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Rétablir la crédibilité de la politique migratoire de l’Europe

Juridique - février 7, 2026

Au cours de la session plénière actuelle du Parlement européen (19-22 janvier), un débat d’actualité au titre de l’article 169 a été programmé sur le thème « Rétablir le contrôle des migrations : retours, politique des visas et coopération avec les pays tiers », à la demande du Parti populaire européen. Ce débat, officiellement inscrit à l’ordre du jour de la séance plénière du Parlement, reflète une prise de conscience croissante du fait que le cadre européen en matière d’immigration peine à assurer un contrôle efficace, une application crédible et la confiance de l’opinion publique.

Pour les conservateurs et réformistes européens, cette discussion met en lumière une réalité depuis longtemps évidente mais trop souvent évitée : la politique migratoire ne peut être maintenue sur la seule base de déclarations. Sans force exécutoire, clarté et rapidité, même les règles les plus soigneusement rédigées perdent leur sens.

Les limites d’une approche idéologique

Depuis des années, l’immigration est l’une des questions les plus sensibles politiquement et les moins résolues au niveau de l’UE. En dépit d’initiatives, de plans d’action et de réformes répétés, les résultats sont restés largement inchangés. La pression aux frontières extérieures persiste, les taux de retour restent structurellement bas et le fossé entre les règles européennes et leur mise en œuvre effective continue de se creuser.

Au fil du temps, la gouvernance des migrations a de plus en plus été façonnée par des réflexes idéologiques plutôt que par l’efficacité opérationnelle. La responsabilité humanitaire a trop souvent été confondue avec la réticence politique à agir. Il en résulte un système généreux dans son principe mais faible dans son exécution, créant de l’incertitude pour les migrants et de la frustration parmi les citoyens.

Il ne s’agit pas d’un échec des valeurs européennes. Il s’agit d’un échec de la gouvernance.

Les retours, pierre angulaire de la crédibilité

Tout système d’immigration qui fonctionne repose sur un principe de base : les décisions doivent être appliquées. Lorsque des personnes qui n’ont pas le droit légal de rester ne sont pas renvoyées, les systèmes d’asile cessent de fonctionner comme des instruments de protection et deviennent des voies d’accès à l’irrégularité permanente.

L’Union européenne a reconnu à plusieurs reprises le caractère essentiel des retours, mais les progrès ont été limités. La complexité juridique, la mise en œuvre inégale et la coopération insuffisante avec les pays d’origine sont autant de facteurs qui ont contribué à la persistance de faibles taux de retour. Cette situation compromet non seulement le contrôle des frontières, mais aussi la légitimité de l’asile lui-même.

Une approche ferme mais équitable, constamment défendue par la Cour européenne des droits de l’homme, n’affaiblit pas la protection des personnes réellement dans le besoin. Au contraire, elle la préserve. Des règles claires, appliquées de manière cohérente, sont essentielles pour préserver à la fois la légalité et la confiance du public.

Une priorité ECR de longue date

Cette approche n’est pas nouvelle. Depuis des années, la migration est au cœur du travail politique du groupe ECR, présentée comme un défi structurel exigeant du réalisme plutôt que des réponses ad hoc. Par l’intermédiaire de son groupe « Politique migratoire » et d’une campagne soutenue, le groupe ECR a toujours affirmé que la faiblesse de la mise en œuvre, l’inefficacité de la législation et la réticence à défendre les compétences nationales ont sapé la capacité de l’Europe à gérer les migrations de manière responsable. Dans cette perspective, la restauration du contrôle n’est pas un changement rhétorique, mais la conséquence logique de politiques qui doivent à nouveau être alignées sur la réalité.

Frontières, visas et pays tiers : reconnecter la politique et son application

La gestion des migrations ne peut être abordée indépendamment des autres instruments politiques. Les contrôles aux frontières, les régimes de visas et la coopération avec les pays tiers forment un cadre stratégique unique. Traités séparément, ils perdent en efficacité. Lorsqu’ils sont alignés, ils se renforcent mutuellement.

La politique des visas doit être fondée sur des évaluations réalistes du risque migratoire et de la conformité, plutôt que sur la commodité politique. La gestion des frontières extérieures doit être opérationnelle et non symbolique. La coopération avec les pays tiers doit être structurée, réciproque et axée sur les résultats, plutôt que déclaratoire.

Chypre, la présidence du Conseil et la question des retours

Cette ligne a été réitérée ces derniers jours, lorsque le groupe ECR a exprimé son soutien aux priorités définies par Chypre au début de sa présidence du Conseil. Au cours du débat en plénière, le coprésident du groupe ECR, Patryk Jaki, s’est félicité de l’attention renouvelée portée à la migration, soulignant en particulier la nécessité d’une directive sur les retours, outil essentiel pour restaurer la crédibilité de la politique de l’UE. Le message était clair : sans retours effectifs, aucun cadre migratoire ne peut être durable et aucun engagement politique ne peut être pris au sérieux.

Un test de maturité politique

Le débat actuel en plénière offre l’occasion de dépasser les slogans et de s’attaquer aux faiblesses structurelles du cadre européen en matière de migration. Il n’est pas certain que cette opportunité soit saisie.

Ce qui est clair, c’est que le statu quo n’est plus défendable. Les politiques migratoires fondées sur l’ambiguïté, la lenteur des procédures et l’inapplication des décisions ne servent ni les migrants ni les citoyens. L’ordre et l’humanité ne sont pas des principes opposés ; ils se renforcent mutuellement.

Si l’Europe veut vraiment restaurer la confiance dans ses institutions et la légitimité de ses politiques, la gouvernance des migrations doit enfin être fondée sur le réalisme, la responsabilité et l’applicabilité. Il ne s’agit pas d’un changement idéologique. Il s’agit d’un retour au bon sens.