L’envoyé spécial de l’UE pour la liberté religieuse s’attaquera-t-il au rôle politiquement sensible de l’islamisme radical ?

Politique - 23 mai 2026

Le groupe ECR a eu raison de se réjouir de la nomination de Mairead McGuinness en tant que nouvelle envoyée spéciale de l’Union européenne pour la promotion de la liberté de religion ou de conviction à l’extérieur de l’UE. Ce poste est resté vacant pendant trop longtemps. À l’heure où les persécutions religieuses s’aggravent dans de nombreuses régions du monde, le fait de laisser le poste vacant envoyait précisément un mauvais signal. Il suggérait que l’un des droits de l’homme les plus fondamentaux pouvait être traité comme une préoccupation facultative, rappelée dans les discours mais négligée dans la pratique institutionnelle.

La nomination, annoncée le 26 mars 2026, est donc importante. Mme McGuinness n’est pas une figure marginale. Elle a été commissaire européenne chargée des services financiers, de la stabilité financière et de l’union des marchés de capitaux de 2020 à 2024, et avant cela, elle a été un membre éminent du Parlement européen. Elle connaît la Commission. Elle comprend les institutions européennes. Elle connaît les budgets, la réglementation, les négociations politiques et la lente mécanique par laquelle Bruxelles agit ou évite d’agir.

Cette expérience est utile. Mais elle n’est pas suffisante.

Le véritable test de cette nomination ne sera pas de savoir si McGuinness peut faire des déclarations polies sur la liberté de religion ou de croyance. Le test sera de savoir si elle est prête, et autorisée, à poser des questions plus difficiles sur la politique extérieure de l’UE, le financement du développement, les gouvernements partenaires, les idéologies hostiles et l’incapacité répétée à nommer clairement les persécutions antichrétiennes lorsqu’elles apparaissent dans les preuves.

La déclaration d’ECR sur sa nomination a été bien accueillie. Nicola Procaccini a déclaré que cette décision était attendue depuis longtemps. Patryk Jaki a insisté sur le fait que l’envoyée devait devenir opérationnelle rapidement et se concentrer sur le soutien pratique aux communautés persécutées, en particulier les chrétiens. Antonella Sberna a souligné la nécessité de disposer de ressources adéquates et d’un soutien politique. Bert-Jan Ruissen, coprésident de l’intergroupe du Parlement européen sur la liberté de religion ou de conviction, a averti que la liberté religieuse devait être systématiquement intégrée dans les relations extérieures de l’UE.

Ces points ne sont pas décoratifs. Ils touchent au cœur du problème. L’UE dispose déjà d’un langage relatif aux droits de l’homme. Elle a déjà des lignes directrices. Elle a déjà des délégations, des dialogues, des résolutions, des programmes et des déclarations annuelles. Ce qui lui fait souvent défaut, c’est la volonté de relier ces instruments à leurs conséquences.

La liberté de religion ou de conviction n’est pas un droit de niche. Elle est protégée par l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et par le droit international relatif aux droits de l’homme. Elle comprend le droit de croire, de ne pas croire, de changer de religion, de pratiquer un culte, d’enseigner, de se réunir et de vivre sans contrainte. Cela signifie que le mandat de l’envoyé de l’UE n’est pas seulement chrétien. Il doit couvrir les musulmans, les juifs, les yazidis, les hindous, les bouddhistes, les athées, les convertis, les dissidents et les minorités religieuses de toutes sortes.

Pourtant, la souffrance particulière des chrétiens ne peut se perdre dans le langage universel. La liste de surveillance mondiale 2026 de Portes Ouvertes estime que 388 millions de chrétiens sont confrontés à des niveaux élevés de persécution et de discrimination. Le rapport 2025 sur la liberté religieuse de l’Aide à l’Église en détresse décrit de graves violations de la liberté religieuse touchant des milliards de personnes dans le monde, les communautés chrétiennes étant régulièrement exposées à l’intimidation, à la discrimination juridique, à la violence, aux déplacements et aux attaques ciblées. Les chiffres exacts varient selon la méthodologie, mais la direction est claire. La persécution des chrétiens n’est pas un phénomène marginal. Il s’agit d’une des plus grandes crises des droits de l’homme de notre époque.

La difficulté est que les gouvernements occidentaux et les ONG en parlent souvent en termes évasifs. Ils préfèrent parler de « communautés vulnérables », de « tensions intercommunautaires », de « conflits liés aux ressources », de « stress climatique » ou d' »instabilité ». Ces descriptions sont parfois pertinentes. La pauvreté, la faiblesse des États, les conflits fonciers et les guerres ont tous leur importance. Mais elles ne sont pas toujours suffisantes. Dans de nombreux cas, les chrétiens sont pris pour cible parce qu’ils sont chrétiens : parce qu’ils pratiquent leur culte dans des églises, parce qu’ils se convertissent, parce qu’ils refusent les mariages forcés, parce qu’ils vivent en tant que minorités dans des environnements islamistes ou autoritaires, ou parce que des groupes armés les considèrent comme des symboles d’un ordre à effacer.

