L’Europe change de cap en matière d’immigration : la ligne Meloni s’impose à Strasbourg

Construire une Europe conservatrice - 21 juin 2026

Pendant des années, l’Europe a abordé la question de l’immigration comme si la seule réponse possible résidait dans la redistribution : transférer les migrants en situation irrégulière d’un État membre à un autre, gérer les situations d’urgence une fois qu’elles avaient déjà éclaté, et demander aux pays frontaliers d’absorber la pression tandis que le reste du continent débattait de principes. Le 17 juin, à Strasbourg, cette approche a subi une défaite politique décisive. Le Parlement européen a approuvé le nouveau règlement de l’UE sur les retours, une mesure qui marque l’un des revirements les plus marqués de la politique européenne en matière de migration ces dernières années.

Le vote à l’Assemblée a revêtu une importance politique majeure : 418 voix pour, 218 contre et 30 abstentions. Il ne s’agissait ni d’un ajustement mineur, ni d’un dossier technique enfoui dans les rouages de Bruxelles. Il s’agissait d’un vote qui a ouvertement redéfini l’équilibre entre le droit d’asile, le devoir de respecter le droit international et la nécessité de rendre les décisions d’éloignement effectivement exécutoires. Pour la première fois depuis longtemps, l’Europe a admis une réalité simple : un système migratoire incapable de renvoyer ceux qui n’ont pas le droit de rester n’est pas un système sérieux.

Le nouveau règlement vise à simplifier et à accélérer les procédures de retour des ressortissants de pays tiers en situation irrégulière dans l’Union européenne. Ses dispositions les plus importantes vont dans un sens clair. Les personnes faisant l’objet d’une décision de retour devront coopérer avec les autorités nationales et quitter le territoire de l’État membre concerné, soit immédiatement, soit dans un délai déterminé. La rétention sera possible, sur la base d’une évaluation individuelle, en cas de risque de fuite, de manque de coopération ou de menace pour la sécurité. Sa durée maximale sera de 24 mois, avec la possibilité d’une prolongation supplémentaire dans des circonstances spécifiques.

Le texte instaure également une décision européenne de retour, destinée à faciliter la coopération entre les États membres et à renforcer l’efficacité des décisions nationales dans l’ensemble de l’espace Schengen. Il s’agit là d’un point crucial. Jusqu’à présent, l’une des faiblesses structurelles de la politique migratoire de l’UE résidait dans sa fragmentation : une décision prise dans un pays pouvait perdre une grande partie de son effet concret dès lors que la personne concernée se déplaçait ailleurs. Le nouveau cadre vise à combler cette lacune en dotant les États membres d’outils plus efficaces pour reconnaître les décisions de retour et y donner suite.

Mais l’élément le plus important sur le plan politique est l’ouverture à la mise en place de centres de retour dans des pays tiers. En vertu du règlement, les États membres pourront conclure des accords avec des pays tiers disposés à accueillir des personnes faisant l’objet d’une décision de retour, à l’exception des mineurs non accompagnés. Ces accords doivent respecter les droits de l’homme, le droit international et le principe de non-refoulement. Malgré tout, le message politique est sans équivoque : l’Europe ne se limite plus à la gestion de l’immigration irrégulière à l’intérieur de ses frontières. Elle commence à mettre en place une dimension extérieure en matière de retours.

C’est précisément sur ce point que le gouvernement italien, dirigé par Giorgia Meloni, a insisté depuis le début de la législature. Rome a fait valoir que la migration ne peut être gérée qu’en s’appuyant sur trois piliers : la défense des frontières extérieures, la coopération avec les pays d’origine et de transit, et des retours crédibles pour ceux qui n’ont pas de titre légal de séjour. L’accord avec l’Albanie, vivement critiqué par la gauche en Italie et à l’étranger, s’inscrivait dans cette stratégie. Le vote d’hier à Strasbourg montre que ce qui était considéré comme une exception italienne est en train de devenir un instrument européen.

Giorgia Meloni a immédiatement qualifié ce résultat de victoire politique pour l’Italie. La Première ministre a qualifié l’adoption du règlement de succès majeur en Europe et a souligné que la possibilité d’ouvrir des centres de retour dans des pays tiers s’inscrit dans la voie ouverte par le gouvernement italien avec le protocole conclu avec l’Albanie. Son message était clair : l’Italie avait promis de changer l’approche de l’Europe en matière de migration, et ce changement se concrétise désormais dans la législation.

Le parti « Fratelli d’Italia » a présenté le vote sous le même angle. Galeazzo Bignami, chef du groupe FdI à la Chambre des députés, a fait valoir que l’Union européenne s’orientait enfin vers les principes que le gouvernement italien a placés au cœur du débat : des outils plus efficaces pour les retours, des procédures plus rapides, la coopération avec les pays tiers et la lutte contre les abus. Lucio Malan, président du groupe des sénateurs de FdI, a également qualifié ce résultat de confirmation que la voie choisie par le gouvernement Meloni en matière de retours est la bonne.

