Un accord secret avec les bureaucrates de Bruxelles ?

Essais - 7 juin 2026

La ministre islandaise des Affaires étrangères, Thorgerdur K. Gunnarsdóttir, souhaite l’organisation d’un référendum sur l’adhésion de l’Islande à l’Union européenne le 29 août prochain. Selon elle, c’est le bon moment, car nos liens avec les États-Unis se relâchent alors que le président Donald Trump tourne le dos à l’Europe. L’Islande entretient une relation unique avec les États-Unis depuis 1951, date à laquelle un traité de défense a été signé entre les deux pays : L’Islande offrait un emplacement stratégique aux forces militaires américaines, tandis que les États-Unis garantissaient la sécurité de l’Islande. Mais Thorgerdur et son gouvernement ont tenté de saper cette relation. Le président islandais, impuissant, qui n’agit que sur les conseils du gouvernement, a hésité à féliciter Trump pour sa victoire aux élections de 2024, jusqu’à ce que le silence devienne trop fort. Le partenaire du président a rejeté une invitation de Melania Trump à participer à un sommet des « premières épouses » sur le bien-être des enfants à Washington DC les 24 et 25 mars 2026 ; des représentants de 45 pays, dont l’Estonie, la France, la Géorgie, la Pologne, Israël et l’Ukraine, y ont assisté. Thorgerdur a annoncé en mars 2026 que l’Islande se joindrait au procès intenté par l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de justice. Aucun autre pays nordique n’a fait de même. Trivial, peut-être, mais dûment noté.

Les conscrits islandais ?

Thorgerdur souligne que les pays européens devront à l’avenir assumer une plus grande responsabilité en matière de défense. Ils ne peuvent pas compter uniquement sur les États-Unis. Elle a raison. Mais les États-Unis commandent toujours l’armée la plus puissante du monde, et il faudra des décennies aux pays européens pour atteindre le point où ils pourront se défendre sans le soutien des États-Unis. L’Islande se trouve également dans une position particulière, car elle est aussi stratégiquement importante pour les États-Unis que le Groenland, et il est donc peu probable que les États-Unis annulent le traité de défense. De plus, si l’UE devait mettre en place une véritable armée, si l’Islande devenait un État membre et si la conscription générale était introduite, les Islandais ne bénéficieraient pas d’une exemption. L’argument de Thorgerdur en faveur d’une armée européenne pourrait peut-être être retourné contre l’adhésion : il pourrait s’agir d’un boomerang politique. Même lorsque la petite et lointaine Islande était gouvernée par le Danemark, de 1380 à 1918, la conscription n’a jamais été imposée.

Pourquoi Bruxelles veut l’Islande

Thorgerdur affirme que l’UE accueillerait volontiers l’Islande en tant que membre. Elle a raison. Les bureaucrates de Bruxelles rendront l’adhésion de l’Islande aussi facile que possible, et ce pour quatre raisons. Premièrement, l’Islande est un pays prospère qui paierait beaucoup plus à l’UE qu’elle n’en sortirait. Deuxièmement, l’Islande dispose de nombreuses ressources que les bureaucrates de Bruxelles aimeraient contrôler : des zones de pêche fertiles, un approvisionnement en énergie abondant et renouvelable, et beaucoup d’eau douce. Troisièmement, cette affaire concerne également la Norvège. Bien que les Norvégiens aient rejeté l’adhésion à deux reprises, la Norvège est considérée comme un État membre souhaitable pour les mêmes raisons que l’Islande, mais beaucoup plus : le pays est prospère et dispose de beaucoup de pétrole. Quatrièmement, les bureaucrates de Bruxelles visent un État fédéral européen qui rivaliserait avec les États-Unis pour l’hégémonie mondiale. Ils aimeraient beaucoup que l’Islande passe d’une sphère d’influence américaine à une sphère d’influence européenne.

Un accord secret ?

À première vue, la décision de Thorgerdur d’imposer un référendum cet automne semble risquée. Jusqu’à présent, le débat en Islande a révélé de fortes réticences à l’égard de l’adhésion à l’UE, et les deux partis qui la soutiennent sont minoritaires. Mais Thorgerdur est une politicienne expérimentée et rusée. Elle doit savoir quelque chose que le reste d’entre nous ne sait pas, et se prépare peut-être à présenter cette chose quelques semaines avant le référendum. Je suppose qu’il s’agirait de garanties de l’UE dans les deux domaines les plus problématiques, l’agriculture et la pêche. Dans le domaine de l’agriculture, l’UE pourrait promettre un accord encore plus généreux que celui que les Finlandais ont obtenu, avec des exemptions au nord du 62e parallèle (toute l’Islande se trouve en effet au nord du 62e parallèle). Dans le domaine de la pêche, le contrôle total de l’Islande pourrait être accordé pour vingt ans, avec de vagues discussions sur ce qui se passerait par la suite. Mais comme les pêcheurs britanniques l’ont découvert après l’adhésion du Royaume-Uni à l’Union européenne en 1973, de tels discours ne signifient rien.