Quatre élections récentes ont secoué l’Europe. Le 13 septembre 2026, l’opposition suédoise, menée par les sociaux-démocrates, a battu de justesse le gouvernement minoritaire de centre-droit, qui gouvernait avec le soutien des Démocrates suédois. En Allemagne, trois élections régionales, en Saxe-Anhalt le 6 septembre, ainsi qu’en Mecklembourg-Poméranie occidentale et à Berlin le 20 septembre, ont se traduit par des gains importants pour le parti anti-immigration Alternative pour l’Allemagne (AfD), des pertes considérables pour les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates, ainsi que des résultats mitigés pour La Gauche, anciennement le Parti communiste, qui a perdu des voix en Saxe-Anhalt et en Mecklembourg-Poméranie occidentale, mais a doublé son score à Berlin, où elle est devenue le premier parti.
D’autres partis ont repris les mesures proposées par les Démocrates suédois
En Suède, les sociaux-démocrates ont enregistré leur plus mauvais résultat depuis plus d’un siècle, bien qu’ils restent le premier parti et qu’ils aient été chargés de former un gouvernement. En revanche, deux partis d’extrême gauche ont progressé : La Gauche, anciennement le Parti communiste, et les Verts. Les Démocrates suédois ont perdu du terrain, tandis que le Parti modéré, parti traditionnellement conservateur, a augmenté sa part des voix. Les autres petits partis non socialistes ont également obtenu de bons résultats. À première vue, il semblerait que la gauche se soit radicalisée et que la droite se soit modérée, mais à y regarder de plus près, le recul des Démocrates suédois s’explique en grande partie par le fait que les autres partis non socialistes (et même les sociaux-démocrates) ont adopté leur position anti-immigration, comme cela s’était produit au Danemark. À mesure que le consensus évolue, la conception de l’extrémisme change également.
Les immigrés ont renversé le gouvernement
Ce qui est choquant, c’est que ce sont en grande partie les immigrés musulmans qui ont fait tomber le gouvernement. Selon les sondages, environ 80 % des musulmans ont voté soit pour les sociaux-démocrates, soit pour la Gauche. Dans les circonscriptions à forte population immigrée, les sociaux-démocrates et la Gauche ont raflé la quasi-totalité des voix : 95 % à Rosengård Centrum, à Malmö, et 94 % à Rinkeby, à Stockholm. La seule force susceptible d’empêcher le transfert du pouvoir aux socialistes est le Parti du Centre, anciennement parti agraire mais qui soutient désormais le libéralisme économique. Il était dans l’opposition au cours de la dernière législature, aux côtés des partis socialistes, mais il avait auparavant formé des coalitions avec les autres partis non socialistes.
Les décisions fatales de Mme Merkel
La débâcle des chrétiens-démocrates en Allemagne s’explique facilement. Angela Merkel, chancelière de 2005 à 2021, a pris deux décisions fatales. La première a consisté à mettre fin progressivement à l’exploitation des centrales nucléaires allemandes, privant ainsi le pays d’une source d’énergie bon marché et fiable et le rendant dépendant du pétrole et du gaz russes. La seconde a consisté à autoriser plus d’un million de réfugiés à entrer en Allemagne pendant la guerre civile syrienne, dont beaucoup n’étaient même pas syriens mais ont profité de l’occasion pour s’installer dans un pays prospère doté d’un système de protection sociale généreux. Mme Merkel est également responsable d’une absence de décision majeure. Elle n’a pratiquement rien fait pour enrayer la tendance à la centralisation au sein de l’Union européenne (UE).
Weidel, une libérale en matière économique
L’AfD, vainqueur des élections régionales allemandes, a été fondé en 2013 par d’anciens chrétiens-démocrates opposés aux politiques européennes de Merkel. Mais lorsque la non-intégration des immigrés est devenue un véritable problème après 2015, le parti a adopté une ligne dure en matière d’immigration. Les élites qui contrôlent l’Union européenne ont serré les rangs contre ce parti, le dénonçant comme un mouvement raciste, d’extrême droite et pro-russe, en invoquant les propos malheureux de certains de ses membres plutôt que le programme du parti. (Soit dit en passant, le chef de file de l’AfD en Mecklembourg-Poméranie occidentale, Leif-Eirik Holm, doit son nom à Leif Ericson, l’Islandais qui a découvert l’Amérique.) Sa dirigeante actuelle, Alice Weidel (ci-dessus), se présente en tant que libéral sur le plan économique.
Trois leçons
Les chrétiens-démocrates n’ont pas emboîté le pas aux sociaux-démocrates danois et au Parti conservateur suédois en répondant aux griefs légitimes des électeurs : l’immigration massive et la stagnation économique. Tant qu’ils ne le feront pas, les électeurs continueront à les sanctionner. S’ils le font, un parti contestataire comme l’AfD se retrouvera en difficulté. La montée en puissance de la Gauche est bien plus préoccupante. Ce sont de véritables extrémistes. Il est extraordinaire qu’il soit désormais le premier parti à Berlin, ville que ses prédécesseurs avaient transformée en prison. Les trois messages qui se dégagent des élections suédoises et allemandes sont les suivants : ne laissez jamais les immigrés bénéficiaires de l’aide sociale déterminer les résultats électoraux ; écoutez les électeurs au lieu de les ignorer ; entretenez le souvenir des victimes du totalitarisme.