Suspense électoral en Suède : l’avenir du pays en jeu

Politique - 24 septembre 2026

Les résultats sont tombés, et ils sont à la fois conformes et en décalage avec les attentes.
La coalition suédoise de Tidö a perdu de justesse face à l’opposition rouge-verte, lors d’un scrutin extrêmement serré et frustrant qui s’est tenu le 13 septembre. Pour la droite suédoise, il y aura de nombreuses énigmes à élucider dans les semaines à venir, et bien qu’il soit compréhensible d’éprouver une certaine déception à l’idée que le redressement conservateur de la Suède soit mis en suspens pendant au moins quatre ans, cette soirée électorale décisive comporte également quelques points positifs.
Les résultats des élections montrent (à l’heure où nous écrivons ces lignes) que l’opposition rouge-verte de gauche, composée des sociaux-démocrates, du Parti de gauche, du Parti vert et du Parti du centre, dispose d’une légère avance sur la coalition de Tidö, composée des Modérés au pouvoir, des Démocrates-chrétiens et des Libéraux, ainsi que sur les Démocrates suédois, leur partenaire de confiance et de soutien. Le soutien total à la gauche s’élève à 49,5 % des voix, tandis que les partis de la coalition Tidö totalisent 49,0 %. Il n’est pas rare que les élections suédoises soient extrêmement serrées, ce qui se traduit par des majorités infimes au Riksdag. Les élections de 2022 se sont également jouées à quelques décimales près, même si l’écart était encore plus serré cette fois-ci.
Depuis 2022, toute cette période a été marquée par des spéculations sur la question de savoir « qui l’emportera sur qui », les sondages réguliers ayant toujours suscité un vif intérêt chez les consommateurs de médias. Les derniers mois précédant les élections ont vu déferler un véritable déluge de sondages provenant de diverses sources, à une fréquence croissante. Les chiffres présentés au public suédois montraient systématiquement une coalition au pouvoir mise à mal par le poids écrasant de l’opposition, et ce n’est vraiment qu’au cours des deux dernières semaines que la situation a commencé à évoluer. Tout à coup, le gouvernement et les Démocrates suédois ont commencé à rattraper leur retard : l’écart entre les blocs s’est réduit de plus en plus, et la droite a pris conscience, pour la première fois depuis 2022, qu’elle avait bel et bien une chance de l’emporter.
Les libéraux continueront, curieusement, à exister
Le redressement le plus remarquable de cette période a été celui des Libéraux. Ce petit parti en péril, connu pour ses luttes intestines acharnées, semblait être un partenaire improbable au sein de la coalition de Tidö, mais il a finalement adhéré à la quasi-totalité des propositions des Démocrates suédois, parti nationaliste, visant à réduire l’immigration, à durcir les règles relatives aux titres de séjour et à la naturalisation, et à mettre en place une politique de retour au pays. Épargnés par l’exclusion parlementaire en 2022 grâce aux électeurs tactiques des Modérés et des Démocrates-chrétiens – une tradition profondément ancrée parmi les partis suédois de centre-droit –, les Libéraux avaient l’habitude d’afficher des résultats catastrophiques dans les sondages. En juin encore, les Libéraux ne recueillaient que 1,8 % des intentions de vote, alors que le seuil d’éligibilité au Riksdag est fixé à 4 %. Lors du scrutin, ils ont obtenu bien plus de 5 %.
Si cela peut sembler, à première vue, être une bénédiction et un miracle, cela traduit avant tout l’obsolescence du libéralisme en tant qu’idéologie. Dans le vaste sondage post-électoral mené par la chaîne publique SVT, la proportion des 5 % qui ont voté pour les Libéraux en 2026 et qui sont des électeurs fidèles depuis 2022 n’atteint que 30 %. Si seuls les libéraux convaincus (avec un L majuscule) avaient voté pour ces libéraux de pacotille, ceux-ci seraient tombés encore plus bas que ce que les pires sondages de cet été avaient prévu pour eux : 1,5 % de l’électorat. Les électeurs tactiques issus des Modérés sont bien plus nombreux que les libéraux convaincus, puisque 42 % des voix du parti provenaient de ce camp. De légers transferts de voix des Démocrates-chrétiens et de certains Démocrates suédois ont permis aux libéraux de franchir la ligne d’arrivée, juste pour que les partis de Tidö puissent conserver leur gouvernement.