C’est la raison pour laquelle le rôle du nouvel envoyé doit avoir du mordant. Un envoyé purement protocolaire serait pire qu’inutile, car il permettrait à la Commission de se dire préoccupée tout en ne changeant rien. Le bureau doit être en mesure d’examiner les partenariats de l’UE, de soulever des cas précis, d’interpeller les gouvernements partenaires, de s’engager directement auprès des communautés persécutées et de signaler honnêtement les cas où l’argent ou la diplomatie de l’UE sont incompatibles avec les principes de la liberté religieuse.

L’Irlande constitue un cas d’école utile. Les ministres irlandais déclarent régulièrement que la liberté de religion ou de conviction est au cœur de la politique étrangère. Ils condamnent la persécution en termes généraux et soulignent le travail effectué par l’intermédiaire des Nations unies, de l’UE et des canaux bilatéraux. Le programme de développement de l’Irlande se présente également comme fondé sur des principes, axé sur la pauvreté et basé sur les droits. Une grande partie de ce travail est utile. L’aide humanitaire irlandaise atteint les personnes en situation désespérée, souvent par l’intermédiaire d’ONG et d’agences multilatérales plutôt que par des transferts directs d’État à État.

Mais des questions subsistent. L’aide publique au développement de l’Irlande dépasse aujourd’hui le milliard d’euros par an. Irish Aid travaille dans plus de 130 pays et finance des programmes par l’intermédiaire des Nations unies, de la Banque mondiale, d’ONG, d’organismes de la société civile et de partenaires locaux. Certains de ces fonds sont utilisés dans des pays où les chrétiens et d’autres minorités religieuses sont gravement persécutés. Cela ne signifie pas qu’il faille couper l’aide aux civils qui souffrent. Cela signifie qu’il faut examiner de plus près où va l’argent, quels partenaires le reçoivent, quelles conditions s’appliquent et si la liberté religieuse est traitée comme une véritable préoccupation politique plutôt que comme un paragraphe dans un document de stratégie.

Carol Nolan TD a insisté sur ce point au Dáil, en demandant si les fonds de l’aide irlandaise étaient alloués aux États et territoires où des formes extrêmes de persécution chrétienne se produisent. En avril 2026, elle a donné suite à une réponse antérieure qui n’abordait pas directement la question du lien avec l’aide. Mattie McGrath TD a soulevé des préoccupations similaires lors de précédents débats au Dáil, notamment au sujet des chrétiens du Moyen-Orient et du Nigeria. Quoi que l’on pense de ces députés en général, les questions elles-mêmes sont légitimes. Un parlement démocratique devrait pouvoir demander si l’argent public est compatible avec les priorités déclarées en matière de droits de l’homme.

La même question devrait maintenant être posée au niveau de l’UE. L’Union européenne est l’un des principaux donateurs mondiaux. Elle finance l’aide humanitaire, les programmes de gouvernance, l’éducation, les projets de la société civile, les initiatives en matière de migration et le travail de développement dans les régions où les minorités religieuses sont soumises à des pressions. Si le bureau de l’envoyé ne peut pas examiner comment la liberté religieuse est reflétée dans ces flux de financement, il restera périphérique. S’il ne peut que déplorer la persécution après coup, alors que les instruments européens plus importants restent inchangés, il ne modifiera pas les incitations des gouvernements ou des organisations qui ignorent le problème.

Le Soudan illustre le danger de l’omission. Le pays subit l’une des pires catastrophes humanitaires au monde. Des millions de personnes ont été déplacées. Des cas de famine ont été signalés. Des civils ont été pris pour cible par des acteurs armés. La discussion de la commission de l’Oireachtas de janvier 2026 sur le Soudan, avec les témoignages de Concern, Trócaire et Front Line Defenders, a abordé ces horreurs en détail. Il a été question de la faim, des déplacements, de l’accès, des soutiens extérieurs, des sanctions et de l’obligation de rendre des comptes.

Pourtant, la transcription disponible ne contient aucune référence aux chrétiens ou aux églises. Cette absence est frappante, car le Soudan a un long passé de discrimination et de violence anti-chrétienne. Portes Ouvertes classe le Soudan parmi les pires pays du monde pour la persécution des chrétiens. Des rapports récents ont décrit les démolitions d’églises, les intimidations et les attaques qui ont touché les communautés chrétiennes pendant le conflit. Rien de tout cela n’annule la catastrophe humanitaire plus large. Mais si l’on omet complètement la dimension religieuse, l’analyse est incomplète.

