Le 18 décembre 2025, une étape importante a été franchie lorsque des négociations en trilogue ont abouti à un accord politique sur la première liste commune de pays d’origine sûrs de l’Union européenne.
Il s’agit d’un élément clé du Pacte 2024 sur les migrations et l’asile, qui vise à harmoniser les procédures dans les États membres.
Le rapporteur ECR, Alessandro Ciriani, a souligné que l’accord fournissait « des outils que les États membres réclamaient depuis longtemps », permettant un traitement plus rapide, une plus grande sécurité juridique et un recentrage sur les cas méritant une protection internationale, le tout sans compromettre les droits fondamentaux ou les engagements internationaux.
Cet accord vise à remédier à des inefficacités de longue date dans le cadre fragmenté de l’UE en matière d’asile. Les différences nationales dans la désignation des pays sûrs ont contribué à des délais de traitement inégaux, à des mouvements secondaires entre les États et à des taux de reconnaissance différents pour des nationalités similaires. La nouvelle liste de l’UE comprend sept pays (le Bangladesh, la Colombie, l’Égypte, l’Inde, le Kosovo, le Maroc et la Tunisie) sélectionnés sur la base de taux d’octroi d’asile constamment bas dans l’ensemble de l’Union et d’évaluations de la stabilité générale.
Pour les ressortissants de ces pays, les demandes peuvent désormais bénéficier de procédures accélérées aux frontières, avec des présomptions de sécurité, à moins que les demandeurs ne prouvent l’existence de risques individuels.
Cependant, il est important de noter que le cadre est flexible. Les États membres peuvent conserver ou ajouter leurs propres désignations nationales, ce qui permet d’apporter des réponses adaptées à des schémas migratoires spécifiques.
Le suivi annuel effectué par la Commission européenne, sur la base des informations fournies par l’Agence de l’Union européenne pour l’asile (AUEA) et d’autres sources, permet de suspendre ou d’expulser des personnes si les conditions se détériorent.
Certains éléments des procédures accélérées peuvent être mis en œuvre immédiatement, avant l’application complète du pacte à la mi-2026, ce qui permettra de soulager rapidement les systèmes surchargés.
Du point de vue d’ECR, ce résultat reflète la maturation de la dynamique politique au sein du Parlement européen. Les groupes de centre-droit ont fait pression pour des réformes pratiques qui dépassent les débats idéologiques pour aboutir à des politiques applicables.
En donnant la priorité aux retours et à la coopération avec les pays d’origine et de transit, la liste renforce la gestion des frontières extérieures et décourage les demandes non fondées, motivées par des facteurs économiques plutôt que par la crainte de persécutions.
Cette stratégie mesurée maintient les traditions humanitaires de l’UE tout en reconnaissant les ressources limitées disponibles pour l’intégration et le soutien.
L’Irlande offre une étude de cas convaincante sur la manière dont les désignations nationales de pays sûrs peuvent apporter des avantages tangibles et sur la raison pour laquelle l’harmonisation au niveau de l’UE est la prochaine étape logique.
Depuis la promulgation de la loi de 2015 sur la protection internationale, l’Irlande applique un système de désignation définissant les pays sûrs comme ceux où, de manière générale et constante, il n’y a pas de risque sérieux de persécution, de torture, de traitement inhumain ou dégradant, ou de menaces de violence aveugle.
Comme le précise une réponse parlementaire du 4 décembre 2025, la liste actuelle de l’Irlande comprend quinze pays : Albanie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine du Nord, Géorgie, Monténégro, Kosovo, Serbie, Afrique du Sud, Botswana, Algérie, Brésil, Égypte, Inde, Malawi et Maroc.
Cette liste s’est progressivement élargie grâce aux examens fondés sur des données probantes menés par le ministère de la Justice.
Début 2024, l’Algérie et le Botswana se sont ajoutés, reflétant des taux de reconnaissance faibles et des conditions stables. Plus tard dans l’année, le Brésil, l’Égypte, l’Inde, le Malawi et le Maroc ont rejoint l’Union, s’alignant ainsi sur les tendances plus générales de l’UE concernant ces nationalités.
La méthodologie de désignation est rigoureuse et intègre des données provenant de l’EUAA, du HCR, des rapports du Conseil de l’Europe et d’organisations de défense des droits de l’homme réputées. Une fois désignées, les demandes font l’objet d’une procédure accélérée pouvant durer jusqu’à 90 jours, les demandeurs ayant la charge d’étayer leurs allégations de danger personnel.
Cette évolution a permis de réaliser des gains d’efficacité évidents. Par exemple, l’inclusion de la Géorgie en 2022, à la suite d’un afflux de candidatures, a entraîné une forte baisse : les chiffres ont diminué de moitié en 2023, ont continué à baisser en 2024 et sont restés faibles malgré des fluctuations mineures au début de 2025.
Un examen approfondi réalisé en mai 2025 a confirmé que la Géorgie restait apte à remplir sa mission, reconnaissant les améliorations apportées aux institutions démocratiques ainsi que les problèmes résiduels.
Des schémas similaires sont apparus pour d’autres désignations. Les pays des Balkans occidentaux, comme l’Albanie et la Serbie, se caractérisent depuis longtemps par des taux de subvention peu élevés, souvent inférieurs à 5 %, ce qui justifie leur présence. Les ajouts africains tels que le Botswana et l’Afrique du Sud soulignent les évaluations de la gouvernance démocratique et l’absence de conflit généralisé.
