Les produits brésiliens et les avertissements répétés des agriculteurs européens

Commerce et économie - 2 septembre 2026

L’Union européenne a interdit à l’un de ses plus grands exportateurs – le Brésil – de fournir certains produits alimentaires destinés à la consommation au sein de l’UE. Depuis le 3 septembre, Bruxelles a suspendu les importations de viande bovine, de volaille, d’œufs et de miel en provenance du plus grand pays d’Amérique du Sud. Cette mesure, aussi radicale que logique, résulte du non-respect par le Brésil des réglementations sanitaires de l’Union européenne – en particulier l’interdiction d’utiliser des antimicrobiens pour stimuler la croissance des animaux. Le Brésil n’a pas été en mesure de fournir les garanties requises couvrant l’ensemble du cycle de vie de l’animal, ce qui a conduit à cette interdiction, qui semblait déjà imminente depuis plusieurs mois. Dès le mois de mai, le Brésil avait été retiré de la liste des pays respectant les exigences de l’Union européenne en matière de sécurité alimentaire.

La réglementation relative à l’utilisation des substances antimicrobiennes n’est pas apparue de nulle part. Elle existait déjà avant même la mise en œuvre provisoire, le 1er mai, de l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur. À l’époque, Ursula von der Leyen avait « prédit » que les avantages de cet accord seraient « réels et visibles ». Après des mois de manifestations menées par les agriculteurs, qui avaient exprimé de vives inquiétudes quant à l’ouverture du marché de l’UE à l’Amérique du Sud et à l’afflux de produits non conformes et nocifs – contre lesquels ils avaient mis en garde à maintes reprises –, on a assuré aux citoyens européens que les flux alimentaires seraient contrôlés et que les normes seraient respectées. Quatre mois après l’entrée en vigueur de l’accord avec les pays d’Amérique du Sud, l’Union européenne a désormais suspendu les importations de produits d’origine animale en provenance du plus grand d’entre eux, le Brésil. Jusqu’au 1er mai, les architectes de cet accord affirmaient que la libéralisation des échanges et des normes sanitaires strictes pourraient coexister sans heurts. L’hypocrisie est flagrante.

Les inquiétudes concernant les stimulateurs de croissance ne relèvent pas de l’imagination des fonctionnaires de Bruxelles ni de celle des agriculteurs qui ont, à maintes reprises, tiré la sonnette d’alarme quant aux risques pour la santé publique que représente la mise en œuvre du Mercosur. La résistance aux antimicrobiens est un véritable problème – qu’il ne faut pas ignorer. L’utilisation d’antibiotiques comme facteurs de croissance est interdite par la législation européenne, ce qui signifie que les produits issus d’animaux traités avec ces substances dans les exploitations agricoles brésiliennes devraient être exclus de la consommation. Prétendre que la santé publique peut être dissociée des méthodes de production alimentaire à des milliers de kilomètres de là relève soit d’une naïveté dangereuse, soit d’un mensonge pur et simple.

La Commission européenne a raison d’exiger des garanties tout au long de la chaîne de production – des garanties que le Brésil n’est pas en mesure d’apporter, du moins pour l’instant. En effet, les produits qu’il souhaite proposer aux consommateurs européens proviennent d’animaux auxquels on a administré des substances interdites afin d’accélérer leur croissance.

Cet agriculteur qui élève ses animaux sans stimulateurs de croissance – avec des cycles plus longs et des coûts plus élevés, mais avec une rigueur transmise de génération en génération – ne peut pas rivaliser à armes égales avec un système industriel conçu pour le profit. C’est une réalité que les agriculteurs européens n’ont cessé de souligner pendant des mois avant l’entrée en vigueur de l’accord UE-Mercosur. Lorsque Bruxelles ouvre le marché de l’UE à des centaines de milliers de tonnes de viande bovine contenant des substances interdites, tout en affirmant que les normes seront respectées, elle se livre en réalité à un jeu dangereux – un jeu qui n’est en aucun cas dans l’intérêt des consommateurs.

Les agriculteurs européens réclament depuis des années de ne pas être contraints de rivaliser avec des produits qui ne sont pas soumis aux mêmes contraintes. Aujourd’hui, l’argument sanitaire leur a donné raison, ce qui n’est guère surprenant. Cela ne change rien au fait que Bruxelles elle-même a imposé politiquement un accord aux consommateurs de l’UE, que la communauté rurale a fermement rejeté. Il s’agit d’une question de sécurité alimentaire, mais aussi de souveraineté alimentaire. Une société qui considère sa production alimentaire ou ses importations comme un simple détail parmi tant d’autres, ou qui confond prix bas et abondance, renonce peu à peu à sa souveraineté. La véritable prospérité passe par une chaîne d’approvisionnement digne de confiance, un animal élevé naturellement et un agriculteur qui n’est pas traité comme un ennemi du progrès.