À Strasbourg, Carlo Fidanza, chef de la délégation de Fratelli d’Italia au Parlement européen, a proposé l’interprétation la plus explicitement politique de ce scrutin. Il a souligné que ce résultat était le fruit du travail de FdI au Parlement européen et de l’action du gouvernement italien au sein du Conseil. Selon M. Fidanza, l’Italie a démontré qu’elle était capable de définir l’agenda européen. Sa phrase « le modèle Meloni peut l’emporter en Europe » résume bien la portée plus large de ce scrutin : il ne s’agit pas seulement d’un succès législatif, mais d’un véritable tournant culturel et politique.

Nicola Procaccini, coprésident du groupe des Conservateurs et Réformistes européens et député européen de Fratelli d’Italia, avait déjà anticipé la portée de cette réforme lors du débat à Strasbourg. Il a décrit le règlement sur les retours comme l’une des étapes les plus importantes de la réforme plus large de l’approche européenne en matière de migration. Pour M. Procaccini, le changement est frappant : il y a quelques années à peine, il semblait presque impossible de faire évoluer l’UE loin d’une approche centrée principalement sur la relocalisation et la gestion des situations d’urgence. Aujourd’hui, l’Union débat d’instruments plus contraignants, de centres de retour et de mesures d’application concrètes.

La division au sein du Parlement européen confirme la nature de ce changement. Le règlement a reçu le soutien des groupes de centre-droit et de droite, notamment le Parti populaire européen et les Conservateurs et Réformistes européens. De l’autre côté, une grande partie de la gauche s’est opposée à cette mesure, la présentant comme une menace pour les droits et un pas vers une externalisation excessive. Mais cette critique passe à côté de l’essentiel. Une politique migratoire fondée sur des règles ne peut se réduire au seul droit d’entrée ; elle doit également inclure l’obligation de quitter le territoire lorsqu’une demande d’asile a été rejetée.

Pendant trop longtemps, l’Europe a vécu avec une contradiction. Elle proclamait que tout le monde n’avait pas le droit de rester, mais elle n’avait ni la volonté ni les moyens de faire respecter ce principe. Le résultat était prévisible : de faibles taux de retour, une pression sur les pays frontaliers, la prolifération des réseaux clandestins, une perte de confiance parmi les citoyens et un terrain propice à la radicalisation. Un système humanitaire dépourvu de moyens de mise en œuvre devient insoutenable. Un système juridique sans conséquences devient purement symbolique. Une frontière sans contrôle cesse d’être une frontière.

Le nouveau règlement ne résout pas tous les problèmes. Les retours continueront de dépendre de la coopération avec les pays d’origine et de transit. Des accords avec des pays tiers devront être négociés, suivis et mis en œuvre. Les administrations nationales devront utiliser efficacement les outils à leur disposition. Les tribunaux continueront de jouer leur rôle, et les droits fondamentaux resteront un cadre contraignant. Mais l’orientation politique a changé. L’Union européenne reconnaît enfin que la légalité doit être rétablie non seulement au moment de l’entrée sur son territoire, mais également au moment de l’éloignement.

C’est pourquoi ce vote revêt une importance qui dépasse les simples aspects techniques. Il montre que le centre de gravité de l’Europe s’est déplacé. Le discours axé sur le contrôle, la responsabilité et le réalisme ne se limite plus aux capitales nationales, accusées d’être trop strictes. Il s’inscrit désormais dans le cadre législatif européen. Ce que la gauche italienne et une grande partie de l’establishment progressiste européen dénonçaient autrefois comme impossible, inhumain ou anti-européen est aujourd’hui adopté par l’Union elle-même.

Pour l’Italie, il s’agit également d’une question de crédibilité nationale. Le gouvernement Meloni a transformé la migration, qui était une urgence nationale, en un enjeu politique européen. Il a insisté sur le fait que la Méditerranée ne peut être laissée à elle-même, que le modèle économique des passeurs doit être démantelé et que ceux qui ne remplissent pas les conditions requises pour bénéficier d’une protection ne peuvent pas simplement disparaître dans l’ombre du continent. Le vote d’hier ne se contente pas de donner raison à la position italienne ; il la renforce.

Le véritable défi réside dans la mise en œuvre. Le Conseil doit adopter officiellement le texte, après quoi le règlement sera publié au Journal officiel. Certaines dispositions, notamment celles concernant les centres de retour et la dimension extérieure des retours, devraient s’appliquer immédiatement, tandis que d’autres nécessiteront une période transitoire. Mais l’orientation législative est désormais fixée.

L’Europe a passé des années à tenter de résoudre une équation impossible : un discours ouvert, des contrôles insuffisants, une solidarité inégale et des résultats limités. Il en a résulté un mécontentement général. Le nouveau règlement constitue une tentative visant à rétablir l’ordre, la crédibilité et la dissuasion. Il stipule que le droit d’asile doit être protégé, mais que les abus ne doivent pas être récompensés. Il stipule que les frontières doivent être gérées, et non simplement décrites. Et surtout, il stipule que le droit européen doit être applicable.

À Strasbourg, la ligne défendue par Mme Meloni ne s’est pas contentée de remporter un débat. Elle s’est inscrite dans l’architecture de la politique européenne en matière de migration. Pour un continent qui a trop souvent confondu compassion et impuissance, il s’agit là d’un tournant.