En février, la commission mixte irlandaise sur les affaires de l’Union européenne s’est réunie pour examiner le système d’échange de quotas d’émission de l’UE et son extension potentielle à l’aviation internationale.
Les témoins d’Opportunity Green, un groupe de défense de l’environnement, ont plaidé en faveur d’une expansion ambitieuse, avec davantage de vols couverts, des revenus plus élevés réservés aux carburants durables et un leadership irlandais ferme lors de la prochaine présidence du Conseil de l’Union européenne.
Le ton et le contenu de la présentation témoignaient d’un alignement confiant sur les politiques climatiques de l’UE, mais comme il n’est pas inhabituel pour une commission parlementaire irlandaise, de nombreuses hypothèses sous-jacentes n’ont pas été remises en question.
La commission a entendu qu’une tarification plus stricte du carbone n’est pas seulement souhaitable, elle est nécessaire.
C’est peut-être une bonne chose que la commission n’ait pas été suivie par un grand nombre de personnes, étant donné l’état actuel de la colère nationale en Irlande au sujet des taxes sur le carbone et de la collecte par le gouvernement irlandais de milliards de dollars au titre de ces taxes depuis 2010.
Quoi qu’il en soit, trois semaines plus tard, lors de la séance plénière du Parlement européen sur la sécurité énergétique et l’accessibilité financière, l’eurodéputée ECR Elena Donazzan a présenté ce que l’on pourrait appeler un contrepoint très pointu.
Elle a demandé à la Commission d’arrêter et de réévaluer le système d’échange de quotas d’émission lui-même, commentant que « le système d’échange de quotas d’émission est l’un des systèmes qui génère plus de coûts que d’effets positifs ». Elle a ajouté que « la Commission devrait mettre un terme à ce système parce qu’il est coûteux et qu’il ne produit pas l’effet environnemental que nous souhaitons ».
Les gouvernements, a-t-elle fait remarquer, restent souverains dans leurs choix, mais la Commission dispose d’une véritable influence sur les charges imposées par les politiques.
Le contraste entre la salle de commission de l’Oireachtas et le débat en plénière ne pourrait être plus évident.
Le forum irlandais a considéré le système d’échange de quotas comme un outil qui ne demande qu’à être affiné, tandis que l’autre l’a identifié comme un frein structurel nécessitant une correction urgente.
L’intervention de M. Donazzan reflète la reconnaissance croissante, par une partie de la droite européenne, du fait que les coûts énergétiques de l’Europe ne sont plus uniquement le produit des marchés mondiaux ou des chocs géopolitiques.
Comme beaucoup d’entre nous le soulignent depuis un certain temps, ils sont façonnés, dans une mesure mesurable, par des choix politiques délibérés.
Le système d’échange de quotas d’émission est au cœur de cette problématique. Introduit en tant que mécanisme d’internalisation du coût du carbone, il s’est transformé en un instrument de collecte de revenus dont les signaux de prix imprègnent désormais les factures d’électricité, les coûts des intrants industriels et les décisions d’investissement.
Des données récentes concernant les secteurs à forte consommation d’énergie le confirment. En 2025, les prix moyens de l’électricité pour l’industrie européenne sont restés plus de deux fois supérieurs à ceux payés par leurs homologues américains et environ 50 % plus élevés qu’en Chine.
Les coûts du carbone eux-mêmes représentent environ 11 % de la facture d’électricité typique de l’UE. Pourtant, leur influence est disproportionnée. Le prix du système d’échange de quotas d’émission se répercute directement sur les prix de gros de l’électricité, en particulier dans les États membres qui dépendent encore du charbon ou du gaz pour leur production marginale.
Qu’est-ce que cela signifie ? D’une part, la révision du système d’échange de quotas d’émission pour 2026, prévue pour le mois de juillet, présente désormais des enjeux plus importants. La Commission a déjà proposé des ajustements limités de la réserve de stabilité du marché et des concessions sur les quotas gratuits. Ces signaux sont les bienvenus, mais ils sont très loin de la réévaluation fondamentale préconisée par M. Donazzan.
Le cas de l’Irlande illustre cette tension avec une clarté particulière. L’économie irlandaise est depuis longtemps ancrée dans les investissements directs étrangers, en grande partie américains, attirés par un régime fiscal compétitif pour les entreprises, une main-d’œuvre de langue anglaise et, surtout, un approvisionnement en énergie relativement stable.
Pourtant, la session de février de la commission s’est concentrée sur l’extension de la couverture du système d’échange de quotas d’émission aux vols extracommunautaires au départ des aéroports européens. Les partisans toujours zélés de ce changement ont affirmé qu’il générerait des milliards de recettes pour le carburant aviation durable, tout en comblant une lacune perçue comme telle.