Qu’est-ce que cela signifie pour les Libéraux à partir de maintenant ? Cela signifie qu’ils sont devenus superflus et qu’ils sont désormais liés à jamais aux Modérés : s’ils décident de rompre leur alliance et de soutenir les sociaux-démocrates, ou même s’ils s’éloignent simplement trop politiquement des Modérés sur des questions importantes, ils disparaîtront lors du prochain scrutin. Leur présence au Parlement dépend de la dépendance de la coalition de Tidö vis-à-vis des 1,5 qui voteront libéral quoi qu’il arrive, et compte tenu des écarts infimes entre la gauche et la droite en Suède, la droite ne peut pas se permettre de perdre ces électeurs.
Les Modérés sont clairement sortis vainqueurs – mais ont tout de même perdu les élections
Les Modérés ont déjoué toutes les prévisions en réussissant à dépasser de plusieurs points les estimations des sondages, et ont même réussi à améliorer leur score par rapport aux dernières élections. À certains moments, ce parti dirigé par le Premier ministre Ulf Kristersson, désormais démissionnaire, était descendu jusqu’à 15 % dans certains sondages. Une fois les bulletins dépouillés, il a obtenu un peu moins de 20 %, soit près d’un point de plus que son résultat de 19 % en 2022. Non seulement ils ont progressé, mais les Modérés se sont même permis de maintenir artificiellement les Libéraux au Parlement en sacrifiant tactiquement jusqu’à 2 % de leurs propres électeurs à cette cause.
Cet exploit remarquable sauve la mise à Ulf Kristersson, qui subissait des pressions internes l’obligeant à « gagner ou disparaître » (c’est plus percutant en suédois). S’il a peut-être été contraint de démissionner de son poste de Premier ministre, M. Kristersson a néanmoins renforcé sa position en n’étant pas tenu pour responsable de la défaite électorale du bloc de Tidö.
Contre toute attente, le gouvernement Tidö a eu un impact positif sur l’économie et la justice pénale suédoises, comme le montrent régulièrement diverses données. En raison d’un gouvernement jugé par tous comme performant, la cause des résultats décevants des Modérés dans les sondages a longtemps été difficile à cerner, ce qui a fait de M. Kristersson le seul responsable. Son image médiatique est entachée par des scandales personnels et une perception négative généralisée de corruption de la part du public ; parmi les conservateurs suédois, il est tristement célèbre pour avoir fait adopter par le Parlement une loi sur la transition de genre avec l’aide de l’opposition progressiste, contre la volonté de ses partenaires de coalition, les Démocrates-chrétiens et les Démocrates suédois. Pour des raisons telles que celles-ci, son leadership a été tacitement remis en cause par les membres de son propre parti ainsi que par ses partenaires au gouvernement pendant une grande partie du mandat de ce dernier.
En fin de compte, il semble que les atouts de la direction des Modérés dans la lutte contre le crime organisé et les gangs criminels, ainsi que les nombreux progrès accomplis vers un système d’immigration réglementé et maîtrisable, aient davantage trouvé un écho auprès des électeurs que les éventuelles critiques concernant la personnalité du Premier ministre. Le 13 septembre, le parti a non seulement surpris tous ceux qui avaient suivi l’évolution des sondages, mais il a même repris la place de deuxième parti le plus important de Suède au Parlement, une position prestigieuse qu’il avait perdue au profit des Démocrates suédois en 2022.
Les avancées des Modérés, et en réalité de l’ensemble du bloc politique « bourgeois » suédois, qui comprend également les Libéraux, les Démocrates-chrétiens et, selon les circonstances, le Parti du Centre, font mentir de nombreuses analyses concernant le déclin « inévitable » du centre politique. J’ai moi-même souvent tenté de prédire que le centre-droit suédois ne pourrait plus, à l’avenir, jouer un rôle politique déterminant. D’importants facteurs démographiques et économiques plaident davantage en faveur d’une polarisation croissante, qui finira par favoriser la montée en puissance des nationalistes à droite et des socialistes et tiers-mondistes à gauche. Cette élection a marqué le retour en force du centre-droit traditionnel et le premier véritable revers pour le nationalisme.
La surprise des Démocrates suédois
Si le centre-droit a obtenu des résultats supérieurs aux prévisions, c’est au détriment des nationalistes.
