La montée en puissance des États membres contre l’hypercentralisation du secteur de l’énergie

Énergie - 5 juin 2026

Si l’on devait choisir trois expressions pour décrire le comportement des eurocrates, l’une d’entre elles serait certainement « centralisation excessive » ou « hypercentralisation » – la volonté de monopoliser et de concentrer tout le pouvoir de décision entre les mains d’un petit groupe, qui ne tient aucun compte des spécificités nationales ou des intérêts des États membres. L’hypercentralisation n’est pas une invention de « l’autre côté », ni un concept exploité politiquement par les conservateurs pour attaquer les élites bureaucratiques-fédéralistes. C’est une réalité à laquelle les institutions publiques, les organisations privées et les citoyens de l’Union européenne sont confrontés presque constamment.

Des efforts considérables sont déployés pour pousser ce système bureaucratique vers de nouveaux sommets, tandis que la souveraineté et l’identité nationale sont dévorées ou fondues. Car il s’agit de « reliques » de ce passé « abominable », qu’il faut effacer ou, « au mieux », réécrire.

La souveraineté est banalisée, et lorsqu’il s’agit de souveraineté énergétique, tout ce que nous entendons de Bruxelles est le récit incessant de la « transition verte » et de la décarbonisation comme une nécessité absolue. La souveraineté énergétique ne peut pas être un outil politique ou une question facultative, soumise à la convenance des uns ou des autres.

Ainsi, lorsqu’une initiative publique prend une position différente des plans centralisés de Bruxelles pour le secteur de l’énergie, cela doit être compris comme un signe que la bataille pour la souveraineté est loin d’être perdue.

Il y a quelques jours, cinq États membres de l’UE – la Bulgarie, la Finlande, la France, la Pologne et la Suède – ont signé une déclaration commune dans laquelle ils s’opposent fermement aux tendances de plus en plus centralisatrices de Bruxelles dans le secteur des infrastructures électriques. Dans ce document, ce groupe coalition ad hoc Dans ce document, cette coalition ad hoc accuse la Commission de ne pas comprendre les mécanismes concrets et complexes qui sous-tendent le fonctionnement des systèmes énergétiques nationaux – c’est-à-dire les conditions réelles – et l’accuse d’ignorer délibérément les compétences nationales des États membres dans le domaine très sensible et difficile de l’énergie.

Au lieu d’imposer une centralisation du haut vers le bas, et compte tenu du manque de connaissances suffisantes des réalités du terrain, la Commission devrait se concentrer sur les entreprises nationales et les opérateurs de réseaux, seuls capables de fournir des informations objectives basées sur la réalité, plutôt que sur les documents inutiles produits dans les bureaux de Bruxelles.

Prenons les problèmes un par un. Selon l’article 194 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, l’article sur l’énergie, chaque État membre a le droit de décider des conditions d’exploitation de ses propres ressources énergétiques et de choisir les sources d’énergie dont il a besoin. En vertu du traité, la politique dans ce domaine est une compétence partagée, les États gérant les aspects opérationnels en fonction de leurs stratégies et de leurs intérêts propres, en vue d’assurer leur propre sécurité énergétique.

Selon les cinq pays qui ont formé cette coalition, la Commission européenne cherche à s’approprier les pouvoirs détenus par les Etats membres. Ce comportement ne devrait en fait pas surprendre, puisqu’une telle démarche s’inscrit pleinement dans la stratégie globale de Bruxelles de concentration absolue des pouvoirs et des prérogatives, au détriment des Etats nationaux.

Dans quelle mesure cette volonté obsessionnelle d’hypercentralisation est-elle compatible avec la subsidiarité, l’un des principes fondamentaux de l’Union européenne ? A-t-on demandé aux citoyens européens s’ils étaient d’accord pour que l’infrastructure électrique européenne passe entièrement sous le contrôle de la Commission, pour que les prérogatives des Etats membres dans le domaine de l’énergie soient reprises par le gouvernement européen, en violation des dispositions du Traité sur le fonctionnement de l’UE ? N’y a-t-il pas une contradiction flagrante entre les principes que Bruxelles prétend défendre et la manière dont elle agit ?

