L’émergence de modèles avancés d’intelligence artificielle transforme profondément le paysage de la cybersécurité, ouvrant des perspectives sans précédent mais engendrant également de nouvelles formes de risques. D’une part, ces technologies améliorent la capacité à détecter les vulnérabilités, accélèrent l’identification des menaces et renforcent la résilience des infrastructures numériques. D’autre part, ces mêmes outils peuvent être utilisés à des fins malveillantes pour automatiser les cyberattaques, repérer les faiblesses des systèmes et accroître la vitesse et l’ampleur des incidents de cybersécurité. Pour faire face à ce scénario, la Commission européenne a élaboré un plan d’action visant à mettre en place une réponse coordonnée aux risques et aux opportunités découlant de l’intelligence artificielle avancée appliquée à la cybersécurité. Cette initiative associe les États membres, les institutions européennes et le secteur industriel dans le but de renforcer la sécurité de l’écosystème numérique européen grâce à une approche intégrée fondée sur la coopération, l’innovation technologique et un cadre réglementaire commun.
L’ÉVALUATION ET LE CADRE RÉGLEMENTAIRE EUROPÉEN
L’un des éléments centraux de cette stratégie concerne l’évaluation préventive des modèles d’intelligence artificielle avancés. Les règles introduites par la loi sur l’IA exigent que ces systèmes fassent l’objet d’une analyse des risques et que des mesures d’atténuation appropriées soient mises en place avant leur mise sur le marché européen. Afin de consolider l’expertise indépendante dans ce domaine, la Commission encouragera la création d’un organisme européen dédié à l’évaluation des modèles d’IA, en mettant particulièrement l’accent sur les aspects liés à la cybersécurité. Cette infrastructure, qui devrait être opérationnelle d’ici 2027, renforcera les évaluations indépendantes des capacités et des risques liés à l’intelligence artificielle au niveau international, soutenant ainsi les activités réglementaires du Bureau de l’IA. Cette initiative s’inscrit dans un cadre réglementaire déjà complet. Outre la loi sur l’IA, dont les dispositions relatives aux modèles avancés entreront pleinement en vigueur le 2 août 2026, ainsi que le code de conduite en matière d’intelligence artificielle, la stratégie européenne s’appuie sur la loi sur la cyber-résilience, qui introduira le principe de «sécurité dès la conception» pour le matériel et les logiciels d’ici fin 2027 ; la directive NIS2 relative à la protection des secteurs critiques ; la loi sur la résilience opérationnelle numérique pour le secteur financier ; et la loi sur la cyber-solidarité, destinée à renforcer les capacités de l’Europe en matière de prévention, de préparation et de réponse aux cyberattaques à grande échelle.
ACCÈS AUX TECHNOLOGIES DE POINTE ET EXPÉRIMENTATION EN TOUTE SÉCURITÉ
Un autre objectif du plan consiste à établir des conditions transparentes et structurées d’accès aux systèmes d’intelligence artificielle les plus avancés. À cette fin, la Commission collaborera avec l’Agence de l’Union européenne chargée de la cybersécurité (ENISA) afin d’élaborer un modèle européen régissant l’accès aux capacités d’IA en matière de cybersécurité, permettant ainsi aux organismes publics et privés d’utiliser ces outils selon des critères communs. Parallèlement, l’ENISA et le Centre commun de recherche de la Commission mettront au point une plateforme sécurisée dédiée aux essais de l’intelligence artificielle appliquée à la cybersécurité. Des environnements simulés permettront de tester le comportement des systèmes et de diffuser l’expertise relative à l’utilisation sûre de l’IA auprès des opérateurs dans des secteurs stratégiques, tels que l’énergie, les transports, la santé, la finance et l’administration publique.
RENFORCEMENT DE LA RÉSILIENCE EUROPÉENNE ET AMÉLIORATION DES CAPACITÉS NATIONALES
Ce plan met particulièrement l’accent sur la protection des infrastructures critiques européennes, considérées comme particulièrement exposées aux vulnérabilités résultant d’une utilisation abusive de l’intelligence artificielle. Les organisations sont donc invitées à renforcer leurs pratiques en matière de cyberhygiène, leurs activités de gestion des risques et l’adoption du principe de «sécurité dès la conception». Parallèlement, l’utilisation des capacités existantes en matière d’intelligence artificielle, y compris les modèles open source, est encouragée afin d’accélérer l’identification et la correction des vulnérabilités, ainsi que d’améliorer la prévention et la réponse aux cyberattaques. Dans ce contexte, l’importance de préserver une forte capacité nationale à influencer les politiques numériques est particulièrement évidente. Si la coordination européenne est essentielle pour faire face aux menaces transnationales, chaque État membre doit conserver une expertise technologique autonome, des capacités décisionnelles et des outils industriels afin de protéger sa sécurité nationale. La disponibilité d’une expertise interne permet de protéger les infrastructures essentielles, de réduire les dépendances technologiques externes et d’intervenir rapidement en cas de cybercrise. Parallèlement, investir dans le développement national des technologies émergentes constitue également un levier de politique industrielle, favorisant la croissance d’entreprises innovantes, attirant les investissements, développant un capital humain hautement qualifié et renforçant la compétitivité économique. La capacité à contribuer activement à l’élaboration des politiques numériques européennes n’est donc pas seulement une question de sécurité, mais également une condition essentielle pour garantir le développement économique à long terme, l’innovation et l’autonomie stratégique.