Le ministre des affaires étrangères Tajani défend sa participation à l’initiative américaine pour Gaza face aux critiques nationales et européennes
L’Italie participera en tant qu’observateur à la première réunion du « Conseil de la paix », l’initiative promue par l’ancien président américain Donald Trump visant à résoudre la crise à Gaza. L’annonce a été faite devant la Chambre des députés par le ministre des affaires étrangères Antonio Tajani, qui a fermement défendu la décision du gouvernement, qualifiant la présence de l’Italie de politiquement nécessaire et de constitutionnellement cohérente.
Au début de son discours, M. Tajani a souligné que la politique étrangère ne devait pas devenir un champ de bataille pour les divisions partisanes, mais plutôt une arène pour un « dialogue sérieux, continu et transparent », idéalement fondé sur la convergence et la responsabilité partagée. La crise de Gaza, a-t-il affirmé, n’est pas un conflit lointain, mais un conflit qui a des implications directes sur les intérêts nationaux de l’Italie.
Selon M. Tajani, la situation à Gaza affecte les équilibres régionaux, la stabilité de la Méditerranée au sens large et la sécurité des itinéraires commerciaux essentiels à l’économie italienne, axée sur les exportations. Quarante pour cent des exportations italiennes transitent par la mer Rouge, un couloir de plus en plus exposé à l’instabilité. Au-delà des préoccupations économiques, M. Tajani a décrit Gaza comme une « plaie ouverte » et une tragédie humanitaire qui a ébranlé les consciences mondiales. Il a souligné que l’Italie était en première ligne depuis le début de la crise, s’efforçant de sauver des vies, d’alléger les souffrances des civils et de promouvoir un cessez-le-feu.
Le ministre a fait valoir que Gaza est au cœur de la sécurité nationale de l’Italie, en particulier dans la lutte contre le terrorisme et les flux migratoires irréguliers. C’est pourquoi le gouvernement a accepté l’invitation des États-Unis à participer à la réunion inaugurale du conseil d’administration à Washington en tant qu’observateur.
« Si quelqu’un croit qu’il existe aujourd’hui des alternatives concrètes et viables à ce plan », a déclaré M. Tajani, faisant référence à l’initiative de paix américaine, « il ne tient pas compte de la réalité ». Il a ajouté qu’en présence d’un mandat clair des Nations unies, alimenter l’incertitude ne ferait que prolonger les souffrances du peuple palestinien.
M. Tajani a également estimé que la participation de l’Italie était conforme à l’article 11 de la Constitution, qui rejette la guerre comme moyen de résoudre les différends internationaux. « L’absence de l’Italie à une table où l’on discute de la paix en Méditerranée serait non seulement politiquement incompréhensible, a-t-il déclaré, mais aussi contraire à la lettre et à l’esprit de notre Constitution. La participation en tant qu’observateur représente une solution équilibrée qui respecte les contraintes constitutionnelles tout en préservant le rôle diplomatique de l’Italie.
Le ministre a souligné que l’Union européenne a confirmé sa participation à la réunion, représentée par la présidence tournante du Conseil et un délégué de la Commission. Les principaux acteurs régionaux, dont l’Égypte, la Jordanie, l’Arabie saoudite, le Qatar et l’Indonésie, devraient également être présents. « Comment l’Italie pourrait-elle ne pas être présente, a demandé M. Tajani de manière rhétorique, là où la paix au Moyen-Orient est discutée et construite ?
L’objectif de l’Italie, a-t-il rappelé, est clair : créer les conditions pour deux États capables de coexister dans la paix et la sécurité. Rome maintient un dialogue permanent avec Israël, l’Autorité palestinienne et les principaux partenaires régionaux. M. Tajani a souligné les efforts humanitaires de l’Italie, notamment l’initiative « Food for Gaza », comme preuve d’un engagement concret.
Il a également condamné la violence en Terre sainte, notamment les attaques de colons extrémistes contre des communautés chrétiennes. Le gouvernement italien s’est fermement opposé à toute hypothèse d’annexion de la Cisjordanie par Israël, avertissant que de telles mesures compromettraient les perspectives d’une solution à deux États.
L’engagement de l’Italie va au-delà de la diplomatie. Le pays participe à la formation des forces de sécurité palestiniennes et maintient du personnel au sein du centre de coordination civilo-militaire qui soutient les opérations humanitaires à Gaza. Les carabiniers italiens, déjà présents en Cisjordanie dans le cadre de la mission bilatérale MIADIT, commenceront bientôt à former 50 agents de sécurité palestiniens en Jordanie en vue de leur déploiement à Gaza.
En outre, l’Italie participe à des missions de l’Union européenne telles que la mission de police de l’Union européenne pour les territoires palestiniens et la mission d’assistance frontalière de l’Union européenne à Rafah, où huit carabiniers sont actuellement stationnés. Cette dernière a joué un rôle clé en facilitant la réouverture du point de passage de Rafah, et l’Italie prévoit de renforcer sa présence dans les semaines à venir.
Malgré la défense du gouvernement, la décision a suscité des critiques unifiées de la part de l’opposition. Peppe Provenzano, du Parti démocrate, a accusé M. Tajani de déformer la position de la Commission européenne. Les forces d’opposition, dont le Parti démocrate, le Mouvement 5 étoiles et d’autres groupes centristes et de gauche, préparent une résolution commune exhortant le gouvernement à ne pas participer « sous quelque forme que ce soit » et à ne pas fournir de contributions financières. Elles affirment que le Conseil de la paix n’est pas conforme aux principes de l’article 11 de la Constitution ni au droit international et qu’il risque de compromettre le rôle central des Nations unies.
Au niveau européen, le groupe des socialistes et démocrates du Parlement européen a également exprimé ses préoccupations. Le groupe a demandé à la Commission européenne de clarifier le mandat politique et l’étendue de sa participation, avertissant que l’initiative pourrait entrer en conflit avec les normes internationales établies et les processus menés par les Nations unies.
Tajani, cependant, reste ferme. Pour l’Italie, l’engagement, même en tant qu’observateur, est préférable à l’absence. Selon lui, il est essentiel de rester à la table des négociations, non seulement pour défendre les intérêts nationaux, mais aussi pour atteindre l’objectif ultime : une paix négociée qui garantisse la sécurité, la dignité et la création d’un État tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens.
Alessandro Fiorentino