L’une des principales préoccupations soulevées par les cinq États signataires est la complexité de l’infrastructure énergétique ; ses caractéristiques locales et régionales font qu’il est pratiquement impossible d’imposer de manière efficace et rentable un système descendant, comme le demande Bruxelles. Ce que les bureaucrates de Bruxelles peuvent offrir, c’est une centralisation dangereuse et une augmentation des coûts de l’électricité, et non une stratégie impartiale et réellement utile. L’hypothèse selon laquelle il n’y a « qu’une seule voie », à savoir celle imposée par la Commission européenne, est contre-productive et fondamentalement erronée, selon les cinq pays qui ont formulé cette critique.

Ce que la Bulgarie, la Finlande, la France, la Pologne et la Suède proposent en réalité, c’est une approche régionale des réseaux électriques. Les États membres doivent continuer à pouvoir analyser et prendre des décisions en fonction de leurs propres intérêts, et les gestionnaires de réseaux nationaux doivent jouer un rôle fondamental : une coordination régionale, et non un contrôle du haut vers le bas dans lequel les États n’ont pas leur mot à dire ; un raisonnement aussi simple qu’essentiel.

Dans le document susmentionné, ces cinq États ne cherchent pas à écarter la Commission européenne de ce processus, mais recommandent que son rôle s’apparente davantage à celui d’un « coordinateur de projet », tandis que les entreprises nationales conservent une autorité substantielle sur les questions techniques et d’infrastructure de réseau. Une coopération efficace entre les régions, plutôt qu’une concentration du pouvoir et une bureaucratie oppressive, est l’essence de cette initiative de Sofia, Helsinki, Paris, Varsovie et Stockholm.

Outre son intérêt à maintenir un contrôle total sur le système énergétique, la Commission se montre également particulièrement préoccupée par les investissements futurs, une autre question sensible qui devrait rester de la compétence des États membres.

Parmi les cinq pays signataires de ce document figure la Suède, qui s’est vivement opposée à une proposition de financement de la Commission qui irait à l’encontre des intérêts nationaux de la Suède. La colère de Stockholm est bien plus forte, puisqu’elle menace d’interrompre les exportations d’électricité vers les pays voisins. Selon la ministre suédoise de l’énergie, Ebba Busch, la proposition d’utiliser une partie des recettes des péages urbains pour les projets indiqués par la Commission est « inacceptable », et la ministre a annoncé que le projet de nouveau câble de connexion vers le Danemark serait interrompu. « L’UE ne devrait pas recevoir l’argent de l’électricité des Suédois », a déclaré la ministre suédoise de l’énergie.

L’arrêt de la construction du câble électrique vers le Danemark n’est pas la seule mesure sévère que Stockholm menace de prendre si le conflit avec Bruxelles n’est pas rapidement résolu. L’annulation ou la limitation des exportations d’électricité vers les pays de la région sera un facteur de perturbation à la fois pour le marché de l’énergie et pour les eaux politiques déjà agitées – un différend spécifique mais particulièrement pertinent qui risque de s’intensifier et de se transformer en une véritable guerre froide.

L’obsession de la Commission européenne pour la transition énergétique a pris des proportions importantes avec le lancement, en décembre 2025, du Paquet Réseaux européens, dont l’enjeu majeur est l’investissement de 1 200 milliards d’euros d’ici 2040. La stratégie est toujours la même : remplacer l’approche nationale par la logique européenne hautement centralisée – en fait, la mise en œuvre de ce « scénario unique » par lequel Bruxelles décidera des investissements à long terme et n’imposera que les priorités que la Commission européenne jugera nécessaires. Les grandes décisions seront prises à Bruxelles, tandis que les pouvoirs des États membres seront pratiquement réduits.

C’est précisément cette évolution qui est critiquée par la coalition officieuse des cinq États, qui plaide pour une répartition claire des responsabilités – les États membres conservant leurs pouvoirs politiques, tandis que la Commission devrait assumer le rôle de coordinateur et de facilitateur du dialogue entre les acteurs concernés.

Le document signé par la Bulgarie, la Finlande, la France, la Pologne et la Suède tire la sonnette d’alarme contre une attitude devenue la norme des eurocrates : une centralisation forcée sans scrupules, au mépris des particularités locales ou des réalités nationales. Ce ne sont pas des plans utopiques ou des fantasmes verts qui assureront la sécurité énergétique, mais le réalisme et une forte responsabilité.