Rome se joint à la France, à l’Espagne, aux Pays-Bas et à la Lituanie pour réclamer des protections plus fortes contre la concurrence déloyale, ce qui fait de l’Italie l’une des principales voix dans le débat sur la relance industrielle en Europe.
L’Union européenne entre dans une nouvelle phase de ses relations économiques avec la Chine, et l’Italie apparaît comme l’un des principaux défenseurs d’une stratégie industrielle européenne plus affirmée. Aux côtés de la France, de l’Espagne, de la Lituanie et des Pays-Bas, le gouvernement italien a officiellement demandé à Bruxelles de renforcer les instruments utilisés pour protéger le marché unique de l’UE contre la concurrence déloyale, la coercition économique et les pratiques commerciales agressives.
Cette initiative est le reflet d’un changement plus large qui s’opère dans toute l’Europe. Pendant des années, de nombreux États membres de l’UE ont abordé le commerce avec la Chine avec prudence, cherchant à trouver un équilibre entre la coopération économique et les préoccupations croissantes concernant la dépendance industrielle. Aujourd’hui, cependant, l’augmentation des déficits commerciaux, les fermetures d’usines et les craintes de désindustrialisation poussent plusieurs capitales européennes à adopter une approche plus stricte et plus stratégique.
Selon la proposition de sept pages diffusée à Bruxelles, certains des principaux partenaires commerciaux de l’UE abandonnent de plus en plus les principes du commerce multilatéral en introduisant de nouvelles barrières ou en créant une surcapacité industrielle structurelle. Le document souligne que l’industrie européenne a perdu environ un million d’emplois entre 2019 et 2025, une tendance qui a profondément alarmé les décideurs politiques.
Le rôle de l’Italie dans ce débat est particulièrement important. En tant que deuxième puissance manufacturière européenne après l’Allemagne, le pays a un intérêt direct à protéger les secteurs industriels stratégiques allant des composants automobiles et des machines à l’acier, aux produits chimiques et à la fabrication de pointe. Rome défend depuis longtemps l’importance du maintien d’une base industrielle solide, arguant que l’Europe ne peut se permettre de devenir excessivement dépendante des chaînes de production extérieures, en particulier dans les secteurs stratégiquement sensibles.
Le soutien du gouvernement italien au renforcement des défenses commerciales de l’UE reflète également les préoccupations croissantes concernant l’impact des exportations chinoises à bas prix sur les producteurs européens. La surcapacité industrielle chinoise, en particulier dans des secteurs tels que les véhicules électriques, les panneaux solaires, les batteries et l’acier, a généré une pression intense sur les entreprises européennes qui luttent déjà contre les prix élevés de l’énergie et les réglementations environnementales plus strictes.
Les cinq pays demandent donc à la Commission européenne de renforcer sa capacité à enquêter plus rapidement et plus efficacement sur les pratiques commerciales déloyales. L’une des propositions consiste à augmenter le personnel chargé de surveiller les cas de protectionnisme et de distorsion du marché. Une autre proposition permettrait à l’UE de lancer davantage d’enquêtes sectorielles en cas de crise industrielle.
Le document préconise également un recours plus large aux mesures de sauvegarde, parallèlement aux tarifs antidumping traditionnels. Ces mesures de sauvegarde pourraient être appliquées temporairement mais pour des périodes prolongées, ce qui donnerait aux industries européennes plus de temps pour s’adapter et se livrer à une concurrence loyale.
Pour l’Italie, cette approche n’est pas un simple protectionnisme défensif. Ses partisans affirment qu’il s’agit plutôt d’une tentative de rétablir une concurrence loyale au sein d’un système commercial mondial de plus en plus déséquilibré. Les fonctionnaires et les groupes industriels italiens soutiennent que les entreprises européennes sont souvent tenues de respecter des normes plus strictes en matière de travail, d’environnement et de réglementation, alors qu’elles sont en concurrence avec des importations produites dans des conditions très différentes.
L’un des aspects les plus techniques mais aussi les plus importants de la proposition concerne les règles destinées à empêcher les entreprises de contourner les droits de douane de l’UE. Selon le document, certains pays tiers utilisent des méthodes de plus en plus sophistiquées pour éviter les droits européens en modifiant légèrement les processus d’assemblage ou en réacheminant les composants via des marchés tiers.
Pour y remédier, les cinq pays proposent de relever le seuil d’exigence de valeur ajoutée locale de 25 à 40 % et d’abaisser la proportion acceptable de composants originaires des pays ciblés de 60 à 50 %. Ces ajustements peuvent sembler très techniques, mais ils pourraient renforcer considérablement la capacité de l’UE à empêcher l’évasion tarifaire.
Le soutien de l’Italie à ces mesures démontre que Rome est de plus en plus convaincue que l’Europe doit combiner ouverture et réalisme stratégique. Le gouvernement actuel a souligné à plusieurs reprises l’importance de la souveraineté économique, en particulier après que les récentes crises géopolitiques ont révélé les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement mondiales.
L’initiative est également importante sur le plan politique parce qu’elle inclut les Pays-Bas, qui sont traditionnellement l’une des économies européennes les plus libérales et les plus orientées vers le libre-échange. La participation des Pays-Bas montre que les préoccupations relatives à la concurrence déloyale et au déclin industriel ne se limitent plus aux pays du sud de l’Europe ou au modèle historiquement interventionniste de la France.
L’attention se tourne désormais vers l’Allemagne, dont l’économie entretient des liens étroits avec la Chine et qui a souvent adopté une approche plus prudente face aux tensions commerciales avec Pékin. La réaction de Berlin pourrait s’avérer décisive pour déterminer si l’UE adoptera finalement une stratégie de défense industrielle plus robuste.
Par ailleurs, les données économiques renforcent l’urgence du débat. Le déficit commercial de l’UE avec la Chine a atteint près de 360 milliards d’euros en 2025, marquant une nouvelle augmentation annuelle. En termes de volume, le déséquilibre a augmenté de manière spectaculaire, passant de 44,8 millions de tonnes en 2024 à 58,1 millions de tonnes en 2025, ce qui souligne l’ampleur de la dépendance croissante de l’Europe à l’égard des importations chinoises.
Pour l’Italie, le défi n’est donc pas seulement économique mais stratégique. La protection de l’industrie européenne est de plus en plus considérée comme essentielle pour préserver l’emploi, l’innovation et l’indépendance technologique. La décision de Rome de se placer à l’avant-garde de ce débat suggère que l’Italie a l’intention de jouer un rôle central dans l’élaboration d’un modèle économique européen plus résistant et plus compétitif dans les années à venir. 2015-2025, il deficit commerciale della Ue nei confronti della Cina è aumentato di oltre cinque volte (5,2 volte) in volume, mentre è più che raddoppiato in valore (2,4 volte).