En réalité, ce n’est pas si simple – mais un bref aperçu des résultats électoraux donne naturellement cette impression. Le gouvernement Tidö serait resté au pouvoir si son parti d’appui et de confiance, les Démocrates suédois, n’avait pas subi un recul spectaculaire et inattendu. Ils ont perdu trois points, ce qui est très significatif pour un parti qui n’avait cessé de progresser à chaque élection législative depuis sa création en 1988. L’impact de ce recul sans précédent est amplifié par les résultats relativement supérieurs aux attentes des partis au pouvoir. – Si les Démocrates suédois avaient enregistré une baisse plus modérée, la coalition de M. Tidö aurait tout de même pu remporter les élections.
C’est au contraire le pire scénario possible qui s’est produit : non seulement les Démocrates suédois ont perdu des électeurs, mais ils en ont perdu alors même que les partis au pouvoir en gagnaient. Ils n’ont pas seulement perdu les élections, ils ont même perdu leur place de deuxième parti du pays.
Mais où sont donc passés les nationalistes ?
Les données disponibles à ce jour montrent qu’il y a eu un afflux non négligeable d’électeurs vers l’extrême droite. Le parti nationaliste radical « Alternativ för Sverige » (AfS) a recueilli environ 0,39 % des voix. Le parti populiste Örebropartiet, qui est en grande partie l’œuvre d’un seul homme, un élu municipal d’Örebro bénéficiant d’une forte audience en ligne, a recueilli 0,59 %. Les données montrent un flux manifeste d’électeurs quittant les Démocrates suédois pour rejoindre les partis de centre-droit au pouvoir, à savoir les Modérés, les Démocrates-chrétiens et les Libéraux. On observe même quelques pertes en faveur des sociaux-démocrates, à gauche. Toutefois, ce phénomène est largement compensé, voire dépassé, par des transferts de ces partis vers les Démocrates suédois. De manière générale, les nationalistes ont gagné des électeurs au détriment des autres partis au cours des quatre dernières années.
Alors, où trouver ces électeurs perdus de Caroline du Sud ?
La réponse est sans doute qu’ils ont choisi de ne pas voter.
La mobilité politique est généralement assez faible en Suède, et la plupart des électeurs restent fidèles au parti de leur choix. Le mécontentement à l’égard du parti choisi s’exprime plus souvent par l’abstention que par le vote en faveur d’un autre parti. Certes, l’extrême droite a peut-être rallié certains électeurs des Démocrates suédois, mais la plupart des 3 % qui votaient autrefois pour ce parti et ne le font plus ont tout simplement cessé de voter. Les données relatives au taux de participation électorale corroborent cette théorie. Bien qu’on ait observé une hausse générale de la participation chez les immigrés, le taux de participation global en 2026 est comparable à celui de 2022. Cela signifie que la hausse observée chez les immigrés, qui avait été constatée plusieurs semaines avant la fermeture des bureaux de vote le 13 septembre, lors du début du vote anticipé, a été compensée par d’autres groupes – très probablement des nationalistes et des conservateurs qui votaient autrefois pour les Démocrates suédois, mais qui se méfiaient trop de l’AfS et de l’Örebropartiet pour voter en leur faveur.
Les raisons pour lesquelles les électeurs des Démocrates suédois pourraient se détourner du parti cette fois-ci font l’objet d’un débat. Actuellement, on considère que le parti se trouve à la croisée des chemins : doit-il élargir son audience en adoptant une ligne plus modérée, ou doit-il revenir à ses racines plus radicales ?
Un débat interne agite le parti quant à l’orientation prise par le programme politique depuis 2022, et parmi les partisans de la ligne dure, depuis 2018, voire avant.
En 2022, à tout le moins, l’immigration a été au cœur de leur campagne électorale. En 2026, cette raison d’être a été reléguée au second plan au profit de certains enjeux que l’on pourrait qualifier d’inhabituels pour les Démocrates suédois. La réforme des soins dentaires et l’amélioration des méthodes permettant à la police de démasquer les prédateurs d’enfants sur Internet ont fait l’objet d’une large campagne de communication.
Une campagne a été menée en faveur de l’interdiction des voiles islamiques et des couvre-chefs pour les enfants, parallèlement au lancement d’un ouvrage de Richard Jomshof, figure populaire du Parti démocrate suédois, qui portait un regard critique sur l’histoire de l’islam. Ces thèmes centraux correspondaient davantage aux attentes du parti, mais pouvaient en même temps être perçus comme quelque peu dépassés et manquant de perspectives nouvelles.
