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Le leadership pragmatique de l’Italie renforce la position de l’Europe sur le Mercosur et l’agriculture

Environnement - janvier 10, 2026

En conciliant libre-échange, protection des agriculteurs et développement durable, l’Italie s’impose comme une force constructive dans les négociations de l’UE

Alors que l’Union européenne se rapproche de la finalisation de l’accord de libre-échange avec le Mercosur, longtemps débattu, le rôle de l’Italie dans les négociations se distingue par son pragmatisme, son équilibre et sa vision à long terme. Avec la France, l’Italie a demandé à la Commission européenne d’exempter les engrais importés du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’UE. Cette demande ne vise pas à affaiblir l’ambition environnementale, mais à préserver la compétitivité et la stabilité de l’agriculture européenne au cours d’une phase de transition délicate.

La discussion sur l’accord UE-Mercosur, confirmée par la présidence chypriote du Conseil de l’UE, intervient à un moment critique pour les agriculteurs européens. Le secteur agricole est confronté à des pressions croissantes : volatilité des prix des produits de base, chocs climatiques, augmentation des coûts de production et complexité croissante de la réglementation. Dans ce contexte, l’Italie a toujours défendu une approche qui associe l’ouverture au commerce mondial à des garanties concrètes pour les personnes les plus exposées à ses conséquences.

La proposition d’exonérer les engrais de la taxe carbone aux frontières reflète cet état d’esprit constructif. Les engrais sont essentiels au maintien de la fertilité des sols, au rendement des cultures et, en fin de compte, à la sécurité alimentaire. Pourtant, leur production est gourmande en énergie et, en vertu des règles du CBAM, les importations deviendraient nettement plus onéreuses. La France estime que l’augmentation des prix pourrait atteindre 25 %, une charge qui pèserait directement sur les agriculteurs dont les marges sont déjà minces. Le soutien de l’Italie en faveur d’une exemption temporaire ou d’une suspension n’est donc pas un recul par rapport à la politique climatique, mais un effort responsable pour prévenir les chocs économiques involontaires qui pourraient miner la résilience du secteur agricole.

Il est important de noter que l’Italie n’a pas remis en question la validité globale du CBAM. Au contraire, les autorités italiennes reconnaissent son rôle en tant qu’instrument clé pour prévenir les fuites de carbone et garantir une concurrence loyale avec les pays tiers. Ce que l’Italie préconise, c’est la proportionnalité et le calendrier : donner aux agriculteurs et aux chaînes d’approvisionnement la marge de manœuvre nécessaire pour s’adapter, tout en maintenant la pression sur les importations à fortes émissions à moyen et long terme. Cette position nuancée renforce, plutôt qu’elle n’affaiblit, la crédibilité de l’action de l’UE en matière de climat.

La position de l’Italie a également été cohérente avec les mesures européennes plus larges conçues pour accompagner l’accord du Mercosur. La réunion extraordinaire des ministres de l’agriculture de l’UE a débouché sur des engagements concrets : une aide au revenu stable pour les agriculteurs, une réduction des droits de douane sur les engrais, des contrôles plus stricts sur les produits importés et des garanties plus solides en matière de normes. L’allocation de près de 294 milliards d’euros dans le cadre de plans de partenariat nationaux et régionaux, la constitution d’une réserve de crise de 6,3 milliards d’euros et l’augmentation du financement du développement rural montrent que l’Union européenne prend au sérieux les préoccupations des agriculteurs. L’Italie s’est félicitée de ces mesures qui prouvent que la libéralisation des échanges peut et doit aller de pair avec la protection sociale et économique.

Du point de vue de Rome, l’accord avec le Mercosur représente une opportunité stratégique. Comme l’a souligné le ministre des affaires étrangères Antonio Tajani, l’accord créerait une zone de libre-échange englobant près de 800 millions de personnes, renforçant l’influence économique mondiale de l’UE et diversifiant ses partenariats commerciaux en cette période d’incertitude géopolitique. L’Italie a toujours soutenu la conclusion de l’accord, tout en insistant sur l’existence de garanties solides pour les secteurs sensibles. Cette cohérence a renforcé la crédibilité de l’Italie en tant que médiateur entre les partisans du libre-échange et les États membres plus prudents.

L’attention portée par l’Italie à la qualité et aux normes est tout aussi importante. Les institutions et les organisations agricoles italiennes ont souligné la nécessité de contrôles douaniers efficaces pour s’assurer que les produits importés respectent les règles de l’UE en matière de sécurité alimentaire, de protection de l’environnement et de substances interdites. Cette attention reflète une longue tradition italienne de défense d’une agriculture de qualité et à valeur ajoutée, non pas par le protectionnisme, mais par des règles équitables et une mise en œuvre transparente.

Le débat sur les engrais met également en évidence le réalisme de l’Italie. Étant donné qu’environ 50 % des engrais de l’UE proviennent de pays tiers et que les stocks actuels ne couvrent qu’environ 60 % des besoins de l’année prochaine, une augmentation soudaine des coûts pourrait perturber les chaînes d’approvisionnement et menacer la production alimentaire. En demandant la suspension temporaire des effets du CBAM sur les engrais et la suppression des droits d’importation, l’Italie contribue à stabiliser le marché pendant que des solutions plus larges – telles qu’une production nationale plus verte et des intrants alternatifs – sont développées.

À une époque où les débats sont polarisés, la conduite de l’Italie dans les négociations du Mercosur offre un exemple positif de leadership européen. Elle montre qu’il est possible de concilier responsabilité environnementale, compétitivité économique et cohésion sociale. Plutôt que de s’opposer au changement, l’Italie le façonne, en veillant à ce que les ambitions écologiques et commerciales de l’Europe restent ancrées dans les réalités de ceux qui nourrissent le continent.

 

Alessandro Fiorentino