La domination de l’Italie sur le vin s’affiche à Vinitaly : Les exportations atteignent 7,8 milliards d’euros

Commerce et économie - 15 avril 2026

Du Prosecco aux vins rouges haut de gamme, l’Italie renforce sa position de leader mondial tout en ciblant de nouveaux marchés et des segments à plus forte valeur ajoutée.

À Vinitaly, l’Italie confirme une fois de plus son statut de leader mondial incontesté en matière de production et d’exportation de vin. Avec une part de 22 % du marché mondial, le pays se place fermement devant des concurrents tels que la France et l’Espagne, renforçant ainsi sa réputation de puissance de la tradition et de l’innovation dans l’industrie du vin.

En 2025, la production de vin en Italie a atteint 47,3 millions d’hectolitres, grâce à la force de son système de dénominations, l’une des caractéristiques essentielles de la viticulture italienne. Les appellations d’origine protégées continuent de constituer un avantage concurrentiel majeur, garantissant la qualité, la traçabilité et un lien étroit entre le produit et le territoire. Ce système est devenu un élément central de l’attrait mondial des vins « Made in Italy », de plus en plus associés à l’authenticité et à un positionnement haut de gamme.

Les chiffres des exportations sont tout aussi impressionnants. Les exportations de vin italien ont atteint 7,8 milliards d’euros en 2025, non seulement en raison du volume, mais aussi en raison d’une évolution significative des modes de consommation dans le monde. Selon l’Observatoire de l’Unione Italiana Vini et Vinitaly, la demande s’oriente de plus en plus vers la qualité plutôt que vers la quantité, privilégiant des étiquettes de plus grande valeur et des expériences de consommation plus sophistiquées.

Les performances régionales reflètent à la fois la tradition et la diversification. La Vénétie est en tête du classement des exportations, suivie de la Toscane et du Piémont, tous des piliers établis de longue date de l’excellence des vins italiens. Dans le même temps, les régions émergentes gagnent régulièrement en reconnaissance internationale, élargissant l’empreinte de l’Italie sur les marchés mondiaux et introduisant de nouveaux styles et de nouvelles identités auprès des consommateurs du monde entier.

L’ambition pour les années à venir est claire. Matteo Zoppas, président de l’Agence italienne du commerce, a fixé un objectif audacieux : porter les exportations à 10 milliards d’euros « le plus rapidement possible ». Pour atteindre cet objectif, il faudra toutefois naviguer dans un environnement mondial de plus en plus complexe et incertain, marqué par des tensions géopolitiques et des dynamiques commerciales changeantes.

Les responsables politiques italiens restent confiants. Le ministre de l’agriculture, Francesco Lollobrigida, a souligné que le vin devait être présenté non seulement comme un atout économique, mais aussi comme un symbole culturel. Selon lui, le vin italien incarne un modèle d’entreprise plus large, qui intègre l’artisanat, le patrimoine et l’innovation.

Les vins mousseux continuent de jouer un rôle de premier plan dans le succès international. Aux États-Unis, la demande de bulles italiennes a augmenté de 4 %, en grande partie grâce à la popularité mondiale du Prosecco. Toutefois, au Royaume-Uni, la concurrence se concentre de plus en plus sur les vins tranquilles. Les producteurs italiens s’efforcent de renforcer la présence des vins rouges et rosés de régions telles que la Toscane, le Piémont, les Pouilles et les Abruzzes, avec une croissance prévue d’environ 3 %.

Au-delà des marchés traditionnels, de nouvelles opportunités apparaissent. Le Japon est une destination particulièrement prometteuse, où les vins italiens dépassent le segment haut de gamme pour entrer dans la catégorie des vins de luxe. Selon les estimations du secteur, ce segment pourrait représenter jusqu’à 20 % du marché, récompensant ainsi les producteurs capables d’apporter une forte valeur ajoutée et de proposer des marques convaincantes.

En Chine, le marché est en pleine transformation : alors que les volumes globaux diminuent, la valeur des ventes de vin augmente. Les vins haut de gamme devraient augmenter de 10 % d’ici à 2029, et l’Italie est bien placée pour s’approprier une partie de cette expansion, en particulier grâce aux vins mousseux et aux spécialités telles que le Moscato d’Asti.

Une dynamique similaire se manifeste en Corée du Sud, où les vins italiens ne représentent encore que 6 % du segment haut de gamme, ce qui témoigne d’un important potentiel inexploité. Par ailleurs, le Mexique et le Brésil apparaissent comme des marchés attrayants en Amérique latine, soutenus par une demande croissante de vins de qualité et, dans le cas du Brésil, par la réduction des droits de douane à l’importation.

La croissance est encore plus prononcée dans certaines parties de l’Asie. Des pays comme la Thaïlande, le Viêt Nam, les Philippines et l’Inde connaissent une expansion rapide. L’Inde, en particulier, a enregistré une augmentation remarquable de 76 %, grâce à une base de consommateurs jeunes et dynamiques qui s’intéressent de plus en plus à la culture du vin, qu’il s’agisse de la consommation traditionnelle ou de tendances innovantes telles que les cocktails à base de vin.

Sur tous ces marchés, les vins effervescents restent un fil conducteur, mais les débouchés pour les vins tranquilles – blancs et rouges – augmentent régulièrement. Cette diversification reflète une évolution plus large des goûts à l’échelle mondiale, où les consommateurs explorent de nouvelles catégories et recherchent des expériences plus raffinées.

Comme l’a fait remarquer Adolfo Urso, ministre italien des entreprises et du Made in Italy, le défi à relever est double : consolider les positions sur les marchés établis tout en ouvrant de nouvelles voies commerciales. À cette fin, l’Italie exhorte la Commission européenne à finaliser les accords commerciaux en cours, en particulier avec les pays d’Asie du Sud-Est tels que la Malaisie, l’Indonésie et les Philippines.

Le secteur vitivinicole italien se trouve donc à un moment charnière : fermement ancré dans son héritage, il s’oriente de plus en plus vers l’expansion mondiale et la création de valeur.

 

Alessandro Fiorentino