De nombreuses personnalités conservatrices et nationalistes suédoises réclament de nouvelles perspectives. Les Démocrates suédois ont, grâce à la coalition de Tidö, pratiquement mis un terme à l’immigration liée à l’asile. Les nouvelles lois en vigueur contribueront efficacement à protéger l’intégrité du marché du travail suédois et l’accès à la nationalité. Mais alors que ces problèmes appartiennent désormais au passé, le parti doit se doter d’une vision pour l’avenir – et c’est précisément ce qui lui a fait défaut.
Le chef du parti des Démocrates suédois, Jimmie Åkesson, a par exemple, à plusieurs reprises, abordé la question de la remigration et de l’identité d’une manière qui a été ouvertement critiquée par des personnalités de droite comme étant inoffensive, trop stratégique et contraire à la mission que ses électeurs lui avaient confiée, à lui et aux Démocrates suédois. Des figures de proue ayant adopté des positions plus orthodoxes, notamment Richard Jomshof, mentionné plus haut, ont été écartées de diverses manières au profit de candidats plus modérés. L’ambition était clairement d’améliorer l’image du parti auprès des électeurs centristes, mais au détriment de la base et de nombreux représentants et militants pleinement engagés.
Il reste à voir ce que le parti décidera de faire face à cette nouvelle donne. En général, la période qui suit immédiatement une élection offre suffisamment de temps à un parti vaincu pour réfléchir à des questions d’organisation et de représentation, mais le résultat de ce scrutin n’a pas été particulièrement sans appel : la gauche ne dispose pas d’une majorité suffisante pour former un gouvernement, et selon certains observateurs, la Suède pourrait bien être confrontée à des élections anticipées d’ici six mois. Face à une telle incertitude, les revendications des partisans de la ligne dure en faveur d’un remaniement au sein des Démocrates suédois semblent bien lointaines.
L’opposition : une victoire ou un cauchemar ?
L’opposition rouge-verte peut certes se targuer, en apparence, de son avantage technique en termes de voix. Mais ces écarts infimes lui font clairement manquer cette vague décisive de gauche que les sondages avaient prédite et que les partis eux-mêmes avaient promise.
Pour ne citer qu’un obstacle évident, le Parti du Centre, qui appartient traditionnellement au bloc politique « bourgeois » mais s’est retrouvé à gauche, en opposition farouche à l’alliance de la droite avec les Démocrates suédois, est l’ennemi juré du Parti de gauche. Les néolibéraux convaincus, partisans de l’ouverture des frontières, peuvent certes s’entendre avec des socialistes aux accents tiers-mondistes lorsqu’il s’agit de s’opposer aux nationalistes et aux conservateurs, mais il est difficile de former un gouvernement viable lorsque des intérêts aussi divergents s’affrontent.
Le Parti du Centre a été qualifié d’extrême droite sur le plan économique par le Parti de Gauche, et le Parti du Centre s’est quant à lui montré très virulent dans ses critiques à l’égard des allégations d’antisémitisme et de sympathies terroristes au sein du Parti de Gauche. De plus, le Parti du Centre affiche une ambition centriste affirmée (comme son nom l’indique), consacrant une grande partie de son capital politique à empêcher les Démocrates suédois et la Gauche d’acquérir une influence politique. Tout autant qu’il s’oppose au gouvernement de Tidö pour avoir donné le pouvoir aux nationalistes, il s’oppose aux revendications ouvertes du Parti de Gauche concernant l’attribution de postes ministériels.
La volonté de faire partie intégrante du prochain gouvernement a constitué la promesse phare de la Gauche en 2026, ce qui a distingué sa campagne des 100 années précédentes d’existence de la Gauche. C’est la première fois qu’elle a refusé de soutenir passivement un gouvernement social-démocrate sans obtenir de postes ministériels, et elle confirme ainsi sa menace de faire tomber tout gouvernement qui ne se plierait pas à ses exigences, comme elle l’avait déjà fait en 2021 par une décision historique. En 2021, c’est une concession des sociaux-démocrates au Parti du Centre visant à libéraliser le marché locatif qui a poussé le Parti de gauche à tenter une manœuvre sans précédent : voter la destitution du Premier ministre de l’époque, Stefan Löfven, ce qui a finalement conduit à sa démission de la tête des sociaux-démocrates. Les similitudes entre 2026 et 2021, année où les sociaux-démocrates devront à nouveau compter, contre toute attente, à la fois sur la Gauche et sur le Centre, sont frappantes.
