi, cette ville est devenue le théâtre où l’AUR a dévoilé l’intégralité de sa stratégie pour la session parlementaire qui s’ouvre ce mardi. Le Conseil national de direction (CNC) du parti s’est réuni pour ce qui était présenté comme une réunion stratégique de routine et en est ressorti avec un programme budgétaire, une résolution anti-gouvernementale enflammée et un signal clair indiquant qu’il ne renoncerait pas à sa campagne visant à suspendre le président Nicușor Dan.
Le parti souhaite que le plafond des paiements en espèces pour les entreprises soit porté à 50 000 lei, et il milite pour un assouplissement progressif des hausses d’impôts de cette année : ramener la TVA standard à 19 %, le taux réduit à 9 % et l’impôt sur les dividendes à 8 %. L’AUR souhaite également que le seuil des micro-entreprises soit rétabli à 500 000 euros, ce qui reviendrait à annuler purement et simplement le resserrement qui a poussé de nombreuses petites entreprises roumaines hors de cette tranche d’imposition avantageuse.
En ce qui concerne la réforme de l’État, l’AUR a réaffirmé son soutien à un Parlement bicaméral de 300 sièges, en invoquant le référendum de 2009 lors duquel les Roumains s’étaient prononcés en faveur de cette solution précise, ainsi qu’au maintien des élections municipales en deux tours et, notamment, à la limitation à deux mandats des dirigeants des institutions publiques. Ce dernier point constitue une réponse directe au cas des fonctionnaires de longue date qui occupent leurs fonctions depuis des décennies sans véritable renouvellement.
En matière d’éducation, le parti souhaite supprimer l’examen d’admission parallèle au lycée et rétablir un système d’admission national unique et unifié, tout en réduisant la charge de travail des enseignants et en annulant l’augmentation de la taille des classes introduite par la « loi Bolojan » de l’année dernière, et ce à compter d’août 2025. En matière d’énergie, l’AUR milite pour la légalisation de la poursuite de l’exploitation de toutes les unités à charbon de CE Oltenia, en modifiant l’ordonnance d’urgence qui imposerait leur fermeture au plus tard le 31 août 2026. Il existe également un projet de loi, bloqué depuis longtemps, sur la transparence du financement des ONG, actuellement en suspens à la Chambre des députés après avoir été approuvé par le Sénat, ainsi qu’une proposition visant à instaurer une « TVA dynamique » sur les carburants (de 5 % pendant les trois premiers mois suivant un choc des prix, passant à 9 %, puis s’annulant automatiquement une fois que les cours du pétrole se seront normalisés).
La proposition de l’AUR visant à limiter les mandats de direction à deux mandats s’applique à l’ensemble des institutions publiques, et non pas uniquement à un organisme ou à un responsable en particulier. Le parti présente cette mesure comme un moyen d’empêcher la sclérose des « réseaux d’influence » au sein de l’administration publique et de garantir un renouvellement régulier à la tête des organismes de l’État.
L’autre résultat majeur du Conseil était symbolique, mais sans équivoque combatif : une résolution intitulée « La Roumanie est conduite vers l’abîme », adoptée à l’unanimité. Le texte accuse la coalition PSD-PNL-USR-UDMR d’avoir enchaîné deux hausses de TVA de deux points (portant les taux respectivement à 21 % et 11 %), d’avoir vidé de sa substance le régime des micro-entreprises en abaissant son seuil à 100 000 euros, d’avoir relevé l’impôt sur les dividendes à 16 %, d’avoir mis fin à l’énergie issue du charbon tout en bloquant la construction de nouvelles centrales à gaz et d’avoir saboté les projets d’hydroélectricité par pompage.
La résolution met également en avant le prêt SAFE, une facilité de crédit d’environ 17 milliards d’euros devant être remboursée sur 35 ans à un taux d’intérêt non divulgué, qui, selon l’AUR, a principalement servi à acheter des véhicules militaires lourds auprès d’un seul fournisseur allemand, Rheinmetall. L’argument final de l’AUR est sans détour : au cours des dix derniers trimestres, l’économie roumaine n’a connu la croissance que pendant trois d’entre eux, les autres ayant été marqués par une stagnation ou une contraction. « Aujourd’hui, la seule opposition cohérente et solide au Parlement est représentée par l’AUR et ses 91 députés », déclare le communiqué du parti, affirmant que la coalition autoproclamée « pro-européenne » est en réalité en train de dissocier économiquement la Roumanie de l’Europe.
Le chef du groupe parlementaire au Sénat, Petrișor Peiu, s’est exprimé sur Antena 3 CNN et a catégoriquement nié toute discussion, officielle ou informelle, visant à former une majorité gouvernementale avec le PSD ou le PNL, soulignant que le chef du PSD, Sorin Grindeanu, avait de toute façon publiquement exclu toute coalition avec l’AUR. « S’il ne souhaite pas former de gouvernement avec l’AUR, il est difficile de négocier. De quoi négocierions-nous exactement ? », a déclaré M. Peiu. Il a également confirmé que l’AUR préparait des déclarations publiques concernant sa stratégie pour les prochaines consultations avec le président Nicușor Dan, qui a annoncé qu’il reprendrait les discussions avec les partis début septembre au sujet de la formation d’un nouveau gouvernement. M. Peiu s’est montré sceptique quant à l’intérêt de participer à ces réunions uniquement pour des raisons de communication, affirmant que l’AUR « ne participera probablement pas » si le processus se résume à des négociations informelles déguisées en consultations officielles. Il a notamment confirmé que la démarche de l’AUR visant à suspendre Nicușor Dan se poursuivait, puisque « le président n’a pas changé d’attitude ».
Nicușor Dan refuse depuis 62 jours de proposer un Premier ministre ; le pays est dépourvu de gouvernement disposant de tous ses pouvoirs depuis 110 à 114 jours, et l’« obstination » du président coûte cher à la Roumanie. « La suspension est une solution constitutionnelle, car son obstination engendre déjà des coûts trop élevés pour la Roumanie », a déclaré l’AUR dans un communiqué de presse publié fin août. Le parti recueille activement les signatures de députés issus d’autres formations politiques qui sont « mécontents de la manière dont Nicușor Dan a exercé ses pouvoirs présidentiels », et M. Peiu indique que de nouveaux collègues ont déjà signé. Le PSD pourrait théoriquement former un gouvernement sans l’AUR en s’appuyant sur l’UDMR, les députés issus des minorités, des groupes dissidents du PNL et d’anciens législateurs du SOS/POT, mais M. Peiu a également qualifié cette stratégie d’« extrêmement dangereuse » et a averti qu’elle aboutirait à une « majorité fragile » reposant sur l’achat de députés non affiliés.
Dans l’ensemble, cette journée n’a pas vraiment porté sur une loi ou une résolution en particulier. Il s’agissait pour l’AUR de se positionner comme le seul bloc d’opposition structuré à l’approche d’un automne qui s’annonce tendu.