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Profiter du report de 12 mois du règlement européen sur la déforestation

Environnement - janvier 6, 2026

Le 17 décembre 2025, le Parlement européen a formellement adopté des amendements ciblés au règlement de l’UE sur les produits sans déforestation (EUDR), confirmant un report d’un an de ses principales dates d’application.

Cette décision, qui a fait l’objet d’un accord provisoire le 4 décembre 2025 et a été approuvée par le Conseil peu après, reporte les obligations de mise en conformité au 30 décembre 2026 pour les grands opérateurs et négociants, les micro-entreprises et les petites entreprises ayant jusqu’au 30 juin 2027 pour s’y conformer.

D’autres améliorations ont été apportées, notamment la rationalisation des procédures de diligence raisonnable, l’exclusion de certains produits imprimés du champ d’application en raison de leur lien minime avec la déforestation, et des dispositions permettant de simplifier les déclarations dans les contextes à faible risque.

Entré en vigueur le 29 juin 2023, le règlement européen sur le commerce des produits de base (EUDR) prévoit que les opérateurs et les négociants qui mettent sur le marché de l’UE ou exportent des produits de base spécifiés tels que le bétail, le cacao, le café, le palmier à huile, le caoutchouc, le soja et le bois, ainsi que des produits dérivés, doivent vérifier que ces produits sont exempts de déforestation (aucune perte de forêt après le 31 décembre 2020), produits légalement et accompagnés de déclarations de diligence raisonnable soumises par l’intermédiaire du système d’information de l’Union européenne.

Ce système est devenu opérationnel à la fin de l’année 2024, les soumissions étant autorisées à partir de décembre 2024.

Le règlement répond à un défi mondial urgent : l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) signale que 420 millions d’hectares de forêts ont disparu dans le monde entre 1990 et 2020, soit une superficie supérieure au territoire de l’UE, la consommation de l’UE étant responsable d’environ 10 % de cette destruction.

Ce report constitue un succès notable pour le groupe ECR, qui souligne depuis longtemps que le règlement risque d’imposer des contraintes excessives aux petites et moyennes entreprises (PME).

Représentant plus de 99 % des entreprises de l’UE et employant environ deux tiers de la main-d’œuvre, les PME naviguent souvent dans des chaînes d’approvisionnement complexes et fragmentées pour des produits de base tels que les confiseries dérivées du cacao ou les composants en caoutchouc.

Le calendrier initial exigeait l’adoption rapide de mécanismes de traçabilité sophistiqués, y compris des données de géolocalisation précises pour les parcelles de production, des évaluations des risques et des rapports numériques – des investissements que les petites entités, limitées par un capital et une expertise restreints, ont eu du mal à réaliser rapidement.

L’ECR considère que cette extension est essentielle pour éviter les distorsions du marché qui pourraient marginaliser les PME, ce qui pourrait conduire à une plus grande consolidation des grandes entreprises.

En appliquant un décalage uniforme d’un an tout en accordant six mois supplémentaires aux micro- et petits opérateurs, les amendements favorisent une participation équitable.

Cette approche tient compte de la diversité des capacités des entreprises et permet aux PME de développer des systèmes conformes, de former leur personnel et d’intégrer les technologies nécessaires sans risquer de se voir imposer des sanctions ou d’être exclues des marchés de l’UE dès la première application de la législation.

Le ministère irlandais de l’agriculture, de l’alimentation et de la mer (DAFM), en tant qu’autorité compétente désignée par le pays, a abordé ce report de manière positive et l’a mis à profit pour améliorer les préparatifs en cours. Le DAFM a maintenu l’engagement actif des parties prenantes en organisant des réunions sectorielles et en répondant directement aux demandes des opérateurs.

Elle a organisé un webinaire le 11 décembre 2025 pour discuter des développements de l’UE et des amendements, et propose des points de contact dédiés aux produits de base pour les questions générales, ainsi que des adresses spécialisées pour le bétail, le café, le cacao, le caoutchouc, les produits du bois et les aliments pour animaux à base de soja ou d’huile de palme.

La participation de l’Irlande aux organes de l’UE, notamment à la plateforme multipartite sur la déforestation et aux discussions du Conseil, témoigne d’une attitude proactive.

Le ministère considère ces changements comme des mesures ciblées visant à aider les entreprises, les partenaires mondiaux et les États membres à mettre en œuvre efficacement ces changements, conformément aux documents d’orientation et aux fiches d’information qu’il a élaborés pour les PME.

Certains commentateurs se sont inquiétés du fait que cet ajustement reflète une érosion plus large de l’engagement en faveur de normes environnementales rigoureuses, suggérant qu’il découle d’une résistance à des politiques vertes expansives dans le cadre de priorités économiques concurrentes.

Ces appréhensions, bien qu’elles soient fondées sur un souci légitime de réaliser des progrès durables dans le domaine de l’écologie, ne correspondent pas à la base factuelle du retard.

Les modifications répondent directement aux obstacles identifiés, tels que la garantie de la fiabilité du système d’information en fonction des volumes de données prévus, la réduction des couches administratives redondantes et l’intégration des contributions des États membres et des pays tiers en matière d’état de préparation.

Les exigences fondamentales du règlement, qui consistent à interdire l’accès au marché des produits liés à la déforestation et à appliquer le principe de diligence raisonnable, restent inchangées.

Les rapporteurs et les négociateurs ont souligné que le « cœur » de l’EUDR perdure, préservant la protection des forêts vulnérables grâce au système d’évaluation comparative des pays, qui classe les origines en fonction des niveaux de risque.

