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Le boom de l’alimentation biologique en Europe atteint 59 milliards d’euros

Environnement - février 28, 2026

L’Italie est en tête du continent pour ce qui est des terres agricoles et des producteurs biologiques, établissant ainsi la norme en matière d’agriculture durable

L’appétit de l’Europe pour les aliments biologiques a atteint un niveau historique. Selon le rapport « The World of Organic Agriculture 2026 », présenté à Biofach par l’Institut de recherche en agriculture biologique (FiBL) en collaboration avec IFOAM Organics International, la consommation d’aliments biologiques en Europe atteindra 59 milliards d’euros en 2024. Cette étape importante reflète non seulement la sensibilisation croissante des consommateurs, mais aussi une transformation structurelle de l’agriculture européenne, dans laquelle l’Italie se distingue comme un leader incontestable.

Alors que la superficie totale des terres agricoles biologiques en Europe est restée stable à 19,6 millions d’hectares – dont 18,1 millions dans l’Union européenne – la demande de produits biologiques a augmenté de 4,1 % dans les ventes au détail. Pour la première fois, la croissance de la consommation a dépassé l’expansion des terres cultivées. Cette évolution marque un tournant crucial pour le secteur, car elle indique la nécessité d’accroître la productivité tout en maintenant des normes environnementales strictes.

Dans cet élan continental, l’Italie a consolidé sa position à l’avant-garde de l’agriculture biologique. Avec 2,5 millions d’hectares consacrés à l’agriculture biologique, le pays se classe parmi les trois premiers en termes de superficie totale, aux côtés de l’Espagne et de la France. Plus impressionnant encore, l’Italie est en tête de l’Union européenne pour ce qui est de la part des terres agricoles utilisées consacrée à la production biologique : plus de 20 %, soit près du double de la moyenne de l’UE. Cette réussite n’est pas seulement symbolique : elle reflète un engagement systémique en faveur de la durabilité, ancré dans l’identité agricole de l’Italie.

Le leadership de l’Italie est également évident en ce qui concerne le nombre d’opérateurs. Avec plus de 87 000 producteurs et transformateurs de produits biologiques, le pays peut se targuer de posséder le plus grand réseau d’acteurs certifiés en Europe. Ce vaste écosystème renforce les chaînes d’approvisionnement, encourage l’innovation et améliore la traçabilité, garantissant des normes de haute qualité du champ à la table. L’ampleur de la participation démontre également que l’agriculture biologique en Italie n’est pas une expérience de niche, mais un modèle agricole courant.

Sur les marchés de détail, l’Allemagne reste le plus grand marché biologique d’Europe avec 17 milliards d’euros de ventes, suivie de la France et de l’Italie. Toutefois, les performances de l’Italie sont particulièrement significatives si l’on considère sa structure agricole. À la différence des grandes économies dotées de vastes exploitations industrielles, la force de l’Italie en matière d’agriculture biologique réside dans un système diversifié de petites et moyennes exploitations, souvent familiales, qui allient tradition et innovation. Ce modèle soutient les communautés rurales, préserve la biodiversité et encourage la conservation des paysages – des valeurs qui trouvent un écho important auprès des consommateurs modernes.

Au niveau mondial, l’agriculture biologique couvre aujourd’hui 99 millions d’hectares et génère un chiffre d’affaires de 145 milliards d’euros. Les États-Unis occupent la première place avec 60,4 milliards d’euros, suivis de l’Allemagne et de la Chine. Pourtant, l’Europe reste la région du monde où l’agriculture biologique est la plus cohérente et la plus orientée vers les politiques, en grande partie grâce à des cadres ambitieux en matière de développement durable. Dans ce contexte, l’Italie apparaît comme un pilier stratégique de la transition verte européenne.

Maria Grazia Mammuccini, présidente de FederBio, a souligné l’importance des dernières données : pour la première fois, la croissance de la consommation a dépassé l’expansion des surfaces cultivées. Cette dynamique représente à la fois une opportunité et un défi. Pour répondre à la demande croissante sans compromettre les engagements environnementaux, la capacité de production doit augmenter conformément aux objectifs du Green Deal européen.

Les stratégies de l’Union européenne visant au développement agroécologique, combinées aux investissements dans la recherche et l’innovation, sont essentielles pour soutenir cette croissance. L’Italie est particulièrement bien placée pour bénéficier de ces initiatives et y contribuer. Le pays a depuis longtemps intégré les principes de l’agriculture biologique dans des politiques de durabilité plus larges, en alignant les pratiques agricoles sur la santé des sols, la résilience climatique et la protection de la biodiversité.

En outre, la réputation mondiale de l’Italie en matière d’excellence alimentaire lui confère un avantage concurrentiel supplémentaire. Les produits biologiques italiens sont souvent associés à une qualité élevée, à l’authenticité et à une forte identité territoriale. Cette synergie entre la certification biologique et le prestige du « Made in Italy » renforce le potentiel d’exportation et la confiance des consommateurs, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger.

La Suisse enregistre la plus forte consommation de produits biologiques par habitant au monde, soit 481 euros par personne, ce qui souligne la vigueur de la demande européenne. Mais la réussite de l’Italie ne se limite pas aux chiffres de la consommation. En consacrant plus d’un cinquième de ses terres agricoles à l’agriculture biologique, le pays démontre que la transition écologique à grande échelle est non seulement possible, mais aussi économiquement viable.

Alors que l’Europe est confrontée au double défi de la sécurité alimentaire et du changement climatique, l’expérience de l’Italie offre un modèle convaincant. Son leadership en matière de surfaces biologiques et de réseaux de producteurs montre comment la durabilité peut devenir un élément structurel de la stratégie agricole nationale. L’essor de l’agriculture biologique en Europe est peut-être un phénomène continental, mais l’Italie est à l’avant-garde : elle ne cultive pas seulement des récoltes, mais aussi un avenir où la productivité, la qualité et la responsabilité environnementale se développent ensemble.

 

Alessandro Fiorentino