Des opposants plus pragmatiques ont toutefois fait remarquer que la contribution de l’aviation aux émissions totales de l’UE reste modeste par rapport au transport routier ou à l’industrie lourde. Ils ont également fait remarquer que le tourisme, une industrie qui a déjà été gravement endommagée par les politiques imprudentes de l’Irlande en matière d’hébergement des demandeurs d’asile, et qui représente une part importante du PIB et de l’emploi irlandais, est très sensible aux prix.
L’ajout de coûts au billet d’avion, ne serait-ce que de quelques euros par passager, se répercute rapidement sur une petite nation insulaire qui dépend de la connectivité aérienne.
La position du groupe ECR n’est pas un appel à l’abandon de la réduction des émissions, c’est simplement une demande d’honnêteté intellectuelle sur les compromis, ce qui n’apparaît que rarement, voire jamais, dans ce type de débats au Dáil, où les invités semblent être sélectionnés pour leur capacité à débiter les absurdités les plus terribles sans être critiqués par les membres de la commission.
Certes, le SCEQE a été conçu comme un système de plafonnement et d’échange, mais dans la pratique, il est devenu une taxe de facto dont les recettes sont de plus en plus affectées aux dépenses vertes plutôt que d’être rendues aux citoyens ou réinvesties dans la modernisation industrielle.
La référence de Donazzan aux « coûts qui nous ont été imposés en raison de certaines idéologies » reflète cette critique.
Malheureusement, mais ce n’est guère surprenant, les décideurs politiques de l’UE ont souvent traité la tarification du carbone comme étant évidemment vertueuse, en mettant de côté les questions relatives aux impacts réels sur le monde, y compris la compétitivité.
La prochaine révision du système d’échange de quotas d’émission offre l’occasion de corriger le cap plutôt que d’accélérer, mais quelles sont les chances que cela se produise, étant donné l’adhésion presque fantaisiste aux politiques vertes pour l’écologie qui ont dominé les discussions de l’UE dans ce domaine pendant des années.
Il n’y a guère de politique verte ou climatique qui n’ait été adoptée, même si elle s’est révélée idiote ou contre-productive.
Vous pourriez soutenir, je suppose, et je le fais, que la Commission doit résister à la tentation de considérer chaque insuffisance des résultats environnementaux comme la preuve que le plafond doit être encore renforcé. Mais cela reviendrait déjà à ne pas tenir pleinement compte de ce que nous pourrions appeler la psychologie de la Commission.
Il est impossible de dire à certains députés que les politiques doivent être examinées et analysées sur la base de leurs mérites propres. La simple mention « vert » ou « climat » ne suffit plus. Si le système génère plus de coûts que de gains environnementaux vérifiables, comme l’affirme à juste titre M. Donazzan, une pause dans l’expansion et un recalibrage des quotas constituent une réponse rationnelle, et non un aveu de défaite.
Les conservateurs européens affirment depuis longtemps que la souveraineté et la compétitivité ne sont pas des concepts opposés, mais qu’ils se renforcent mutuellement.
Les États membres conservent bien entendu le droit de mener des politiques climatiques nationales ambitieuses si leurs électeurs en supportent le coût. Ce qu’on ne devrait pas leur demander, c’est d’endosser des mécanismes supranationaux dont les charges sont inégalement réparties et dont les avantages restent, au mieux, incertains.
La discussion de la commission irlandaise, aussi bien intentionnée soit-elle, a illustré cette tendance à considérer l’architecture climatique de l’UE comme une loi établie plutôt que comme une expérience politique soumise à un examen empirique.
L’intervention de M. Donazzan nous rappelle que les expériences peuvent et doivent parfois être ajustées lorsque les résultats divergent des attentes.
Le rétablissement d’une énergie abordable ne devrait pas donner lieu à d’énormes débats. Il suffit de reconnaître qu’il s’agit en fait d’une condition préalable au maintien de la base industrielle et, en fin de compte, des revenus mêmes nécessaires à de véritables percées technologiques.
Sans des prix de l’énergie compétitifs, l’Europe risque non seulement la désindustrialisation par construction, mais aussi, et je le dis sans exagération, une rupture réelle et profonde de l’ordre social.
Ainsi, alors que la sacro-sainte Commission doit maintenant choisir entre traiter le système d’échange de quotas comme sacro-saint ou traiter l’industrie européenne comme indispensable, nous ne pouvons qu’espérer que, pour une fois, elle se réveille et prenne conscience des implications réelles de ses membres qui prônent une forme de zèle climatique qui n’a rien à voir avec les conséquences dramatiques qui s’accumulent pour le commun des mortels.
Est-ce trop demander à l’Europe de s’engager dans cette voie ? Peut-être que oui, et c’est une idée terrifiante en soi.