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La France s’apprête à interdire les médias sociaux aux enfants. Plus de questions que de réponses

Juridique - février 2, 2026

La France est sur le point de devenir le premier pays d’Europe – et le deuxième au monde, après l’Australie – à interdire légalement aux enfants de moins de 15 ans d’avoir un compte ou d’utiliser les médias sociaux. Après le vote massif de l’Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, il y a quelques jours, lorsque 116 députés ont voté en faveur de cet amendement, l’opinion publique attend le résultat du vote au Sénat, qui aura lieu dans le courant du mois de février. Selon le gouvernement et le président Macron, qui comptent parmi les plus fervents défenseurs de ce projet de loi, l’objectif est que l’interdiction soit opérationnelle dès la rentrée scolaire prochaine et que le processus de vérification de l’âge des utilisateurs soit achevé d’ici la fin de l’année 2026. En ce qui concerne les règles d’application de la loi, rien de précis n’a encore été annoncé, ce qui signifie que les craintes d’un contrôle accru de l’État sur la vie privée sont loin d’être infondées.

Interdire l’accès aux médias sociaux est-il une mesure qui devrait ramener les enfants dans le droit chemin, à une époque où l’addiction à la technologie et la « socialisation » permanente sont une réalité de plus en plus évidente et effrayante ? Un nombre important de personnes sont d’accord avec cette idée.

Il est certain que presque tous les parents sont convaincus que c’est le seul moyen qui reste à leurs enfants pour qu’ils cessent de gâcher leur enfance en restant assis pendant des heures devant des écrans qui asservissent leur esprit et les conduisent à l’isolement et à l’anxiété. Aucun enfant ne peut se développer émotionnellement et cognitivement s’il remplace les expériences réelles par des interactions en ligne. C’est peut-être une tautologie, mais elle n’en est pas moins terrifiante.

D’une part, nous sommes confrontés à l’une des préoccupations les plus graves de notre époque, l’utilisation excessive et autodestructrice des médias sociaux par les enfants, et d’autre part, l’intervention des législateurs pour réglementer une situation qui aurait dû rester sous la responsabilité des parents. Il n’en reste pas moins vrai que les parents ne semblent pas disposer d’outils ou d’arguments suffisants pour persuader leurs propres enfants d’utiliser les médias sociaux à bon escient. Bref, les parents ne font pas leur travail de parents, auquel cas l’État (en l’occurrence l’État français) intervient et impose une interdiction quasi-totale. Il ne fait aucun doute que les choses sont allées trop loin en termes d’interaction virtuelle par le biais de ces « réseaux sociaux ». Il est également légitime de s’inquiéter du fait que l’État semble profiter d’une situation qui nécessite une solution urgente pour étendre son contrôle sur la société.

Tant que les détails techniques de la mise en œuvre de la loi ne sont pas connus du grand public, la crainte d’une partie de la société concernant un contrôle accru des communications en ligne et l’application d’une censure plus stricte est justifiée. Certaines voix s’élèvent pour dire que la vérification de l’âge sera effectuée par un tiers, autre que les institutions publiques ou les réseaux sociaux. Ce troisième « acteur » confirmera l’âge de l’utilisateur en utilisant la reconnaissance faciale ou en analysant les données de la carte d’identité, puis supprimera complètement toutes les informations personnelles. Jusqu’ici, tout va bien, n’est-ce pas ? Si c’est le cas, nous n’avons rien à craindre, n’est-ce pas ?

Mais comment le savoir ? Comment pouvons-nous être sûrs que, sous le couvert de ce besoin pressant, toute cette entreprise n’est pas le début d’une autre forme de contrôle quasi-totalitaire, bien plus dangereuse ? Comment savoir si ce n’est pas le gouvernement qui jouera le rôle principal en contrôlant l’ensemble du processus de vérification de l’identité des utilisateurs, alimentant ainsi les craintes sur les motivations cachées de ce projet de loi ?

D’autre part, comment savoir si cette interdiction ne poussera pas les personnes concernées à trouver d’autres moyens pour continuer à accéder aux médias sociaux ? C’est un scénario plausible, qui s’est déjà produit dans l’histoire récente.

La France sera très probablement suivie par d’autres pays européens qui chercheront à restreindre sévèrement l’accès des enfants aux médias sociaux. Une nouvelle boîte de Pandore a-t-elle été ouverte au niveau européen ?