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Culture - janvier 13, 2026

L’historien suédois Johan Norberg a écrit un récit fascinant sur sept civilisations, intitulé Peak Human : What We Can Learn from the Rise and Fall of Golden Ages (Le sommet de l’humanité : ce que nous pouvons apprendre de la montée et de la chute des âges d’or). Ses âges d’or sont les suivants : Athènes après la victoire sur les Perses à Salamine en 480 avant J.-C. ; la République romaine et le début de l’Empire ; le califat abbasside (750-1258) dans ce qui est aujourd’hui le Moyen-Orient ; l’ère de la dynastie Song (960-1279) en Chine ; la Renaissance italienne ; la République hollandaise ; et l’anglosphère depuis la révolution industrielle.

Ouvert, tolérant, décentralisé

Les sept âges d’or de Norberg étaient tous ouverts et tolérants, et décentralisés, soit parce que le pouvoir était divisé entre plusieurs institutions, soit parce que les dirigeants choisissaient de se restreindre. Cela permettait aux individus d’apprendre par l’imitation et l’innovation. Cela signifie également que le système lui-même était corrigible, qu’il se réinventait constamment et s’adaptait aux nouvelles circonstances. Le récit de Norberg est convaincant. Il en va de même pour ses explications de la fin des six civilisations déchues : elles ont été vaincues soit par d’autres, soit par elles-mêmes, soit les deux. Athènes a été conquise par les rois macédoniens. L’Empire romain a lentement décliné, notamment après que l’empereur Dioclétien eut imposé, en 301 après J.-C., un contrôle strict des prix pour lutter contre l’inflation qu’il avait lui-même provoquée en dépréciant la monnaie. Le califat abbasside, la dynastie des Song et la Renaissance ont tous été détruits ou affectés par les invasions mongoles. Le philosophe libéral (classique) Tom G. Palmer a d’ailleurs ironisé : « La leçon de l’histoire est la suivante : ne vous laissez pas envahir par les Mongols ». D’autre part, la République néerlandaise, menacée par des voisins hostiles, s’est progressivement transformée en une monarchie peu libérale.

Exemples intrigants et phrases heureuses

Norberg fournit de nombreux exemples fascinants pour illustrer son récit. L’un d’entre eux est le contraste entre la Chine du quinzième siècle et l’Europe. En Chine, le pouvoir a toujours été détenu par une seule personne dans un seul État. Les empereurs Song étaient libéraux et tolérants, ce qui n’était pas le cas des empereurs Ming. Lorsqu’un empereur Ming a décidé en 1433 d’abandonner toute exploration à l’étranger, c’était fini. Même si Christophe Colomb a passé vingt ans à chercher un sponsor, refusé par les rois du Portugal, de France et d’Angleterre, il en a finalement trouvé un en la personne d’Isabelle et de Ferdinand d’Espagne, grâce auxquels il a découvert l’Amérique en 1492. La fragmentation du pouvoir en Europe signifiait qu’il n’y avait pas de décision finale sur quoi que ce soit ; il y avait toujours la possibilité de faire appel. Le livre de Norberg regorge d’anecdotes révélatrices et de citations pertinentes, tout en apportant lui-même quelques phrases heureuses : Nous, les êtres humains, nous avons deux configurations de base : nous sommes des commerçants et nous sommes des tribalistes. – L’histoire est plus qu’une scène de crime. C’est aussi le lieu où ont été développées les idées qui ont aidé l’humanité à identifier que quelque chose est un crime, et comment en sortir. – Rome n’était plus un empire avec une armée, mais une armée avec un empire. – Le plus important dans la révolution industrielle, c’est qu’elle ne s’est pas essoufflée.

Pas de taxation sans représentation

Si le récit de Norberg est généralement fiable, pour autant que je puisse en juger (et j’en savais très peu à l’avance sur le califat abbasside et la dynastie Song), je m’inscris en faux contre son idée selon laquelle la Glorieuse Révolution de 1688 était principalement un projet néerlandais. Norberg soutient que la vénérable maxime « Pas de taxation sans représentation », qui a également inspiré les révolutionnaires américains, peut être dérivée du droit romain par l’intermédiaire du philosophe juridique néerlandais Hugo Grotius. Il est vrai que le Digeste de Justinien contient une règle, Quod omnes similiter tangit, ab omnibus comprobetur, Ce qui touche tout le monde doit être approuvé par tous. Mais dans le Digeste, ce principe n’était pas présenté comme un principe général. Il s’appliquait, comme le note Norberg, au cas particulier de la cessation de la tutelle conjointe de plusieurs tuteurs, à laquelle ils devaient tous consentir. Par la suite, cette règle a souvent été interprétée de manière plus large comme imposant au prince de consulter ses sujets sur les nouvelles lois. Mais cette interprétation était très différente de l’idée germanique ancienne de la loi, telle qu’elle se développait à travers les délibérations des assemblées populaires, qui ne présupposaient pas nécessairement l’existence d’un prince. Les deux idées principales à l’origine de la révolution de 1688 en Angleterre et de la révolution de 1776 en Amérique du Nord, le gouvernement par consentement et le droit de rébellion, étaient beaucoup plus fortement formulées dans la tradition juridique germanique que dans le droit romain, où le prince était considéré comme un législateur, censé consulter ses sujets, mais pas nécessairement respecter leurs lois. En effet, dans le Digeste, on peut lire :  » Quod placuit principi, habi, habi, habi, habi, habi », Quod placuit principi, habet vigorem legisCe qui plaît au prince a force de loi. Je dirais donc que la démocratie représentative moderne trouve son origine dans les deux idées germaniques du gouvernement par consentement et du droit de rébellion, plutôt que dans le droit romain.