L’AgriFoodTech italienne défie le ralentissement mondial

Commerce et économie - 14 février 2026

Les investissements augmentent de 18 % en 2025 avec la multiplication des start-ups et la création de plus de 4 400 nouveaux emplois

Alors que les flux mondiaux de capital-risque dans l’agroalimentaire ralentissent, l’Italie évolue résolument dans la direction opposée. En 2025, les investissements dans le secteur agroalimentaire italien ont augmenté de 18 %, atteignant 121,6 millions d’euros, contre 103 millions d’euros en 2024. Ces chiffres ressortent du dernier rapport sur l’état de l’AgriFoodTech en Italie, préparé par Eatable Adventures pour le Verona Agrifood Innovation Hub, le principal centre de développement du pays pour l’écosystème agrifoodtech.

Ces données offrent un contraste frappant avec les tendances internationales. Au niveau mondial, les investissements dans l’agroalimentaire ont diminué de 12 %, tandis que l’Europe a enregistré une baisse de 3,7 %. Dans ce contexte, les performances de l’Italie sont le signe non seulement d’une résilience, mais aussi d’une transformation structurelle. Selon Alberto Barbari, vice-président régional pour l’Italie chez Eatable Adventures, 2025 marque un tournant pour le système agroalimentaire italien. Alors qu’une grande partie de l’Europe connaît une contraction, l’Italie accélère, grâce à un écosystème qui a atteint une masse critique d’expertise, de capital et de vision industrielle.

Moins de micro-investissements, plus de grands tours de table

L’un des indicateurs les plus significatifs de la maturité est le changement dans la composition des investissements. Les micro-investissements inférieurs à 350 000 euros ont considérablement diminué, passant de 60 % à 42 % du total des transactions. Dans le même temps, les tours de financement supérieurs à 1 million d’euros ont fait un bond spectaculaire, passant de 12,4 % en 2024 à 39,4 % en 2025.

Cette évolution reflète la confiance croissante des investisseurs spécialisés et la présence de plus en plus importante de fonds internationaux ciblant les startups italiennes. L’écosystème n’est plus alimenté principalement par l’expérimentation à un stade précoce, mais par des investissements plus importants et plus structurés, capables de soutenir les entreprises à grande échelle et les stratégies de croissance à long terme.

L’augmentation du capital s’est accompagnée d’une forte hausse du nombre de startups opérant à l’échelle nationale. En 2025, l’Italie compte 501 startups agroalimentaires, soit une augmentation de 23 % par rapport à l’année précédente. L’expansion de la base entrepreneuriale n’est pas seulement quantitative mais aussi qualitative, comme en témoignent la taille croissante des tours de financement et la professionnalisation des équipes fondatrices.

Fort impact sur l’emploi

L’élan du secteur se traduit également par des gains tangibles en matière d’emploi. En 2025, les startups agroalimentaires ont créé 4 410 nouveaux emplois, soit une augmentation remarquable de 47 % par rapport à l’année précédente. Cette création d’emplois souligne le rôle du secteur en tant que moteur d’une croissance fondée sur l’innovation et met en évidence sa capacité à combiner progrès technologique et impact économique et social.

L’agroalimentaire, qui intègre les technologies numériques, la biotechnologie, les solutions de durabilité et les systèmes de production avancés dans l’agriculture et les chaînes d’approvisionnement alimentaire, est de plus en plus considéré comme un levier stratégique pour l’Italie. La forte tradition agricole du pays, associée à des capacités de production et de transformation alimentaire de renommée mondiale, constitue un terrain fertile pour l’innovation.

L’Italie du Nord montre la voie

Géographiquement, l’écosystème est fortement concentré dans le nord de l’Italie. La Lombardie se distingue comme le principal pôle national, avec 28,1 % des projets les plus innovants. La région bénéficie d’un tissu industriel dense, d’un accès aux marchés financiers et d’un réseau d’universités et de centres de recherche qui favorisent la collaboration entre le monde universitaire et les entreprises.

La Lombardie est suivie par le Piémont avec 11,7 % et l’Émilie-Romagne avec 10,9 %. Ces deux régions combinent de fortes traditions agro-industrielles avec des capacités de fabrication avancées et des infrastructures de soutien solides pour les start-ups.

Le nord-est confirme également sa vitalité. La Vénétie et le Trentin-Haut-Adige représentent chacun 7,8 % des projets innovants, ce qui renforce l’idée que le développement de l’agroalimentaire est profondément lié aux districts agricoles établis et aux systèmes de production orientés vers l’exportation.

Le profil des fondateurs italiens

Cette croissance s’appuie sur une nouvelle génération d’entrepreneurs hautement qualifiés. Le fondateur italien moyen d’une entreprise agroalimentaire a 38,7 ans et est exceptionnellement bien formé. Plus de 90 % d’entre eux sont titulaires d’un diplôme universitaire et 35,2 % possèdent un doctorat, ce qui place l’Italie parmi les leaders européens en termes de préparation universitaire dans le secteur.

L’expérience est une autre caractéristique déterminante. Plus de la moitié des fondateurs (53,1 %) sont des entrepreneurs en série qui ont déjà lancé et géré des start-ups. Leur expertise en matière de gestion d’entreprise, de collecte de fonds et de mise à l’échelle leur confère un avantage concurrentiel pour attirer les investisseurs et naviguer sur des marchés complexes.

En outre, 73 % des fondateurs ont une expérience préalable dans le secteur agroalimentaire. Cette connaissance approfondie de la dynamique du marché et des défis de la chaîne d’approvisionnement leur permet de développer des solutions qui sont non seulement technologiquement avancées, mais aussi commercialement viables et alignées sur les besoins réels de l’industrie.

Un écosystème en pleine maturation

La convergence de flux de capitaux plus importants, de fondateurs de meilleure qualité, d’une spécialisation régionale et d’une création d’emplois significative suggère que l’écosystème agroalimentaire italien est entré dans une nouvelle phase de maturité. Plutôt que de suivre les tendances à court terme, il semble consolider ses atouts en matière d’innovation durable, d’intégration industrielle et de compétitivité internationale.

Alors que les marchés mondiaux s’adaptent au resserrement des conditions de financement, la croissance anticyclique de l’Italie envoie un signal clair. Le pays ne se contente pas de suivre le rythme des transformations technologiques dans l’agriculture et les systèmes alimentaires, il se positionne comme un acteur européen de premier plan pour façonner leur avenir.

 

Alessandro Fiorentino