Qu’en est-il alors de l’acteur clé de la gauche, les sociaux-démocrates ? La dure réalité pour ce Léviathan de la politique suédoise, rarement contesté, est que les élections de 2026 se sont avérées être les pires que le parti ait connues depuis plus d’un siècle. Bien que le parti et sa dirigeante, Magdalena Andersson, aient connu une forte progression dans les sondages, malgré un léger déclin perceptible au cours des quatre dernières années, tout a commencé à changer au cours des dernières semaines précédant le scrutin.
Le parti a vu ses intentions de vote chuter jusqu’à 25 % dans certains sondages, tandis que les petits partis de gauche – le Parti de gauche, le Parti du centre et le Parti vert – gagnaient simultanément du terrain. Rares sont ceux qui, il y a à peine quelques mois, auraient prédit que Magdalena Andersson ferait moins bien que son prédécesseur Stefan Löfven, pourtant largement ridiculisé et décrié, mais c’est pourtant ce qui s’est produit. Avec un peu plus de 28 % des suffrages, les sociaux-démocrates se trouvent dans la pire situation qu’ils aient connue depuis l’instauration du suffrage universel.
Il n’en reste pas moins que le bloc rouge-vert est plus important que le bloc de Tidö. Magdalena Andersson est la candidate évidente au poste de Première ministre. Mais compte tenu du nœud gordien qui lie les partis susceptibles de la soutenir, la seule façon envisageable pour elle de former un gouvernement serait que la Gauche ou le Centre renonce à ses ultimatums tant chéris. Ces deux partis belligérants en paieraient le prix fort s’ils en venaient là, compte tenu du capital politique qu’ils ont investi dans leurs positions respectives.
Une chance pour le gouvernement de Tidö de rester au pouvoir
La perspective de voir les partis de Tidö former un gouvernement minoritaire, avec les Démocrates suédois occupant pour la première fois des postes ministériels, pourrait suffire à convaincre soit la Gauche, soit le Centre, d’accepter un tel revers. Mais si ce n’est pas le cas, diverses alternatives ont été proposées par les commentateurs des médias suédois depuis le 13 septembre.
Et si le gouvernement Tidö continuait à gouverner en minorité avec le soutien passif du Parti du Centre ? Après tout, selon la tradition politique suédoise, les Modérés, les Libéraux, les Démocrates-chrétiens et le Parti du Centre appartiennent à la même « famille » politique. Mais comme le Parti du Centre ne peut tolérer les Démocrates suédois, il exigerait probablement de ces derniers qu’ils renoncent à leurs prétentions à des postes ministériels et qu’ils mettent en jeu leur droit d’influence.
Est-ce probable ? Pas vraiment, puisque les Démocrates suédois, tout comme le Parti de gauche, se sont engagés à passer dans l’opposition s’ils ne se voient pas attribuer de postes ministériels. Cela constituerait toutefois, aussi douloureux que cela puisse être à admettre, le scénario objectivement le moins mauvais pour la Suède : que le gouvernement de centre-droit soit autorisé à rester en place, les Démocrates suédois étant relégués au rang d’observateurs extérieurs. Une grande partie de la nouvelle législation nécessaire et, d’un point de vue européen, novatrice, notamment en matière d’immigration, resterait, espérons-le, largement intacte.
Mais cela n’est pas une garantie. Quelle est la probabilité que les Modérés, les Libéraux et les Démocrates-chrétiens reviennent sur les réformes que les Démocrates suédois ont orchestrées en coulisses ces quatre dernières années ? Elle est fort élevée, si l’on considère que le Parti du Centre est également censé se voir accorder une certaine influence. Un retour à une politique libérale en matière d’immigration de main-d’œuvre est pratiquement inévitable. Comment les Démocrates suédois, qui tentent encore de se remettre de leur défaite historique aux urnes, pourraient-ils tolérer cela ?
Mais attendez, la gauche aurait-elle déjà commis une erreur ?
Alors que le feuilleton post-électoral se poursuit, un scandale est en train de prendre de l’ampleur dans le comté de Dalarna, ce qui pourrait avoir une incidence sur les faibles marges au Riksdag.
