L’Italie atteint avec cinq ans d’avance l’objectif fixé par l’UE en matière de décrochage scolaire

Essais - 12 avril 2026

Des réformes, des règles plus strictes et des investissements ciblés permettent de réduire le taux d’abandon scolaire à 8,2 %, mais des défis demeurent.

L’Italie a franchi une étape que peu de gens auraient prédite il y a quelques années : elle a atteint et dépassé l’objectif de l’Union européenne en matière d’abandon scolaire prématuré avec cinq ans d’avance. Selon les dernières statistiques nationales, le taux d’élèves quittant prématurément l’éducation et la formation est tombé à 8,2 % en 2025, bien en deçà de l’objectif de 9 % fixé par l’UE pour 2030.

Pour un pays longtemps associé à des faiblesses structurelles dans son système éducatif, le résultat marque un tournant remarquable. Le ministre de l’éducation, Giuseppe Valditara, l’a qualifié de « réussite exceptionnelle », soulignant qu’une combinaison de réformes politiques, d’investissements ciblés et d’une application plus stricte des lois sur la scolarité obligatoire sont les éléments moteurs de ces progrès.

Un déclin rapide et constant

Cette amélioration est encore plus frappante si on la compare à l’histoire récente. En 2020, l’Italie a largement manqué l’objectif européen précédent de 10 %, enregistrant un taux d’abandon de 14,2 %. À l’époque, ce chiffre soulignait les difficultés profondes rencontrées pour maintenir l’intérêt des élèves jusqu’à la fin de leurs études.

Pourtant, la tendance s’est inversée de manière spectaculaire depuis lors. Après avoir atteint 11,5 % en 2022, le taux est tombé à 10,5 % en 2023, puis à 9,8 % en 2024, avant d’atteindre le niveau actuel de 8,2 %. Cette baisse constante suggère que les interventions récentes ne sont pas seulement efficaces, mais qu’elles remodèlent aussi structurellement le système.

Plus remarquable encore est la performance de l’Italie par rapport à d’autres pays européens traditionnellement considérés comme des leaders dans le domaine de l’éducation. Si l’Italie s’est améliorée, plusieurs de ses pairs ont connu des reculs. L’Allemagne, par exemple, a enregistré un taux de 12,9 % en 2024, tandis que l’Estonie se situait à 11 %, le Danemark à 10,4 % et la Finlande à 9,6 %. Ce contraste souligne le leadership inattendu de l’Italie dans ce domaine.

Les politiques à l’origine du redressement

Le gouvernement attribue une grande partie de ces progrès à une série de réformes introduites ces dernières années. Parmi elles, les programmes « Agenda Sud » et « Agenda Nord », qui visent à moderniser les méthodes d’enseignement et à canaliser les ressources vers les régions les plus défavorisées du pays.

Tout aussi important est le « décret Caivano », qui a renforcé les réglementations relatives à la fréquentation scolaire et introduit des conséquences plus strictes en cas de non-respect des exigences en matière d’enseignement obligatoire. La combinaison d’incitations et de mesures d’application semble avoir produit des résultats tangibles, en particulier dans les régions historiquement touchées par des taux élevés d’abandon scolaire.

L’impact est particulièrement visible dans le sud de l’Italie. Pour la seule année scolaire 2024-2025, environ 8 000 élèves de la région de Campanie qui avaient abandonné leurs études ont été ramenés dans les salles de classe. Plus généralement, le Sud a connu une amélioration impressionnante : si l’on exclut les îles, la région enregistre aujourd’hui un taux moyen de décrochage scolaire de 8,4 %. La Campanie a réduit son taux de 19 % en 2020 à 9,7 %, tandis que la Calabre a enregistré une baisse encore plus spectaculaire, passant de 16,9 % à 6,5 %.

Ces chiffres suggèrent que des interventions ciblées peuvent produire des gains rapides lorsque les ressources et les politiques sont alignées de manière efficace.

Le défi persistant de l’intégration

Malgré ce succès global, tous les indicateurs ne sont pas positifs. L’un des défis les plus pressants reste le taux élevé d’abandon scolaire parmi les étudiants de nationalité étrangère, qui s’élevait à 26,2 % en 2025.

Bien qu’il s’agisse d’une amélioration par rapport aux 30,1 % de 2022, l’écart par rapport aux élèves italiens – dont le taux n’est que de 6,7 % – reste important. Cette disparité met en évidence les difficultés persistantes d’intégration des élèves immigrés dans le système éducatif, en particulier lorsque les barrières linguistiques et les facteurs socio-économiques entrent en jeu.

Le ministère de l’éducation a reconnu le problème et a commencé à mettre en œuvre des mesures ciblées. Celles-ci comprennent un investissement de plus de 13 millions d’euros destiné à renforcer l’enseignement de l’italien, ainsi que le déploiement de 1 000 enseignants spécialisés dans l’aide aux élèves nouvellement arrivés.

Si ces initiatives constituent un pas dans la bonne direction, combler le fossé nécessitera probablement des efforts soutenus et des solutions structurelles à long terme.

Des lacunes structurelles doivent encore être comblées

D’autres problèmes critiques persistent au-delà des chiffres globaux. Les données issues des évaluations nationales de l’éducation ont déjà mis en évidence d’importantes disparités régionales, les différences entre le nord et le sud de l’Italie restant évidentes malgré les progrès récents.

Des disparités entre les sexes subsistent également, les élèves de sexe masculin étant plus susceptibles de quitter l’école prématurément que leurs homologues de sexe féminin. En outre, on s’inquiète de plus en plus de ce que l’on appelle les « décrocheurs implicites », c’est-à-dire les élèves qui restent à l’école mais ne parviennent pas à acquérir les compétences de base.

En fait, près d’un élève sur dix arrivant en dernière année de lycée l’année dernière n’a pas atteint les normes minimales en italien, en mathématiques et en anglais. Si l’on y ajoute ceux qui quittent l’école prématurément, cette mesure plus large du désengagement éducatif représente toujours une part importante de la population étudiante.

Un succès à consolider

Les résultats obtenus par l’Italie en matière de réduction de l’abandon scolaire prématuré sont incontestablement significatifs et constituent un cas rare dans lequel le pays ne se contente pas de respecter les critères européens, mais les dépasse avant l’heure.

Cependant, le défi consiste maintenant à maintenir, voire à améliorer, ces résultats. Un investissement soutenu, une innovation politique continue et un accent plus marqué sur l’inclusion seront essentiels pour garantir que les progrès réalisés jusqu’à présent deviennent une caractéristique permanente du système éducatif italien plutôt qu’un succès temporaire.

En fin de compte, les bureaux vides qui symbolisaient autrefois un problème systémique sont de moins en moins fréquents. Il reste à s’assurer qu’ils disparaissent pour de bon.

 

Alessandro Fiorentino