Le plan Mattei et la transition énergétique en Afrique : investissements, infrastructures et formation

Politique - 15 septembre 2026

Le Plan Mattei pour l’Afrique, lancé par le gouvernement italien en 2024 dans le but de renforcer les relations économiques, énergétiques et diplomatiques avec le continent africain, met progressivement en place l’un de ses axes prioritaires dans le domaine de l’énergie. Selon les informations mises à jour au 30 juin 2026 et figurant dans le rapport annuel au Parlement sur l’état d’avancement de la mise en œuvre du Plan, 460 millions d’euros ont été mobilisés pour cinq initiatives spécifiquement liées au secteur de l’énergie. Ce montant représente une partie de l’enveloppe globale de 1,2 milliard d’euros approuvée, depuis novembre 2024 et jusqu’à la date en question, par le Comité technique du Fonds italien pour le climat. L’importance des ressources allouées à l’énergie confirme donc que la dimension énergétique n’est pas un élément accessoire du Plan Mattei, mais qu’elle devient de plus en plus l’un de ses principaux outils opérationnels. Le caractère central de ce domaine doit être interprété à la lumière des difficultés persistantes qui caractérisent l’accès à l’énergie sur le continent africain. La disponibilité d’infrastructures énergétiques adéquates est, en effet, une condition essentielle non seulement à la croissance économique, mais aussi au développement des systèmes de santé, de l’éducation, de l’emploi et des activités productives.

LE FONDS ITALIEN POUR LE CLIMAT ET LES INSTRUMENTS FINANCIERS

Une part importante de la stratégie financière du Plan Mattei est acheminée par le biais du Fonds italien pour le climat, dont le budget annuel, géré par le ministère de l’Environnement, s’élève à 840 millions d’euros. Ses activités visent principalement à réduire les émissions ayant un impact sur le climat, à promouvoir l’utilisation des énergies renouvelables et à favoriser l’adaptation aux effets du changement climatique. Une caractéristique importante réside dans la structure renouvelable du Fonds, qui permet de recourir à divers instruments financiers pour soutenir les initiatives. Il s’agit notamment de prêts bonifiés, de garanties et de subventions non remboursables, grâce à une combinaison de méthodes d’intervention susceptibles de s’adapter aux différentes conditions économiques et financières des pays bénéficiaires. Dans cette perspective, le financement des infrastructures énergétiques africaines répond à un double objectif. D’une part, il contribue à combler un déficit historique en matière d’investissements et d’infrastructures ; d’autre part, il permet d’orienter le développement futur vers des systèmes caractérisés par une plus grande durabilité environnementale.

LE FOSSÉ MONDIAL EN MATIÈRE D’ACCÈS À L’ÉNERGIE

L’urgence de telles interventions ressort particulièrement des données contenues dans le rapport conjoint élaboré par l’Agence internationale de l’énergie, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, les Nations unies, la Banque mondiale et l’Organisation mondiale de la santé. Ce document montre que l’objectif consistant à garantir à l’ensemble de la population mondiale l’accès à une énergie propre, fiable et économiquement viable est encore loin d’être atteint. Environ 655 millions de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’électricité. Les inégalités sont également alimentées par la difficulté à garantir des flux financiers suffisants vers les économies les plus pauvres et les pays en développement. Un exemple particulièrement significatif est la construction de centrales solaires hors réseau et de mini-réseaux électriques dans les zones rurales, où l’extension des infrastructures traditionnelles peut s’avérer complexe sur le plan économique et logistique.

L’AFRIQUE SUBSaharienne EN TANT QUE PRINCIPALE ZONE D’INTERVENTION

Cet écart est particulièrement marqué en Afrique subsaharienne. Dans cette région, plus de 560 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité, tandis qu’environ 970 millions n’ont pas accès à des systèmes de cuisson propres. Ces données permettent de comprendre pourquoi l’énergie représente l’un des secteurs dans lesquels le Plan Mattei peut avoir un impact potentiellement significatif. L’élargissement de l’accès à l’énergie dans les zones rurales et isolées peut avoir des effets qui vont au-delà de la simple dimension infrastructurelle. L’électrification peut améliorer le fonctionnement des établissements de santé, soutenir l’activité économique locale, favoriser la numérisation et élargir les possibilités d’éducation. De plus, la diffusion des technologies de production d’énergie renouvelable permet de traiter simultanément les enjeux de l’accès à l’énergie et de la réduction des émissions. C’est précisément cette convergence entre développement et transition écologique qui confère un caractère stratégique aux interventions du Plan Mattei dans le domaine de l’énergie.