Les chevauchements avec la liste de l’UE, l’Égypte, l’Inde, le Maroc et le Kosovo démontrent l’alignement avant-gardiste de l’Irlande, tandis que des pays supplémentaires comme le Brésil et le Malawi illustrent la valeur de l’autonomie nationale.
Ces mesures répondent directement à l’évolution des pressions migratoires sur l’Irlande. Après 2022, les demandes de protection internationale ont explosé, atteignant un pic de plus de 13 000 en 2023, dans un contexte de déplacements mondiaux et de mobilité post-pandémique.
Nombre d’entre eux provenaient de pays où la situation est stable, ce qui a mis à rude épreuve les capacités d’hébergement et de traitement. Les désignations nationales ont permis de stabiliser les flux d’entrée, contribuant à une baisse notable de plus de 40 % des demandes au cours du premier semestre 2025 par rapport à l’année précédente.
Ces progrès pratiques reflètent un profond changement dans l’opinion publique irlandaise, où l’asile et l’immigration sont devenus des questions électorales primordiales.
Tout au long des années 2024 et 2025, les sondages ont régulièrement placé l’immigration parmi les trois principales préoccupations des électeurs, dépassant souvent les priorités traditionnelles telles que l’accessibilité du logement et le coût de la vie.
Un sondage Irish Times/Ipsos réalisé en mai 2024 a révélé que 79 % des personnes interrogées estimaient que le gouvernement devait prendre des mesures plus énergiques en matière d’immigration, tandis que 73 % étaient favorables à des taux d’expulsion plus élevés pour les demandeurs déboutés.
D’autres sondages, notamment ceux de Red C et Ireland Thinks, montrent que 60 à 65 % des personnes interrogées sont favorables à des politiques plus strictes dans l’ensemble. Les préoccupations se concentrent sur la viabilité du système : impacts sur les services publics, disponibilité des logements, contrôle de sécurité approfondi et distinction entre les véritables réfugiés et les migrants économiques.
Ces sentiments sont nés de défis visibles, notamment le manque de logements temporaires qui a conduit à des campements dans les rues de Dublin et à des protestations régionales concernant le placement dans des centres. Les électeurs ont exprimé une nette préférence pour la réforme : des décisions plus rapides pour accorder le statut aux cas qui le méritent et exécuter rapidement les retours pour les autres. Selon eux, une telle efficacité préserverait la générosité à l’égard des personnes vulnérables tout en rétablissant la confiance dans les compétences gouvernementales.
À la fin de l’année 2025, les mesures renforcées, notamment le resserrement des exigences en matière de documentation aux frontières et l’accélération du traitement, ont été corrélées à une réduction des arrivées et à un relâchement des pressions.
Le plaidoyer du groupe ECR résonne fortement avec ces priorités de l’électorat. Il soutient que les systèmes d’asile doivent combiner compassion et contrôle : des procédures rapides découragent l’exploitation, libèrent des ressources pour les vrais réfugiés et empêchent la politisation de la question.
Les retards prolongés et les faibles taux de retour suscitent le scepticisme, ce qui sape le soutien aux obligations de protection.
L’expérience de l’Irlande confirme ce point de vue. Les désignations nationales ont manifestement permis de limiter les demandes abusives sans qu’il y ait de refus généralisé ; les mérites individuels sont toujours évalués et des protections sont accordées lorsque cela se justifie.
La reconnaissance, bien que rare pour les pays figurant sur la liste, a lieu lorsque la preuve d’un risque personnel est présentée, ce qui garantit le respect de la Convention de Genève.
La liste commune de l’UE étend ces principes à l’ensemble du bloc. Elle établit des normes minimales, réduisant les incitations aux mouvements secondaires lorsque les demandeurs recherchent des juridictions plus clémentes. Pour l’Irlande, elle valide les désignations existantes pour les pays partagés et offre un support probant pour les examens futurs.
Combiné à la flexibilité nationale, ce modèle hybride favorise la cohérence tout en respectant les différents niveaux d’exposition entre les États membres.
Les critiques potentielles méritent d’être reconnues. Des groupes de pression ont signalé des lacunes en matière de droits de l’homme dans certains pays de la liste, comme les restrictions à la liberté des médias en Tunisie ou le traitement des minorités en Égypte.
Ces points éclairent la surveillance continue : les cadres européen et irlandais prévoient des déclencheurs de révision et des options de suspension si les présomptions de sécurité ne sont plus valables.
Néanmoins, l’outil du pays sûr n’est pas absolu. Il facilite l’établissement de priorités et non la prédétermination. L’évaluation au cas par cas reste obligatoire pour éviter le refoulement.
En conclusion, l’accord de décembre 2025 constitue une amélioration proportionnée et fondée sur des données probantes de la gouvernance de l’UE en matière d’asile. Il répond directement aux frustrations du public dans des pays comme l’Irlande en favorisant la rapidité, l’équité et l’applicabilité. À l’heure où les facteurs de déplacement à l’échelle mondiale, tels que les conflits, les impacts climatiques et les disparités économiques, s’intensifient, de tels instruments sont indispensables à la mise en place d’une politique crédible.
À l’avenir, l’efficacité de la liste commune dépendra moins de sa composition initiale que de son application cohérente. Si les États membres utilisent pleinement les procédures accélérées et donnent suite aux retours, la liste peut servir de point d’ancrage à la crédibilité du pacte dans son ensemble. Dans le cas contraire, elle risque de devenir un autre instrument formellement accepté mais faiblement appliqué.