fbpx

Les émissions de gaz à effet de serre de l’UE ont baissé de 20 % en onze ans, mais les transports et la construction freinent la tendance

Énergie - janvier 26, 2026

Les données d’Eurostat pour la période 2013-2024 montrent des progrès constants dans la réduction des émissions dans la plupart des secteurs, même si les activités de mobilité et de construction continuent d’augmenter.

Les émissions de gaz à effet de serre générées par l’économie de l’Union européenne ont fortement diminué au cours de la dernière décennie, ce qui confirme que l’Union se rapproche – bien qu’inégalement – de ses objectifs climatiques. Selon les dernières données d’Eurostat, les émissions totales des activités économiques et des ménages ont atteint 3,3 milliards de tonnes d’équivalent CO₂ en 2024. Cela représente une baisse de 1 % par rapport à 2023 et une réduction beaucoup plus importante de 20 % par rapport à 2013, ce qui marque un changement structurel important dans le profil des émissions de l’Europe.

La tendance à long terme reflète l’impact combiné des politiques climatiques, de l’innovation technologique, des changements dans la production d’énergie et, dans une certaine mesure, de l’évolution des modes de consommation. Toutefois, derrière les chiffres globaux se cache un tableau plus complexe, avec des divergences notables entre les secteurs. Si l’énergie, l’industrie et les services ont réalisé des progrès considérables en matière de réduction des émissions, les transports et la construction se distinguent comme des sources persistantes et croissantes de gaz à effet de serre.

Au cours de la période 2013-2024, le secteur de l’énergie a enregistré de loin la réduction la plus spectaculaire des émissions. Eurostat fait état d’une baisse de 49 %, ce qui équivaut à 512 millions de tonnes d’émissions de CO₂ évitées. Cette baisse reflète la décarbonisation progressive de la production d’électricité dans l’UE, grâce à l’expansion des sources d’énergie renouvelables, à l’abandon progressif du charbon dans plusieurs États membres et à l’amélioration de l’efficacité énergétique. La transformation du bouquet énergétique a été la pierre angulaire de la stratégie climatique de l’UE, et les données suggèrent que cet effort donne des résultats tangibles.

D’autres secteurs ont également contribué de manière significative à la baisse globale. Les émissions des industries extractives ont diminué de 37 % entre 2013 et 2024, ce qui correspond à une réduction de 25 millions de tonnes d’équivalent CO₂. L’industrie manufacturière, qui est traditionnellement l’un des secteurs de l’économie qui produit le plus d’émissions, a réduit ses émissions de 18 %, soit 146 millions de tonnes. Le secteur des services a enregistré une réduction de 14 %, soit 36 millions de tonnes. L’ensemble de ces diminutions indique une évolution générale vers des processus de production plus propres, une efficacité accrue et, dans certains cas, des changements structurels dans l’économie européenne.

Cependant, tous les secteurs n’évoluent pas dans la même direction. Les activités de transport et de stockage ont vu leurs émissions augmenter de 14 % sur la période de onze ans, soit 57 millions de tonnes d’équivalent CO₂ supplémentaires. Le transport est ainsi le principal responsable de l’augmentation des émissions parmi toutes les activités économiques. Cette tendance reflète la croissance continue du fret routier, de l’aviation et de la logistique, ainsi que la lenteur de l’électrification et de l’adoption de carburants alternatifs dans les transports lourds. Malgré des normes plus strictes pour les véhicules et des investissements dans les transports ferroviaires et publics, la demande globale de mobilité a continué à augmenter, annulant les gains d’efficacité.

Le secteur de la construction est également allé à l’encontre de la tendance générale à la baisse. Les émissions du secteur du bâtiment ont augmenté de 6 % entre 2013 et 2024, soit environ 3 millions de tonnes d’équivalent CO₂ supplémentaires. Cette hausse est liée à une activité de construction soutenue dans toute l’UE, stimulée par l’urbanisation, les investissements dans les infrastructures et la demande de logements. Bien que les normes d’efficacité énergétique des bâtiments se soient améliorées, le secteur reste très dépendant des matériaux à forte intensité de carbone tels que le ciment et l’acier, et les progrès en matière de décarbonisation de ces intrants ont été plus lents.

Au-delà des émissions absolues, Eurostat met en évidence un autre indicateur important : l’intensité des émissions, qui mesure la production de gaz à effet de serre par rapport à l’activité économique. Entre 2013 et 2024, l’intensité des émissions de l’UE a diminué de 34 %, ce qui indique que l’économie est devenue nettement moins intensive en carbone, même si elle a continué à croître. Ce découplage entre les émissions et la production économique est un objectif central de la politique climatique de l’UE et un indicateur clé pour évaluer la durabilité à long terme.

Les performances varient toutefois considérablement d’un État membre à l’autre. L’Estonie a enregistré la plus forte baisse de l’intensité des émissions (64 %), suivie de l’Irlande (50 %) et de la Finlande (44 %). L’Italie a enregistré une baisse de 29 %, ce qui correspond à peu près à la moyenne de l’UE, mais laisse une marge de progression. Ces différences reflètent les bouquets énergétiques nationaux, les structures industrielles et les choix politiques, ainsi que le point de départ en 2013.

Dans l’ensemble, les chiffres d’Eurostat dressent le tableau d’une progression constante, tempérée par des défis structurels. L’UE est parvenue à réduire considérablement ses émissions au cours des onze dernières années, en particulier dans les secteurs de l’énergie et de l’industrie. Dans le même temps, l’augmentation des émissions provenant des transports et de la construction souligne la difficulté de décarboniser des secteurs étroitement liés à la vie quotidienne, aux infrastructures et à la croissance économique. Alors que l’UE se prépare à atteindre des objectifs climatiques plus ambitieux pour 2030 et au-delà, il sera essentiel de s’attaquer à ces secteurs à la traîne pour maintenir et accélérer la tendance à la baisse des émissions.

 

Alessandro Fiorentino