Il s’agit d’une gouvernance calibrée qui maintient des objectifs ambitieux en les fondant sur la faisabilité pratique.

Une application hâtive aurait pu entraîner une mise en œuvre incohérente, des systèmes surchargés ou des résultats contestés qui sapent la confiance.

En effet, l’EUDR a la capacité d’imposer des sanctions sévères en cas de non-respect des règles.

La conséquence financière directe la plus sévère est l’amende. Les États membres doivent imposer des sanctions effectives, proportionnées et dissuasives, mais les amendes peuvent représenter au moins 4 % du chiffre d’affaires annuel total réalisé par l’opérateur ou le négociant dans l’UE au cours de l’exercice précédent.

Cette structure basée sur le pourcentage frappe particulièrement les PME : pour une PME typique dont le chiffre d’affaires dans l’UE est compris entre 2 et 10 millions d’euros, l’amende peut aller de 80 000 euros à 400 000 euros, voire plus, en fonction de l’ampleur de l’infraction, des dommages causés à l’environnement et de la valeur du produit.

Les infractions répétées peuvent donner lieu à des amendes croissantes, conçues pour dépasser tout avantage économique découlant de la non-conformité.

Outre les amendes, les autorités peuvent ordonner la confiscation des produits non conformes et de tous les revenus qui en découlent, ce qui entraîne des pertes de stocks immédiates et des ventes confisquées. L’interdiction temporaire de mettre des produits sur le marché de l’UE ou de les exporter perturbe les flux de trésorerie, tandis que l’exclusion des marchés publics et des financements limite encore davantage les flux de revenus.

Les coûts indirects aggravent l’impact : les interruptions de la chaîne d’approvisionnement dues au rejet des envois, les frais juridiques et les mesures correctives obligatoires pèsent sur des ressources limitées, tandis que les atteintes à la réputation risquent d’entraîner une érosion des revenus à long terme, car les consommateurs et les partenaires privilégient de plus en plus les fournisseurs respectueux de la réglementation.

Pour les PME dont les marges sont minces et les réserves réduites, ces pénalités pourraient s’avérer existentielles et les obliger à quitter le marché ou à se consolider. Une mise en conformité proactive, bien que coûteuse au départ, permet d’atténuer ces risques de manière bien plus efficace que de faire face à l’application de la loi.

Au contraire, cette période prolongée permet de procéder à des tests approfondis, de renforcer les capacités des autorités et d’affiner les orientations, ce qui permet au règlement de fonctionner de manière solide et crédible.

L’examen prévu par la Commission d’ici au 30 avril 2026 permettra de mieux évaluer les incidences, en particulier sur les petits opérateurs, et de proposer éventuellement des gains d’efficacité supplémentaires sans compromettre les objectifs.

Ce report s’inscrit dans une dynamique commerciale plus large, notamment l’accord d’association UE-Mercosur envisagé entre le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay.

Ces pays fournissent des volumes considérables de produits de base couverts par l’EUDR, notamment le bœuf et le soja, souvent associés à la conversion des terres dans des biomes critiques. La forêt amazonienne, qui s’étend sur une grande partie de cette région et constitue la plus grande forêt tropicale de la planète, a subi une perte d’environ 17 à 20 % à ce jour, les pâturages pour le bétail occupant des portions significatives des terres défrichées.

Les recherches indiquent un point de basculement potentiel à 20-25 % de déforestation, au-delà duquel une évolution irréversible à grande échelle vers une savane dégradée pourrait se produire, libérant une grande quantité de carbone stocké et perturbant l’hydrologie régionale et les schémas climatiques mondiaux.

On craint toujours que l’approfondissement des relations commerciales dans le cadre du Mercosur n’intensifie les pressions exercées sur ces écosystèmes en raison de l’augmentation des demandes d’exportation.

Toutefois, l’EUDR fonctionne de manière autonome par rapport aux pactes commerciaux : les importations doivent satisfaire de manière indépendante à des critères d’absence de déforestation, indépendamment des tarifs préférentiels.

Le délai renforce ce mécanisme en donnant le temps de perfectionner les processus d’évaluation comparative, d’améliorer la vérification de la traçabilité et d’intégrer les enseignements tirés des mises en œuvre pilotes.

Plutôt que d’entrer en conflit avec les aspirations du Mercosur, si l’accord est conclu, le renforcement de l’EUDR encourage les pratiques durables dans les pays producteurs, en promouvant une meilleure gouvernance et la transparence de la chaîne d’approvisionnement.

Cette dynamique complémentaire favorise un commerce équitable qui donne la priorité à l’intégrité écologique.

L’année à venir offre une occasion précieuse de progresser. Les grandes entités peuvent affiner leurs protocoles, les PME peuvent tirer parti de soutiens nationaux tels que les ressources irlandaises du DAFM, et les collaborateurs internationaux peuvent s’aligner sur les classifications des risques.

La poursuite du dialogue par l’intermédiaire de plateformes telles que le forum plurilatéral s’avérera déterminante.

Ce report est un exemple d’affinement pragmatique de la politique, résolu dans son objectif et attentif à son exécution.

En soutenant les PME, en résolvant les obstacles opérationnels et en sauvegardant des biens irremplaçables comme l’Amazonie, l’UE affirme son rôle dans la promotion d’une gestion responsable des ressources mondiales.

Le report jette donc les bases d’un changement durable et efficace.