La Roumanie dispose de deux semaines pour rattraper son retard dans la mise en œuvre du PNRR. Elle continue par ailleurs à payer pour du plastique qu’elle ne recycle pas, tandis que l’UE débat de son prochain budget. Selon l’AUR, ces trois éléments montrent pourquoi il ne faut pas se fier aux conditions imposées par Bruxelles.
Le 26 octobre, le nouveau ministre des Investissements et des Projets européens, Mihai Alexandru Ghigiu, a déclaré que tous les dossiers qui ont pris du retard ces derniers mois devaient être réglés en deux semaines. La date butoir est fixée au 6 novembre, et l’objectif est de mobiliser le plus de fonds possible au titre du PNRR avant la fin de l’année 2026. Cette date constitue un objectif administratif et non la fin du programme. Le ministre n’a pas précisé le montant des fonds menacés, ni indiqué s’ils seraient automatiquement perdus si cette date venait à être dépassée. M. Ghigiu prévoit de redéployer le personnel au sein du ministère et de renforcer les équipes chargées de résorber le retard accumulé. Il a déclaré qu’il n’y avait pas de temps à perdre pour démarrer lentement. Il a déjà rencontré le ministre du Développement, Alexandru Stoica, et prévoit de rencontrer les autres ministres dont les domaines relèvent du financement du PNRR.
La difficulté réside dans le fonctionnement du programme. Les versements dépendent des étapes clés et des objectifs convenus entre la Roumanie et la Commission européenne. Si une réforme prend du retard ou si une procédure n’est pas menée à bien, l’ensemble du calendrier de versements peut être retardé. C’est ce à quoi font référence les détracteurs lorsqu’ils qualifient ces conditions d’excessives. Un hôpital peut se retrouver dans l’attente d’une étape qui n’a aucun rapport avec lui.
Depuis le 1er janvier 2021, les États membres de l’UE versent 0,80 € pour chaque kilogramme de déchets d’emballages en plastique qui n’est pas recyclé.
Selon le ministère des Finances, la Roumanie a versé :
• 568 millions de lei en 2021
• environ 968 millions de lei en 2022
• environ 1,08 milliard de lei en 2023
• environ 1,32 milliard de lei en 2024
• environ 1,13 milliard de lei, du 1er janvier au 1er octobre 2025
Cela représente un total de 5,055 milliards de lei, soit près d’un milliard d’euros, et ce montant annuel n’a cessé d’augmenter. Les experts de Deloitte soulignent que ce paiement ne contribue en rien au développement de la Roumanie. Il n’améliore ni la collecte ni la traçabilité. Installer une poubelle dans la rue ne suffit pas si la collecte est irrégulière ou si les déchets sont mélangés par la suite. Cette amende reflète un système de recyclage qui ne fonctionne pas suffisamment bien.
L’UE négocie également son budget pour la période 2028-2034. La Commission a proposé un montant de près de 2 000 milliards d’euros, en mettant l’accent sur la compétitivité, la sécurité et la défense.
Le chancelier autrichien Christian Stocker est le premier dirigeant de l’UE à menacer d’opposer un veto national. Il a déclaré au journal *Die Welt* que l’Autriche avait fixé une ligne rouge et qu’il ne donnerait pas son accord si celle-ci était franchie. Il souhaite que la proposition de la Commission fasse l’objet de réductions de plusieurs milliards d’euros.
Les États partisans de la rigueur budgétaire ont rejeté le compromis proposé par la présidence irlandaise, qui s’élève à 1 830 milliards d’euros, soit environ 160 milliards d’euros de moins que le chiffre avancé par la Commission. Un groupe de 17 pays, les « Amis de la cohésion », s’oppose à toute réduction du budget global et souhaite préserver les fonds destinés à l’agriculture et à la cohésion. M. Stocker a admis que les positions étaient encore très éloignées.
Cela revêt une importance particulière pour la Roumanie, car elle dépend fortement des fonds de cohésion et des aides agricoles. Les conséquences se feront sentir sur les routes, les hôpitaux et les exploitations agricoles. Le 12 octobre, l’AUR a publié un communiqué de presse demandant au gouvernement de rejeter les nouvelles conditions relatives aux fonds pour la période 2028-2034. Le parti ne souhaite pas que se reproduise le modèle du PNRR, dans lequel l’accès aux fonds dépend d’étapes clés négociées avec les institutions européennes.
Il craint que des projets tels que les autoroutes, les hôpitaux et les réseaux d’approvisionnement en eau ne soient bloqués en raison de réformes sans rapport avec ceux-ci. Le parti fait valoir qu’une collectivité ne devrait pas se retrouver privée d’un hôpital ou d’un réseau d’assainissement à cause d’une décision gouvernementale distincte.
L’AUR demande au gouvernement :
• Publier son mandat de négociation pour le budget 2028-2034, y compris sa position sur les conditions imposées.
• Indiquez quelles réformes pourraient devenir obligatoires et quels mécanismes pourraient entraîner la suspension des paiements.
• Précisez si les versements dépendront de l’atteinte d’étapes clés au niveau national, et si des projets répondant à toutes les exigences techniques et financières pourraient néanmoins être bloqués.
• Maintenir la gestion partagée et le rôle des collectivités régionales dans le choix des investissements.
• Préserver les fonds destinés à la cohésion et à l’agriculture et simplifier les procédures nationales d’accès à ces fonds.
• Recourir au droit de veto de la Roumanie concernant le cadre financier pluriannuel si les conditions sont contraires aux intérêts nationaux.
Le parti résume sa position en trois points. Les fonds européens ne devraient pas être subordonnés à de nouveaux objectifs intermédiaires du type de ceux du PNRR. Les investissements locaux ne devraient pas être entravés par des décisions politiques. La Roumanie ne devrait pas accepter des obligations négociées à Bruxelles sans transparence. Il ajoute que les Roumains devraient savoir non seulement combien d’argent le pays reçoit, mais aussi quels engagements le gouvernement prend en contrepartie.