Il s’agit d’une tendance. Dans de nombreux contextes politiques, la persécution antichrétienne est absorbée dans un langage humanitaire plus large jusqu’à ce que le motif spécifique disparaisse. Une église incendiée devient une « infrastructure civile ». Un pasteur assassiné devient un « dirigeant communautaire ». Un village chrétien déplacé devient une entrée de plus dans un chiffre général de déplacement. Les catégories plus larges ne sont pas fausses, mais elles peuvent dissimuler ce qui est le plus important.

L’envoyé de l’UE doit résister à cette habitude. Son rôle ne doit pas devenir un exercice de diplomatie œcuménique insipide. Il doit identifier des modèles. Il doit faire la distinction entre l’autoritarisme étatique, la violence djihadiste, le nationalisme hindou, la répression communiste, la coercition criminelle et les conflits sectaires localisés. Elle devrait dire clairement quand l’idéologie islamiste radicale est un moteur principal, tout comme elle devrait dire clairement quand le Parti communiste chinois, la Corée du Nord ou d’autres régimes autoritaires répriment les croyants de toutes les traditions.

Cette clarté est essentielle. L’islamisme radical n’est pas la seule source de persécution religieuse. La Chine et la Corée du Nord montrent que l’autoritarisme séculier peut être tout aussi impitoyable. Les pressions religieuses nationalistes en Inde, les lois sur le blasphème au Pakistan, la répression théocratique en Iran et la violence djihadiste dans certaines parties de l’Afrique subsaharienne sont autant de formes différentes. Mais l’UE a souvent été plus à l’aise pour parler de climat, de pauvreté et d’instabilité que d’extrémisme religieux. Ces facteurs peuvent interagir, mais ils ne sont pas interchangeables.

Mme McGuinness est bien placée pour comprendre l’aspect institutionnel de la question. Son portefeuille précédent exigeait une attention particulière aux règles, à la supervision, au risque et à la responsabilité. Les mêmes habitudes sont nécessaires ici. L’envoyée devrait faire pression pour obtenir une cartographie des financements extérieurs de l’UE en faveur des pays où la liberté de religion ou de conviction est gravement violée. Elle devrait demander si les délégations de l’UE signalent systématiquement les persécutions religieuses. Elle devrait s’engager directement avec les organisations chrétiennes persécutées et les autres représentants des minorités religieuses, plutôt que de s’appuyer uniquement sur les grandes ONG. Elle devrait insister pour que la liberté religieuse soit incluse dans les stratégies par pays, les dialogues sur les droits de l’homme et les cadres de conditionnalité.

L’accueil de l’ECR doit donc être considéré comme conditionnel. La nomination est une bonne chose. Le poste vacant n’aurait jamais dû durer aussi longtemps. M. McGuinness apporte du sérieux à ce poste. Mais le bureau n’aura d’importance que s’il est visible, doté de ressources et politiquement courageux.

Les six premiers mois seront très instructifs. L’envoyée parlera-t-elle des chrétiens persécutés avec précision ou seulement de la liberté religieuse en termes généraux ? Abordera-t-elle directement la question du Nigeria, du Pakistan, du Soudan, de l’Iran, de la Chine et de la Corée du Nord ? Examinera-t-elle la manière dont l’aide de l’UE et des États membres fonctionne dans des environnements où les églises sont attaquées et les convertis emprisonnés ? Remettra-t-elle en question les organisations partenaires qui ne tiennent pas compte de la persécution religieuse dans leur analyse ? Désignera-t-elle les réseaux islamistes radicaux et les États qui les soutiennent lorsque des éléments probants vont dans ce sens ?

L’Union européenne aime à se décrire comme un acteur fondé sur des valeurs. La liberté de religion ou de conviction est l’un des tests les plus clairs de cette affirmation, car elle protège les personnes vulnérables au point où la conscience rencontre le pouvoir. Un gouvernement qui contrôle les croyances contrôle la personne. Une milice qui punit le culte ne se contente pas de commettre des actes de violence ; elle tente d’effacer l’identité, la mémoire et la communauté.

Mairead McGuinness a maintenant l’occasion de rendre l’UE plus honnête sur cette question. L’ECR a eu raison de saluer sa nomination. Mais la véritable mesure sera de savoir si l’envoyée peut amener l’Union à dépasser les expressions d’inquiétude et à passer aux conséquences, à la conditionnalité et à un discours clair. Les chrétiens persécutés et les autres minorités religieuses n’ont pas besoin d’un autre titre européen. Ils ont besoin d’un défenseur prêt à dire ce qui se passe, pourquoi cela se passe et ce qui doit changer.