Un référendum très serré place les inquiétudes économiques, les droits de pêche et la sécurité dans l’Arctique au cœur d’un débat susceptible de redéfinir les relations entre Reykjavík et Bruxelles
Les Islandais se prononcent sur la question de savoir si leur pays doit reprendre les négociations d’adhésion à l’Union européenne, relançant ainsi un débat politique resté en suspens depuis plus d’une décennie. Le référendum ne demande pas aux électeurs d’approuver l’adhésion à l’UE en soi. Il s’agit plutôt de déterminer si Reykjavík doit reprendre les négociations suspendues en 2013.
Bien que ce scrutin soit officiellement consultatif, le gouvernement s’est engagé à respecter son résultat. Une victoire du « oui » entraînerait donc la reprise des négociations avec Bruxelles. Tout accord éventuellement conclu devrait ensuite être soumis aux Islandais lors d’un deuxième référendum avant que le pays ne puisse adhérer à l’Union.
L’issue est très incertaine. Deux derniers sondages d’opinion plaçaient les camps opposés dans la marge d’erreur. Maskína estimait à 50,4 % le soutien en faveur d’une reprise des négociations, tandis que Gallup donnait un léger avantage au « non », avec 51,6 %.
Environ 270 000 personnes sont autorisées à voter. Les bureaux de vote ont ouvert à 9 h, heure locale, et doivent fermer à 22 h. Le vote anticipé a connu une affluence inhabituelle : à midi, la veille du référendum, 56 774 bulletins avaient déjà été déposés, dont environ 17 000 provenant de l’étranger. La région de la capitale a enregistré son taux de participation anticipée le plus élevé à ce jour.
Le dépouillement débutera dès la fermeture des bureaux de vote, les premiers résultats partiels étant attendus dans la circonscription du sud. Aucun sondage à la sortie des urnes à l’échelle nationale n’a été annoncé.
Derrière ce scrutin serré se cache un débat sur la manière dont l’Islande devrait préserver à la fois sa prospérité et son indépendance. Le pays est déjà étroitement lié à l’UE par le biais de l’Espace économique européen, de l’espace Schengen et de l’Association européenne de libre-échange. Il participe au marché unique et applique une part importante de la législation européenne, bien qu’il n’ait qu’une influence limitée sur l’élaboration de ces règles.
Les partisans d’une reprise des négociations font valoir que l’Islande devrait obtenir une place à la table des négociations si elle est déjà tenue de mettre en œuvre de nombreuses décisions de l’Union européenne. Les opposants estiment que l’accord actuel est préférable, car il combine l’accès aux marchés européens avec une plus grande autonomie nationale.
Aucun sujet n’illustre mieux cette préoccupation que la pêche. Les ressources marines sont au cœur de l’économie et de l’identité nationale de l’Islande. Une adhésion à part entière nécessiterait des négociations sur la politique commune de la pêche de l’UE, notamment sur les questions des quotas et de l’accès aux eaux islandaises. Les détracteurs craignent que les décisions prises aujourd’hui à Reykjavík ne fassent l’objet de compromis à Bruxelles.
La pêche a également constitué l’aspect le plus difficile du précédent processus d’adhésion. L’Islande a déposé sa candidature à l’adhésion en 2009, après qu’un effondrement financier eut dévasté son système bancaire et ébranlé la confiance dans la monnaie nationale. Au moment où les négociations ont été suspendues quatre ans plus tard, 27 chapitres politiques avaient été ouverts et 11 provisoirement clôturés, mais le chapitre consacré à la pêche restait en suspens.
Les pressions économiques ont désormais remis la question européenne au premier plan. L’inflation, le coût élevé des crédits immobiliers et un taux d’intérêt de 8 % fixé par la banque centrale islandaise ont renforcé les arguments en faveur d’une intégration plus étroite. À titre de comparaison, le taux de la Banque centrale européenne s’élève à 2,25 %. Les partisans de l’Europe présentent l’adoption éventuelle de l’euro comme une source potentielle de stabilité. Leurs opposants avertissent que l’abandon de la couronne islandaise priverait le pays d’un outil précieux pour répondre aux besoins spécifiques de la petite économie islandaise.
Le contexte géopolitique a également connu des changements radicaux depuis 2013. L’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’intensification de la concurrence dans l’Arctique et les incertitudes quant à la politique américaine à long terme ont renforcé l’importance stratégique de l’Islande. L’île se situe entre l’Europe, le Groenland et l’Amérique du Nord, à proximité du détroit de GIUK, un corridor vital de l’Atlantique Nord pour la sécurité militaire et maritime.
L’Islande, membre fondateur de l’OTAN, a récemment renforcé sa coopération en matière de sécurité avec l’UE dans le cadre d’un partenariat portant sur l’Arctique, les infrastructures critiques, les affaires maritimes et les cybermenaces. L’adhésion de l’Islande aurait donc une portée qui dépasserait sa population d’environ 400 000 habitants : elle renforcerait la présence politique de l’UE dans une région qui suscite un intérêt croissant de la part de la Russie, de la Chine et des États-Unis.
Si les électeurs approuvent la reprise des pourparlers, le ministère islandais des Affaires étrangères estime que les négociations pourraient débuter avant la fin de l’année et durer entre 18 et 24 mois. Toutefois, même dans ce cas, la question de l’adhésion resterait en suspens. Le référendum peut rouvrir la porte vers l’Europe, mais il appartiendrait encore aux Islandais de décider s’ils souhaitent la franchir.