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Meloni fixe l’ordre du jour : L’Europe passe à la vitesse supérieure en matière d’immigration et de sécurité

Politique - février 14, 2026

Il arrive un moment où la politique cesse de courir après les gros titres et commence à écrire les règles du jeu. Ces dernières semaines, sur le dossier qui a le plus fait bouger les votes, les gouvernements et les majorités à travers l’Union, à savoir l’immigration et la sécurité, ce tournant a un nom et une méthode : Giorgia Meloni. Non pas parce que l’Italie, à elle seule, peut « commander » Bruxelles. Mais parce que la ligne que Rome martèle depuis deux ans – contrôle des frontières, accélération des procédures, coopération avec les pays tiers, dissuasion des passeurs et lien explicite entre la gestion des migrations et l’ordre public – est effectivement devenue la direction vers laquelle le centre de gravité de l’Europe est en train de se réorienter.

La preuve la plus claire est venue du Parlement européen. Début février 2026, les eurodéputés ont approuvé la création d’une première liste européenne de « pays d’origine sûrs » et de nouvelles règles sur le concept de « pays tiers sûr », avec un large soutien et une division politique révélatrice : le Parti populaire européen, les conservateurs (ECR) et d’autres forces de centre droit ont formé une masse critique face à la résistance d’une partie des socialistes et des libéraux. Parallèlement, la Commission a salué ces mesures comme un avant-goût opérationnel du pacte sur les migrations et l’asile, qui devrait s’appliquer pleinement à partir de juin 2026. En clair, l’Europe se dote d’outils plus rapides et plus rigoureux : L’Europe se dote d’outils plus rapides et plus rigoureux pour examiner les demandes, gérer les frontières et rendre les retours crédibles. Et c’est exactement ce que Mme Meloni a exigé dès le départ, alors que de nombreuses personnes – en particulier dans les salons des médias – ont rejeté son programme en le qualifiant de simple propagande. Aujourd’hui, ces mêmes mots-clés sont devenus le vocabulaire institutionnel : « sécurité », « inadmissibilité », « pays sûrs », « externalisation », « accords bilatéraux », « procédures accélérées ».

Il ne s’agit pas d’un simple ajustement technique. Il s’agit d’un changement de philosophie politique, et donc de souveraineté. Pendant des années, le discours dominant a traité l’immigration irrégulière comme une fatalité : un phénomène à gérer avec une « solidarité » interne et quelques ajustements de procédure, tout en évitant soigneusement le point décisif – le contrôle effectif de l’entrée. Le résultat était paradoxal : plus de règles, moins de contrôle ; plus de rhétorique humanitaire, plus de commerce criminel le long de la route méditerranéenne. Le « modèle » implicite était celui de l’urgence permanente, utile à de nombreuses bureaucraties et à de nombreuses ONG, mais dévastateur pour les citoyens européens, en particulier dans les quartiers où la pression migratoire se traduit par des tensions sociales, de la petite délinquance et une perception croissante de l’insécurité.

Meloni a brisé ce paradoxe. Si l’État ne décide pas qui entre et à quelles conditions, il ne protège ni ses citoyens ni les migrants qui ont véritablement droit à une protection. Il protège au contraire les trafiquants. Et lorsque la politique cesse de parler des trafiquants pour ne parler que d' »accueil », elle finit par servir ceux qui monnayent le chaos. C’est pourquoi l’initiative européenne concernant les « pays sûrs » est politiquement si importante. La liste européenne des pays d’origine considérés comme sûrs et les nouvelles règles élargissant l’utilisation du concept de « pays tiers sûr » ont un objectif clair : réduire l’utilisation abusive de l’asile comme raccourci pour la migration économique irrégulière, en accélérant les procédures et en facilitant la déclaration d’irrecevabilité d’une demande lorsqu’il existe une alternative concrète de protection dans un autre pays.

Les critiques parlent de « démantèlement » du droit d’asile ; en réalité, il s’agit d’une tentative de le sauver de l’inflation : si tout devient asile, alors rien n’est asile. Et un système de protection sans frontières est destiné à perdre le consentement politique, jusqu’à ce qu’il explose.

Le point crucial est que cette ligne n’est pas née dans un laboratoire bruxellois. Elle est née de la pression concrète exercée par les pays de la ligne de front, comme l’Italie, et de la décision de Meloni de transformer un problème national en une bataille européenne. Ce n’est pas un hasard si, selon de nombreux observateurs internationaux, les récentes mesures prises par l’Europe « ouvrent la porte » à des solutions novatrices qui ressemblent beaucoup à la tentative de l’Italie d’externaliser une partie de la gestion vers des pays tiers, comme le protocole avec l’Albanie.

