Référendum en Islande : un vote en faveur de la souveraineté ou un vote en faveur de l’UE ?

Le monde - 31 juillet 2026

Plus de dix ans après l’interruption du processus d’adhésion de l’Islande à l’Union européenne, le gouvernement de centre-gauche de Reykjavik, dirigé par la Première ministre Kristrún Frostadóttir, organise un référendum afin de recueillir l’avis des Islandais sur la reprise des négociations en vue de l’adhésion à l’Union. Le 29 août, les citoyens islandais seront appelés aux urnes pour se prononcer sur la réouverture des négociations avec Bruxelles. Ce scrutin ne portera pas sur l’adhésion officielle de ce petit pays de l’Atlantique Nord à l’UE, mais pourrait déboucher sur la reprise des démarches nécessaires en vue de celle-ci.

Le gouvernement de Reykjavík, qui cherche à obtenir le soutien des Islandais, est dirigé par une coalition dite « pro-européenne » composée de trois partis de gauche et de centre-gauche — une situation pratiquement identique à celle de 2009, lorsque c’est une coalition de trois partis de gauche qui avait déposé la candidature de l’Islande à l’adhésion à l’Union européenne.

La perspective d’une adhésion officielle de l’Islande est redevenue un sujet d’intérêt national – et, bien sûr, européen – dans le cadre des débats sur la nécessité de renforcer la sécurité face à d’éventuelles menaces extérieures. Tout comme en 2009, lorsque le gouvernement de l’époque cherchait à obtenir une adhésion rapide et l’adoption de la monnaie de l’UE, ce que le camp pro-européen considérait comme «vital» pour rétablir la stabilité financière au lendemain de la crise économique. Alors que le gouvernement de gauche était disposé à céder le contrôle de certains aspects clés de la politique monétaire, le gouvernement de centre-droit qui lui a succédé a adopté une approche opposée et a mis fin au processus d’adhésion qui avait débuté quelques années plus tôt.

Aujourd’hui, les forces politiques partageant la même orientation idéologique invoquent des menaces extérieures pesant sur la sécurité nationale – menaces qui, bien sûr, n’existeraient plus si l’Islande adhérait à l’UE – afin d’obtenir un résultat favorable lors du référendum du 29 août. Un vote en faveur de la réouverture des négociations avec Bruxelles aurait un poids considérable si un futur gouvernement conservateur – à l’issue des prochaines élections législatives de novembre 2028 – venait à privilégier la souveraineté, l’identité culturelle et le réalisme plutôt qu’une « intégration » qui conduirait à la perte de ces mêmes valeurs.

L’Islande n’est en aucun cas « déconnectée » de l’Union européenne, comme le laisse entendre le camp de gauche favorable à l’intégration. Même si, techniquement, elle ne fait pas partie de l’UE, l’Islande est néanmoins membre de l’Espace économique européen et fait partie de l’espace Schengen. L’absence d’adhésion de jure n’empêche en rien cette nation insulaire de faire partie de la grande famille européenne. En matière de défense, bien qu’elle ne dispose pas de ses propres forces armées, l’Islande est membre de l’OTAN depuis sa création et entretient des relations solides avec les États-Unis grâce à un accord bilatéral vieux de 75 ans. Une fois encore, l’Islande n’est en aucun cas isolée en matière de sécurité nationale.

La véritable question à laquelle les Islandais devront répondre dans quelques semaines est de savoir si l’adhésion à l’Union européenne, avec toutes ses implications, sert véritablement les intérêts du peuple et de la société islandais. Pourquoi Reykjavik serait-elle disposée à accepter les directives ou les réglementations imposées par Bruxelles et les grands États membres, ou encore le transfert de compétences qui aurait des répercussions sur des secteurs vitaux de l’économie islandaise, tels que la pêche ? Pourquoi l’Islande serait-elle prête à payer le prix de la perte de sa souveraineté ? L’un des principaux atouts de l’Islande réside dans le fait qu’en n’étant pas membre de l’Union européenne – en réalité, précisément grâce à ce statut –, elle a réussi à conserver le contrôle de ses propres politiques, qu’elles soient fiscales, économiques, de sécurité, etc. Cela ne serait plus possible si elle devenait membre de jure de l’Union européenne.

L’avertissement lancé par Guðrún Hafsteinsdóttir, chef de l’opposition, ne doit certainement pas être ignoré ; comme elle le souligne, la décision de rouvrir les négociations d’adhésion doit véritablement revenir au peuple islandais et ne pas être influencée par des forces et des pressions extérieures. D’après les sondages actuels, le scrutin du 29 août s’annonce très serré.