L’Europe en quête d’une troisième voie : de l’IA et des réseaux sociaux à une nouvelle alliance avec le Canada

Politique - 18 septembre 2026

Le discours sur l’état de l’Union de Mme von der Leyen présente les grandes lignes d’une Union européenne plus affirmée, alliant des règles plus strictes en matière de technologie, de résilience climatique et de défense à une proposition sans précédent visant à faire du Canada le premier « membre associé » de l’Union.

La réponse de l’Europe à un ordre international de plus en plus instable pourrait n’être ni l’isolement ni la dépendance, mais une forme plus ambitieuse d’autonomie stratégique. Tel était le fil conducteur du discours sur l’état de l’Union prononcé mercredi à Strasbourg par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, alors qu’elle présentait des initiatives allant de l’intelligence artificielle et de l’accès des enfants aux réseaux sociaux à l’adaptation au changement climatique, en passant par la sécurité et une nouvelle relation potentiellement historique avec le Canada.

Ce discours dépeignait une Union européenne cherchant à exercer un contrôle accru sur les forces qui remodèlent son économie et sa sécurité. La technologie en constituait sans doute l’exemple le plus frappant. Plutôt que de considérer l’intelligence artificielle comme une simple course au développement des modèles les plus puissants, Mme von der Leyen a fait valoir que l’Europe devait s’attacher à tirer de l’IA une valeur économique et sociale tout en préservant le contrôle humain.

La présidente de la Commission a cité des secteurs tels que la santé, l’industrie manufacturière et l’agriculture comme des domaines dans lesquels l’Europe pourrait tirer parti de l’IA pour en faire un avantage concurrentiel. Elle a toutefois mis l’accent sur l’augmentation des capacités plutôt que sur le remplacement : les machines devraient améliorer la prise de décision humaine au lieu d’en exclure les personnes. Elle a appelé à une IA capable de générer davantage de valeur tout en réduisant les coûts et la consommation d’énergie, tout en préservant ce qu’elle a qualifié d’« autonomie humaine ».

Cette approche explique également la détermination de Bruxelles à réglementer cette technologie. La loi européenne sur l’IA reste au cœur de son cadre réglementaire, mais Mme von der Leyen souhaite désormais renforcer la coopération internationale face aux risques posés par des systèmes de plus en plus performants. Le Canada et le Royaume-Uni ont été identifiés comme des partenaires potentiels pour l’élaboration d’approches communes en matière de sécurité de l’IA et d’évaluation des modèles.

C’est cette même philosophie — allier innovation et mesures de protection — qui sous-tend l’une des propositions les plus importantes sur le plan politique de ce discours : un renforcement des restrictions concernant l’utilisation des réseaux sociaux par les mineurs.

Selon le projet présenté à Strasbourg, les enfants de moins de 13 ans ne pourraient pas disposer de comptes sur les réseaux sociaux. Les jeunes âgés de 13 à 15 ans n’y auraient accès que par le biais de comptes soumis à des restrictions et placés sous la surveillance parentale, tandis que les plateformes auraient des obligations supplémentaires afin d’offrir un environnement plus sûr aux utilisateurs âgés de 15 à 18 ans. Cette proposition fait suite à plusieurs mois de débats sur la conception addictive des plateformes, la vérification de l’âge et l’exposition des enfants à des contenus préjudiciables.

Le programme de Mme von der Leyen allait bien au-delà de l’économie numérique. Après un nouvel été européen exceptionnellement chaud, la Commission propose un plan européen de lutte contre les vagues de chaleur, ainsi qu’une alliance pour l’assurance climatique. Cette dernière vise à remédier à une vulnérabilité croissante : seul un quart environ des pertes liées aux catastrophes en Europe est actuellement couvert par les assurances privées, ce qui expose de plus en plus les gouvernements lorsque des phénomènes météorologiques extrêmes provoquent des dégâts importants.

La sécurité, quant à elle, est en passe de devenir un autre domaine dans lequel Bruxelles souhaite renforcer la coordination européenne. Mme von der Leyen a annoncé son intention d’élaborer une stratégie européenne de sécurité s’inspirant en partie du mécanisme de consultation de l’OTAN, en vertu duquel les alliés peuvent se réunir lorsqu’un membre estime que sa sécurité ou son intégrité territoriale est menacée.

Pourtant, la proposition la plus atypique concernait un pays situé hors d’Europe.

En présence du Premier ministre canadien Mark Carney, invité d’honneur de la session de Strasbourg, Mme von der Leyen a proposé de faire du Canada le premier « membre associé » de l’Union européenne. La signification institutionnelle précise de ce statut reste à définir, mais l’orientation politique est claire : Bruxelles et Ottawa envisagent une relation nettement plus approfondie qu’un simple partenariat commercial classique.

Cette proposition s’appuie sur une coopération déjà très étendue entre l’Union européenne et le Canada, notamment dans le cadre de l’Accord de partenariat économique global et complet (CETA) et du renforcement des liens en matière de défense, mais pourrait à terme s’étendre aux domaines de la technologie, de la sécurité et à d’autres domaines stratégiques. Elle reflète également une volonté plus large des deux parties de renforcer la coopération entre les démocraties dans un contexte d’incertitude géopolitique et économique croissante.

La Chine incarne l’autre facette de cette stratégie. Mme von der Leyen a indiqué que le dialogue avec Pékin se poursuivrait, tout en précisant que l’Europe attendait des progrès concrets vers une relation économique plus équilibrée et qu’elle était prête à recourir aux instruments commerciaux dont elle dispose.

Prises dans leur ensemble, ces initiatives révèlent une Union européenne qui tente de redéfinir la notion de souveraineté européenne. Il ne s’agit plus principalement d’une question d’intégration interne. Bruxelles considère de plus en plus l’indépendance comme la capacité à réglementer les technologies de transformation, à protéger les citoyens, à résister aux chocs climatiques, à renforcer la sécurité collective et à nouer des partenariats au-delà de l’Europe.

Le message de Mme von der Leyen à Strasbourg constituait donc moins un énumération de mesures politiques spécifiques qu’un argumentaire sur le pouvoir : dans un monde plus conflictuel, l’Union européenne entend réduire ses points faibles sans renoncer à la coopération — et démontrer que l’intégration européenne peut étendre son influence bien au-delà de l’Europe elle-même.

 

Alessandro Fiorentino