Le Parti de Gauche, considéré selon de nombreux critères comme un parti tiers-mondiste, est depuis longtemps connu pour présenter des candidats issus de communautés musulmanes cloisonnées, situées dans des banlieues à forte population immigrée, puis pour s’appuyer sur les schémas de vote communautaires traditionnels qui ont tendance à favoriser ces candidats. En d’autres termes, il exploite la forte préférence ethnique au sein du groupe observée chez les musulmans pour en faire un bloc électoral quasi garanti. Ce phénomène a été qualifié de « vote clanique » en Suède, et le Parti de gauche est loin d’être le seul à tirer parti de ces divisions multiculturelles à des fins politiques de ce type. Les sociaux-démocrates, le Parti vert et, dans un cas particulièrement tristement célèbre des années 2010, même les Modérés, sont connus pour associer, lors de campagnes locales menées dans des enclaves ethniques, des candidats insolites qui sont pratiquement inconnus en dehors de leurs communautés cloisonnées.
Dans le cas présent concernant le Parti de Gauche, un homme d’origine somalienne a réussi à remporter le siège parlementaire du Parti de Gauche dans le comté de Dalarna, malgré un classement peu élevé sur la liste du parti. En raison des particularités du système électoral suédois, il a pris le pas sur le candidat principal figurant sur le bulletin de vote grâce à un nombre inattendu de suffrages de préférence, c’est-à-dire lorsque l’électeur coche le nom de son candidat préféré sur la liste. Ce dispositif, qui n’a été introduit qu’en 1998 dans le cadre d’une tentative superficielle visant à accroître l’influence des électeurs sur les listes des partis, ne constitue pas un élément particulièrement essentiel du système électoral suédois. Dans l’ensemble, très peu de députés suédois sont élus à titre personnel, car la tradition électorale suédoise repose très largement sur les partis.
Le fait qu’un candidat méconnu soit passé d’une position « inéligible » sur la liste électorale à celle de représentant du Parti de gauche du comté de Dalarna au Riksdag n’est pas en soi un événement controversé, aussi inattendu fût-il. C’est plutôt la manière dont ce candidat a obtenu ses voix personnelles qui a suscité la polémique.
Une semaine après les élections, on a appris que la police enquêtait sur un cas de fraude électorale à Borlänge, ville de la région de Dalarna où réside le représentant du Parti de gauche nouvellement élu. Selon les rapports de police, des habitants d’une banlieue locale à forte population somalienne ont été conduits en voiture vers des bureaux de vote anticipé, où ils ont reçu de l’argent liquide ainsi que des bulletins de vote du Parti de gauche déjà cochés. Le candidat somalien lui-même est mis en cause dans l’enquête policière, et l’opinion publique estime largement qu’il est personnellement impliqué dans l’achat de voix qui l’a propulsé d’un seul coup au Parlement.
Comme si cela ne suffisait pas à ternir l’image du Parti de Gauche et à remettre en cause son intégrité, il a été révélé que sa dernière vedette parlementaire n’avait obtenu sa nationalité suédoise qu’en février 2026, celle-ci lui ayant été refusée auparavant en raison d’importantes dettes personnelles. Il serait par ailleurs sans emploi et entretiendrait une relation avérée avec un criminel violent condamné, impliqué dans un trafic de drogue.
Non seulement cela constitue un camouflet pour le Parti de gauche et pour ceux, au sein des sociaux-démocrates, qui prônent une alliance avec ce parti, mais cela remet également en cause l’intégrité du scrutin dans la région de Dalarna. Il n’est pas exclu que des élections locales anticipées soient organisées conformément à la loi, en fonction de l’ampleur de la fraude électorale constatée par l’enquête. Dans ce scénario, des subtilités techniques pourraient automatiquement accorder un siège supplémentaire aux Démocrates suédois tout en en privant le Parti vert. Mais selon un analyste, il suffirait aux partis de Tidö de mobiliser à peine 1 800 voix de plus que les partis rouge-vert lors de l’élection partielle pour s’assurer un siège supplémentaire. Cela ferait pencher la balance au Parlement à 175 contre 174 en faveur du gouvernement.
Les deux camps politiques suédois ont manifestement commis des erreurs au cours de cette campagne électorale. Mais l’échec cuisant des Démocrates suédois sera-t-il compensé par l’incompétence flagrante du Parti de gauche ?
Les deux partis devront faire leur introspection lorsque la situation se sera enfin stabilisée une bonne fois pour toutes.