DE LA LOGIQUE EXTRACTIVE À UN NOUVEAU PARTENARIAT ÉNERGÉTIQUE

La dimension financière doit toutefois s’accompagner d’une réflexion sur le modèle de coopération que le Plan Mattei entend promouvoir : la coopération devrait donc évoluer vers une relation dans laquelle la création de valeur, la technologie et l’expertise sont partagées plus largement. Cette question apparaît particulièrement importante compte tenu du potentiel énergétique du continent. L’Afrique dispose d’environ 60 % des meilleures ressources solaires mondiales, mais ne bénéficie que de 2 % des investissements mondiaux dans les énergies renouvelables. Il existe donc une asymétrie marquée entre le potentiel et la capacité d’investissement. Réduire cet écart représente l’une des principales opportunités pour une politique de coopération énergétique axée sur le développement durable.

LA FORMATION EN TANT QU’INFRASTRUCTURE DE TRANSITION

Dans ce contexte, la formation dans le domaine de l’énergie revêt une importance stratégique équivalente à celle des investissements dans les infrastructures. En effet, la disponibilité de systèmes et de technologies ne suffit pas à garantir une transition durable si les pays concernés ne développent pas simultanément les compétences nécessaires pour concevoir, gérer et entretenir les nouveaux systèmes énergétiques. Une avancée significative dans cette direction est le protocole d’accord signé le 7 juillet 2026 entre la Structure de mission chargée de la mise en œuvre du Plan Mattei pour l’Afrique et la Fondation Enel. Cet accord, signé par Fabrizio Saggio, coordinateur de la Structure de mission, et Flavio Cattaneo, président de la Fondation Enel et PDG du groupe Enel, définit un cadre de collaboration pour la formation dans le domaine de l’énergie sur le continent. Ce protocole vise à coordonner les activités de formation avec le système universitaire et d’enseignement supérieur, tant en Italie que dans les pays africains. Cette initiative s’inscrit dans un processus déjà engagé grâce à des programmes qui ont produit des résultats mesurables et contribué à la mise en place d’un écosystème de formation reconnu. Parmi les expériences citées figurent le Centre panafricain de formation aux énergies renouvelables et à la transition énergétique au Maroc, créé en collaboration avec l’Université polytechnique Mohammed VI, les activités développées au Kenya avec l’université de Strathmore, ainsi que celles mises en œuvre en Afrique du Sud avec l’université de Pretoria.

LES JEUNES, LES FEMMES ET LES COMPÉTENCES LOCALES

L’aspect le plus important de la coopération en matière de formation réside dans la volonté de mieux adapter les programmes éducatifs aux besoins spécifiques des communautés locales. L’objectif est de former des professionnels capables de soutenir activement la transformation des systèmes énergétiques africains, en tirant parti des compétences locales existantes. Une attention particulière est accordée aux jeunes et aux femmes, notamment en ce qui concerne l’accès au marché du travail. Cette approche élargit le champ de la coopération énergétique, la faisant passer d’un simple transfert de technologies à un investissement dans le capital humain. La formation devient ainsi une composante structurelle de la transition, permettant la mise en place des conditions professionnelles nécessaires pour que les investissements génèrent des bénéfices durables dans les pays bénéficiaires.

UNE APPROCHE INTÉGRÉE DU PLAN MATTEI

Les interventions financées à ce jour et le renforcement de la coopération dans le domaine de la formation laissent donc entrevoir une évolution possible du Plan Mattei. L’énergie peut constituer le point de convergence entre les besoins en matière de développement, la lutte contre la précarité énergétique, la lutte contre le changement climatique, l’innovation technologique et la création d’emplois qualifiés. Pour que cette stratégie soit pleinement efficace, il sera toutefois essentiel de favoriser l’émergence de marchés locaux et de chaînes d’approvisionnement dédiés aux technologies propres, à commencer par les énergies renouvelables, en combinant des investissements matériels et la consolidation des compétences professionnelles. La coopération économique et politique pourra ainsi contribuer à la mise en place d’une capacité de production autonome et ne pas se limiter à la construction d’infrastructures isolées. Dans cette perspective, le montant de 460 millions d’euros mobilisé dans le secteur de l’énergie représente non seulement une mesure de l’engagement financier déjà pris, mais aussi un indicateur de l’importance croissante de l’énergie dans l’architecture du Plan Mattei. L’efficacité de cet investissement dépendra de la capacité à articuler infrastructures, technologies, financements, formation et développement industriel local. Le défi consiste donc à transformer le potentiel énergétique de l’Afrique en un moteur concret de développement partagé. La forte disponibilité des ressources solaires, le déficit persistant en matière d’accès à l’électricité et l’insuffisance des investissements dans les énergies renouvelables font de ce continent un espace où la transition énergétique peut jouer un rôle décisif. Dans ce contexte, le Plan Mattei peut revêtir une importance particulière s’il parvient précisément à intégrer l’élargissement de l’accès à l’énergie au développement des compétences nécessaires pour gérer ce changement de manière autonome. La formation dans le domaine de l’énergie, associée aux investissements dans les infrastructures et les technologies propres, représente donc l’une des conditions essentielles pour que la coopération avec l’Afrique évolue vers un modèle de partenariat plus équilibré et durable, orienté vers la création de valeur à long terme.