Ceux qui contestent ces solutions invoquent généralement deux arguments. Le premier : les pays qualifiés de « sûrs » ne le sont pas vraiment pour tout le monde. C’est une objection sérieuse, mais elle n’efface pas le nœud central : tout système d’asile a besoin d’un seuil opérationnel, sinon il s’effondre. Il est révélateur que même le Parlement européen ait choisi d’aller de l’avant, pleinement conscient que les droits et les garanties deviendront un motif de litige et d’examen judiciaire.

Deuxième argument : ces politiques « n’empêchent pas les départs ». Là encore, la réalité est plus complexe qu’un slogan. La dissuasion n’est pas un interrupteur, c’est un équilibre entre les contrôles, les retours, les accords avec les pays de transit et le démantèlement des réseaux criminels. Si l’un de ces éléments fait défaut, le système perd sa crédibilité. Et l’Europe, aujourd’hui, tente précisément de construire cette architecture.

La dimension sécuritaire est le deuxième pilier de la « victoire Meloni ». Car le virage de l’Europe ne concerne pas seulement l’asile : il concerne le principe politiquement explosif selon lequel l’immigration irrégulière est aussi une question d’ordre public et de sécurité nationale. Non pas au sens caricatural du « tout le monde est dangereux », mais au sens institutionnel : des entrées incontrôlées signifient des identités non vérifiées, une vulnérabilité à l’infiltration criminelle, une pression sur les périphéries et un stress sur les forces de police et les systèmes d’aide sociale. C’est l’ABC de tout État sérieux. Et c’est précisément sur cette ligne de crête qu’en Italie, le gouvernement a cédé de manière forte : le Conseil des ministres a approuvé un nouveau paquet immigration qui comprend des pouvoirs permettant d’imposer une forme de « blocus naval » dans des situations de pression exceptionnelle ou de menaces pour la sécurité, ainsi que des sanctions et des mesures contre ceux qui violent les interdictions dans les eaux territoriales.

Ce qui importe ici, ce n’est pas seulement la valeur technique de la mesure – qui passera par le Parlement italien et sera inévitablement contestée – mais le message politique : l’État recommence à revendiquer le contrôle des frontières comme une prérogative de souveraineté, sans complexe et sans s’excuser.

En bref : Mme Meloni a compris plus tôt que d’autres que la bataille de l’Europe sur l’immigration se gagne en modifiant les règles. Elle s’est efforcée de normaliser des concepts qui, jusqu’à récemment, étaient tabous : accords avec des pays tiers, centres situés en dehors de l’UE, listes de « sécurité », élargissement de l’interdiction de territoire, accélération des procédures. Aujourd’hui, ces mots figurent dans les lois votées, les communications de la Commission et les chroniques parlementaires européennes.

Bien entendu, toute « victoire » est relative et provisoire. La question décisive reste ouverte : l’exécution. L’histoire européenne est pleine de pactes ambitieux laissés inachevés par l’inertie administrative, les résistances nationales ou les litiges juridiques. En matière de migration, les frictions seront maximales, car la tension entre contrôle et garanties produit inévitablement des recours, des jugements et des limites à la mise en œuvre. De plus, la crédibilité des retours dépendra de la capacité à conclure des accords efficaces avec les pays d’origine et de transit et de la volonté politique de les appliquer. Il ne suffit pas de dire « pays sûr » pour mettre en place un vol de retour. Mais la politique, c’est d’abord et avant tout une orientation. Et la direction de l’Europe a changé. Elle a changé parce que les gouvernements, y compris ceux qui ne sont pas « souverainistes », ont compris que sans contrôle des frontières, l’Union ne tient pas, ni socialement ni politiquement. Et elle a changé parce qu’un dirigeant italien, dont le profil était autrefois considéré comme « périphérique » à Bruxelles, a fait de l’Italie un pays qui absorbe les décisions et qui les façonne.

Telle est la substance de la « victoire » de Meloni en Europe : un renversement culturel. L’immigration n’est plus un sujet de moralisme automatique, c’est une affaire de gouvernement. Et gouverner, c’est choisir, filtrer, renvoyer, prévenir, défendre. La sécurité redevient ce qu’elle a toujours été : la condition de la liberté. Le dernier paradoxe est que ce virage pourrait sauver, à moyen terme, l’idée européenne elle-même. Car l’Union peut presque tout se permettre, sauf d’apparaître impuissante. Une Europe qui prouve qu’elle peut décider des frontières et protéger ses citoyens retrouve sa légitimité. Et si aujourd’hui Strasbourg et Bruxelles parlent avec plus de réalisme de procédures accélérées, de « pays sûrs » et de coopération extérieure, c’est parce que Rome a insisté, négocié, poussé jusqu’à ce que la prudence des autres se transforme en nécessité.

Meloni n’a pas « européanisé » l’Italie : elle a italianisé le débat européen, en le ramenant sur le terrain du concret. Et c’est sur ce terrain – que ses détracteurs le veuillent ou non – que la politique européenne sera jugée dans les années à venir.