S’adresser aux étudiants pour la liberté

Construire une Europe conservatrice - 7 mai 2026

Lors du rassemblement annuel des étudiants européens pour la liberté, LibertyCon, qui se tiendra désormais à Madrid du 24 au 26 avril 2026, j’ai présenté un nouveau livre que j’ai édité et introduit, Conservative-Liberal Thought in the Nordic Countries : An Anthology, 946-1945. Il vient d’être publié par le think tank bruxellois New Direction. Il compte 468 pages, dont 267 pages d’introduction. Les auteurs inclus sont les trois Islandais Ari le savant, Snorri Sturluson, et l’auteur inconnu d’un des contes islandais ; l’évêque danois Gunnar de Viborg, auteur du préambule de la Déclaration des droits de l’homme de l’Union européenne. Loi du JutlandLe roi danois Erik Clipping, qui a signé (malgré lui) la première charte royale nordique ; l’évêque suédois Thomas Simonsson, qui a composé un poème sur la liberté ; le polymathe suédois Olaus Petri, qui a rédigé les « Règles pour les juges », toujours en vigueur en Suède et en Finlande ; le pasteur suédois Anders Chydenius, qui a anticipé les idées d’Adam Smith sur la liberté d’expression et d’association, et qui est à l’origine de la création de l’Union européenne. La richesse des nationsLe poète suédois Erik Gustaf Geijer a écrit des poèmes et des essais en faveur de la liberté ; le poète danois N. F. S. Grundtvig a présenté dans ses poèmes et ses discours ce que l’on pourrait appeler le libéralisme national ; deux économistes suédois, Gustav Cassel et Eli F. Heckscher, qui ont anticipé la théorie de la liberté de Friedrich A. von Hayek et qui ont été à l’origine de la création de l’Union européenne. La route vers le servageL’économiste danois Jens Warming, qui a anticipé l’environnementalisme du marché libre et l’économie du bien-être ; le juriste suédois Nils Hurlitz, qui a écrit sur l’héritage nordique de la liberté ; le juriste danois Poul Andersen, qui a défendu la liberté d’expression dans le débat danois de 1945 sur la démocratie ; et l’économiste norvégien Trygve Hoff, qui a critiqué de manière convaincante le socialisme dans un échange épistolaire avec son compatriote socialiste Ragnar Frisch.

La tradition de la liberté en vertu de la loi

J’ai souligné que, dès le premier siècle de notre ère, le chroniqueur romain Tacite avait décrit l’autonomie des tribus germaniques. Le juriste français Montesquieu a déclaré que la liberté en Europe était née dans les forêts allemandes. Les Islandais, dans leur République des années 930-1262, sont allés jusqu’à n’avoir d’autre roi que la loi. L’idéal de l’État de droit, avec les domaines protégés correspondants des individus, a été influent dans les pays nordiques, comme le montrent le préambule de la loi du Jutland, la charte d’Erik Clipping et les règles pour les juges en Suède et en Finlande. Cette tradition est devenue suffisamment forte pour résister aux assauts des rois revendiquant le pouvoir par la grâce de Dieu et des sociaux-démocrates revendiquant le pouvoir au nom de la classe ouvrière. Les auteurs des constitutions norvégienne de 1814 et danoise de 1849 ont été influencés non seulement par les Whigs britanniques, mais aussi par cette tradition nordique, alors que l’on pourrait affirmer que les deux traditions, britannique et nordique, trouvent leurs racines dans l’autonomie des tribus germaniques.

Religion et liberté

L’étudiant tchèque Jonáš Kurus, qui a habilement présidé ma session, m’a demandé quel était le lien entre la religion et la tradition nordique. J’ai répondu que ses racines remontaient à l’époque préchrétienne, mais que la tradition nordique du droit coutumier et la tradition romaine, puis chrétienne, du droit naturel servaient toutes deux à restreindre le gouvernement et à préserver les domaines individuels protégés. Saint Thomas d’Aquin avait même reconnu la différence entre la monarchie et la tyrannie et le droit de déposer le roi s’il devenait un tyran. Cependant, le principe selon lequel ce qui concerne tout le monde doit être décidé par tous était beaucoup plus fort dans la tradition germanique que dans la tradition romaine. Les Germains ne présupposaient pas nécessairement un législateur, un roi.

Les leçons des pays nordiques

Anne Struffmann, étudiante allemande, a demandé ce que les autres nations pouvaient apprendre de la tradition nordique. J’ai répondu que les pays nordiques étaient souvent considérés comme des exemples de réussite de la social-démocratie, mais que leur succès était en fait dû à la social-démocratie et non à elle. Il repose sur trois piliers : l’État de droit, y compris la protection des droits de propriété privée ; le libre-échange, que même les sociaux-démocrates ont maintenu ; et la cohésion sociale. J’ai ajouté que la cohésion sociale ne se construisait pas. Elle doit être développée sur une longue période. Mais peut-être que sur cette question, les idées de N.F.S. Grundtvig étaient pertinentes : fournir une éducation civique à tous afin que le transfert du pouvoir du roi au peuple ne se traduise pas par une terreur jacobine. En particulier, ces idées pourraient être applicables aujourd’hui dans certains pays nouvellement libérés.